L'ON a déja veu quelques experiences du Bain Marie fermé à vis,
imprimées dans le livre de l'Illustre Monsieur Boyle des experiences
Physicomechaniques, qui a paru l'an 1680. mais, comme ce livre là est
Latin, & qu'il ne donne ny la description de nôtre Machine, ny la
maniere de s'en servir seurement, j'ay creu qu'il seroit à propos d'en
faire un petit Traité à part pour l'usage des Peres de famille, & des
artisans qui pourront en avoir besoin, & s'en servir avec une utilité
merveilleuse.
Davantage êtant tres-persuadé que cét écrit tombera entre les mains
de plusieurs personnes qui ne liront jamais l'histoire de la Societe
Royale de Londres, ny l'admirable Traité de Monsieur Boyle, touchant
l'utilité de la Philosophie Experimentale; Je croy avoir trouvé une
occasion tres-favorable pour détromper ceux qui croyent que c'est
perdre son temps que de travailler à faire de nouvelles découvertes,
& que tout est déja trouvé. Pour refuter cette erreur je ne veux
point sortir de mon sujet, & même entre plusieurs Argumens qu'il me
fournit, il me suffira d'en mettre un seul en usage; Je diray donc
simplement que l'art de cuire les viandes est si ancien, que son
usage est si universel & si ordinaire, & que la pluspart des nations
de la terre ont travaillé avec tant de soin, & si long-temps pour y
rafiner, qu'il semble que s'il y en avoit quelqu'un au monde qui pust
être porté au plus haut degré de perfection, ce devroit être celuy-cy.
Cependant on ne pourra nier qu'il ne reçoive à present une augmentation
considerable, puis que par le moyen de la Machine dont il s'agit icy,
la Vache la plus vieille & la plus dure se peut rendre aussi tendre &
d'aussi bon goust que la viande la mieux choisie; je dis de plus que
la chose n'êtoit pas difficile à trouver: car on sçait que les corps
les plus compactes êtant échauffez brûlent plus fort que ceux qui sont
d'une consistence plus rare; que le fer rouge, par exemple, brûle plus
fort que les charbons, il n'y avoit donc pas lieu de douter, que si
on chauffoit de l'eau assez pour la faire boüillir, & que pourtant on
l'empeschât de se rarefier, comme elle fait en boüillant, cette eau
ainsi pressée feroit bien plus d'effet que quand elle a la liberté de
se dilater; Aussi-tôt que cette pensée me fut entrée dans l'esprit, en
faisant pour Mr Boyle des experiences de compression, je crus la chose
si assurée, que je ne la balançay point à en faire des experiences,
cependant, quoy que cela fust si facile, personne que je sçache, n'y
a pensé jusqu'à cette heure; Nôtre Siecle a produit bien des hommes
qui ont fait & font encore tous les jours des choses incomparablement
plus difficiles: mais il paroît clairement qu'une seule personne ne
peut pas tout découvrir; Il faut donc demeurer d'accord qu'on peut
toûjours faire de nouvelles découvertes, & qu'il y a dequoy occuper
les esprits mediocres aussi bien que les plus grands; Tous ceux qui
ont de l'inclination à l'étude de la nature, ne doivent point faire de
difficulté de s'y appliquer, puis qu'ils ont lieu d'esperer que leurs
peines seront recompensées par la gloire de ce plaisir qu'ils auront
d'avoir trouvé quelque chose d'utile au public qui passera jusques à la
posterité.
TABLE
DES CHAPITRES.
Chapitre I. _DEscription de la Machine, avec
les moyens de s'en servir seurement._ page 1.
Chap. II. _Experiences pour les Cuisiniers._ pag. 23.
Chap. III. _Experiences pour les voyages de Mer._ pag. 64.
Chap. IV. _Experiences pour les Confisseurs._ pag. 94.
Chap. V. _Experiences pour faire des Boissons._ pag. 105.
Chap. VI. _Experiences pour les Chymistes._ pag. 109.
Chap. VII. _Experiences pour les Tinturiers._ pag. 137.
Chap. VIII. _Experiences sur les Corps les plus durs,
comme l'yvoire, l'écaille de tortuë, & l'Ambre,&c._ pag. 148.
Chap. IX. _Calcul du prix à quoy de bonnes & grandes
Machines pourroient revenir, & du profit qu'elles
pourroient apporter._ pag. 153.
_Approbation des Docteurs en Medecine._
VEu le Raport de Messieurs Rainssant & Leger qui ont leu & examiné le
Traité _de la maniere d'amolir les Os_, la Faculté consent qu'il soit
imprimé. A Paris ce 6. Juillet 1681.
LIENARD Doyen de la Faculté de Médecine de Paris.
VEu l'Aprobation, permis d'imprimer. Fait ce 8. Juillet 1681.