_Bonaparte, premier consul de la république_,
_A S. M. le roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande._
Appelé par les voeux de la nation française à occuper la première
magistrature de la république, je crois convenable, en entrant en
charge, d'en faire directement part à votre majesté.
La guerre qui, depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde,
doit-elle être éternelle? N'est-il donc aucun moyen de s'entendre?
Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et
fortes plus que ne l'exigent leur sûreté et leur indépendance,
peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine grandeur le bien du
commerce, la prospérité intérieure, le bonheur des familles? Comment
ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la
première des gloires?
Ces sentiments ne peuvent pas être étrangers au coeur de votre majesté
qui gouverne une nation libre et dans le seul but de la rendre
heureuse.
Votre majesté ne verra dans cette ouverture que mon desir sincère de
contribuer efficacement, pour la seconde fois, à la pacification
générale, par une démarche prompte, toute de confiance, et dégagée de
ces formes qui, nécessaires peut-être pour déguiser la dépendance des
états faibles, ne décèlent dans les états forts que le désir mutuel de
se tromper.
La France, l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, peuvent
long-temps encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder
l'épuisement; mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations
civilisées est attaché à la fin d'une guerre qui embrase le monde
entier.
_De votre majesté, etc., etc._