_EXERCICE XVI._
LE 2. Juillet ie mis des féves dans une marmitte de verre; les unes
estoient cruës, & d'autres avoient déia esté cuites avec de la corne
de cerf, ie mis un peu d'eau au fonds de la marmitte pour voir la
difference qu'il y auroit entre celles qui auroient esté cuites
dans l'eau, & celles qui auroient esté au dessus; Je poussay le feu
iusques à faire exhaler la goutte d'eau en 5. secondes, & la pression
interieure dix fois plus forte que la pression ordinaire de l'air,
i'ostay incontinent le feu, & les vaisseaux estans refroidis, ie
trouvay toutes ces féves extremement molles, & qu'il n'y avoit pas
grande difference entre celles qui n'avoient esté cuites qu'une fois, &
celles qui l'avoient esté deux fois, mais celles qui étoient au dessus
étoient ridées, & avoient le goust plus relevé que celles qui estans au
fonds s'étoient enflées d'eau qui leur rabaissoit le goust; les écorces
étoient fort molles, excepté une petite pelliculle qui étoit plus dure,
mais qui se pouvoit pourtant fort facilement manger, en sorte que des
féves de cette sorte n'auroient pas besoin d'ëtre dérobées, comme on
dit.
Cette experience me confirma que les alimens dans cette machine peuvent
demeurer sur le feu long temps aprés être cuites sans pourtant se
gâter.
_PROPRIETÉ._
DAns l'experience que ie viens de décrire, i'avois pris garde de
ne perdre sur la verge de fer LM, qu'autant de poids qu'il étoit
necessaire pour faire la pression interieure 10. fois plus grande que
la pression ordinaire de l'air; de sorte que quand mon Bain Marie fut
considerablement échauffé, la trop grande quantité d'eau qui y étoit,
eut la force de soûlever la petite soûpape sur le tuyau HH, & de se
couler par là peu à peu iusques à ce que i'ostasse le feu: mais quand
le feu fut tout à fait osté il ne coula plus rien; quoy que la chaleur
fut assez grande pour faire évaporer la goutte d'eau en 5. secondes;
ainsi il est aisé de juger que l'eau qui restoit dans le Bain Marie
avoit desormais tant de place pour se dilatter, que ce degré de chaleur
n'estoit pas suffisant pour luy faire faire plus de 10. pressions;
j'eus donc la curiosité de voir combien cette place êtoit grande; Pour
cét effet quand j'ouvris mon Bain Marie, je pris bien garde de ne
laisser point perdre d'eau, & ayant pesé toute celle qui s'y trouva,
je vis qu'il ne s'en étoit pas perdu la huitiéme partie; parce que de
huit onces que j'y avois mises, il m'en restoit plus de 7. on peut donc
compter cecy pour une proprieté de cette Machine, que si on y met 7/8
de l'eau qu'elle peut contenir, _& qu'on pousse la chaleur jusques à
faire évaporer la goutte d'eau en 5. secondes, la pression au dedans ne
sera que 10. fois plus forte que la pression ordinaire de l'air_.
On pourra de mesme trouver par experience combien il faudra laisser
de vuide selon les autres pressions qu'on voudra faire, & les autres
degrez de chaleur qu'on voudra donner, & cela sera utile sur la mer
comme j'ay dit Chap. 2. & pourra aider à connoistre la nature.
_EXPERIENCE XVII._
LE quinziéme Juillet j'enfermay des pois verts dans deux petites
marmites de verre, & je mis dans l'une un peu moins d'eau qu'il n'en
falloit pour couvrir le poids, dans l'autre je ne mis point d'eau du
tout; les ayant enfermées dans le petit Bain Marie, je poussay le feu
jusques, à faire évaporer la goute d'eau en 4. secondes, & la pression
interieure 10. fois plus grande que la pression ordinaire de l'air;
j'ostay le feu, & les vaisseaux êtans refroidis, je trouvay tous les
pois extremement mols, ceux qui étoient sans eau avoient rendu du suc
presque assez pour les couvrir, & ils avoient une couleur roussastre,
& tant soit peu d'odeur, & de goût brûlé, les autres avoient conservé
leur couleur verte, & avoient fort bon goust, mais moins haut que ceux
qui êtoient sans eau; ayant fait fondre du beure frais, je trouvay à
mon gré, que les pois sans eau dans cette sauce, navoyent pas le goust
trop fort, & qu'ils estoient meilleurs que les autres; si on vouloit
pourtant il seroit bien aisé de les faire moins cuire, ceux cy ayant
souffert autant de chaleur qu'il en faudroit pour ramolir des os,
quelques pois que j'avois mis avec les gousses se trouverent fort
bons & tendres, excepté le parchemin qui n'êtoit point du tout changé
nonobstant cette grande chaleur.
Cette experience semble prouver que l'eau empesche l'empyreume, mais je
croy que toute autre chose que l'eau qui auroit remply les interstisses
entre les pois l'auroit aussi bien empesché, parce que j'ay éprouvé
assez long-temps depuis qu'ayant mis des grozeilles vertes dans les
mêmes marmittes de verre sans eau; mais ayant seulement pilé les unes
& laissé les autres entieres, il arriva qu'ayant poussé la chaleur
jusques à faire exhaler la goute d'eau en 3. secondes, & la pression
dix fois plus forte que la pression de l'air, les grozeilles entieres
avoient acquis beaucoup d'empyreume, quoy que leur verre fust beaucoup
vuide, & qu'ainsi elles n'eussent pas souffert une grande pression; au
lieu que les autres qui remplissoient tout exactement de leur propre
suc, avoient fort bon goust & rien de brûlé; je conseillerois donc
pour cuire parfaitement bien les pois, de remplir les espaces qu'ils
laissent entr'eux avec du suc d'autres pois, qui en auroit déja tout le
goût, & ainsi il ne l'osteroit point aux autres.
Cette experience fait voir que plusieurs digestions se peuvent faire
dans cette machine, bien mieux que de la maniere ordinaire, où l'on
est obligé de laisser beaucoup de place vuide, ce qui fait que les
substances sont plus sujettes à se brûler; cecy pourroit aussi fournir
des conjectures sur la nature de l'empyreume; mais il vaut mieux
attendre que l'on ait fait d'avantage d'experiences.