La danse était fort animée au parc de Raimbault. Les paysans, pour
lesquels on avait dressé des ramées, chantaient, buvaient, et proclamaient
le nouveau couple le plus beau, le plus heureux et le plus honorable de la
contrée. La comtesse, qui n'était rien moins que populaire, avait ordonné
cette fête avec beaucoup de prodigalité, afin de se débarrasser en un jour
de tous les trais d'amabilité qu'une autre eût faits dans le cours de sa
vie. Elle avait un profond mépris pour la canaille, et prétendait que,
pourvu qu'on la fît boire et manger, on pouvait ensuite lui marcher sur le
ventre sans qu'elle se révoltât. Et ce qu'il y a de plus triste en ceci,
c'est que madame de Raimbault n'avait pas tout à fait tort.
La marquise de Raimbault était charmée de cette occasion de renouveler sa
popularité. Elle n'était pas fort sensible aux misères du pauvre, mais à
cet égard on ne la trouvait pas plus insouciante qu'au malheur de ses
amis; et, grâce à son penchant pour le commérage et la familiarité,
on lui avait accordé cette réputation de bonté que le pauvre donne si
gratuitement, hélas! à ceux qui, ne lui faisant pas de bien, ne lui font
du moins pas de mal. En voyant passer alternativement ces deux femmes, les
esprits forts du village se disaient tout bas sous la ramée:
«Celle-ci nous méprise, mais elle nous régale; celle-là ne nous régale
pas, mais elle nous parle.»
Et ils étaient contents de toutes deux. La seule qui fût aimée réellement,
c'était Valentine, parce qu'elle ne se contentait pas d'être amicale et de
leur sourire, d'être libérale et de les secourir, elle était sensible à
leurs maux, à leurs joies; ils sentaient qu'il n'y avait dans sa bonté
aucun motif d'intérêt personnel, aucun calcul politique; ils l'avaient
vue pleurer sur leurs malheurs; ils avaient trouvé dans son cœur des
sympathies vraies. Ils la chérissaient plus qu'il n'est donné aux hommes
grossiers de chérir les êtres qui leur sont supérieurs. Beaucoup d'entre
eux savaient fort bien l'histoire de ses relations à la ferme avec sa
sœur; mais ils respectaient son secret si religieusement qu'à peine
osaient-ils prononcer tout bas entre eux le nom de Louise.
Valentine passa autour de leurs tables et s'efforça de sourire à leurs
vœux; mais la gaieté s'évanouit après qu'elle eut passé, car on avait
remarqué son air d'abattement et de maladie; il y eut même des regards de
malveillance pour M. de Lansac.
Athénaïs et sa noce tombèrent au milieu de cette fête, et les idées
changèrent de cours. La recherche de sa parure et la bonne mine de
son mari attirèrent tous les yeux. La danse qui languissait se ranima;
Valentine, après avoir embrassé sa jeune amie, se retira de nouveau avec
sa nourrice. Madame de Raimbault, que tout ceci ennuyait beaucoup, alla
se reposer; M. de Lansac, qui, même le jour de ses noces, avait toujours
d'importantes lettres à écrire, alla faire son courrier. La noce Lhéry
resta maîtresse du terrain, et les gens qui étaient venus pour voir danser
Valentine restèrent pour voir danser Athénaïs.
La nuit approchait. Athénaïs, fatiguée de la danse, s'était assise pour
prendre des rafraîchissements. À la même table, le chevalier de Trigaud,
son majordome Joseph, Simonneau, Moret, et plusieurs autres qui avaient
fait danser la mariée, étaient réunis autour d'elle et l'accablaient
de leurs prévenances. Athénaïs avait semblé si belle à la danse, sa
parure brillante et folle lui allait si bien, elle avait recueilli tant
d'éloges, son mari lui-même la regardait d'un œil noir si amoureux,
qu'elle commençait à s'égayer et à se réconcilier avec la journée de ses
noces. Le chevalier de Trigaud, raisonnablement gris, lui débitait des
galanteries en style de Dorat, qui la faisaient à la fois rire et rougir.
Peu à peu le groupe qui l'environnait, animé par quelques bouteilles d'un
léger vin blanc du pays, par la danse, par les beaux yeux de la mariée,
par l'occasion et l'usage, se mit à débiter ces propos graveleux qui
commencent par être énigmatiques et qui finissent par devenir grossiers.
C'est la coutume chez les pauvres, et même chez les riches de mauvais ton.
Athénaïs, qui se sentait jolie, qui se voyait admirée et qui ne comprenait
rien à tout le reste, sinon qu'on enviait et qu'on félicitait son mari,
s'efforçait de maintenir sur ses lèvres le sourire qui l'embellissait, et
commençait même à répondre avec une assez friponne timidité aux brûlantes
œillades de Pierre Blutty, lorsqu'une personne silencieuse vint s'asseoir
à la place vide qui était à sa gauche. Athénaïs, émue malgré elle par
l'imperceptible frôlement de son habit, se retourna, étouffa un cri
d'effroi et devint pâle: c'était Bénédict.
C'était Bénédict, plus pâle qu'elle encore, mais grave, froid et ironique.
Toute la journée il avait couru les bois comme un forcené; le soir,
désespéré de se calmer à force de fatigue, il avait résolu de voir la noce
de Valentine, d'écouter les gravelures des paysans, d'entendre signaler
le départ des époux pour la chambre nuptiale, et de se guérir à force de
colère, de pitié et de dégoût.
«Si mon amour survit à tout cela, s'était-il dit, c'est qu'il n'y a pas de
remède.»
Et, à tout hasard il avait chargé des pistolets de poche qu'il avait mis
sur lui.
Il ne s'était pas attendu à trouver là cette autre noce et cette autre
mariée. Depuis quelques instants il observait Athénaïs; sa gaieté
soulevait en lui un profond dédain, et il voulut se mettre au centre
des dégoûts qu'il venait braver en s'asseyant auprès d'elle.
Bénédict, qui avait un caractère âpre et sceptique, un de ces esprits
mécontents et frondeurs si incommodes aux ridicules et aux travers de la
société, prétendait (c'était sans doute un de ses paradoxes) qu'il n'est
point d'inconvenance plus monstrueuse, d'usage plus scandaleux que la
publicité qu'on donne au mariage. Il n'avait jamais vu, sans la plaindre,
passer au milieu de la cohue d'une noce cette pauvre jeune fille qui a
presque toujours quelque amour timide dans le cœur, et qui traverse
l'insolente attention, les impertinents regards, pour arriver dans les
bras de son mari, déflorée déjà par l'audacieuse imagination de tous les
hommes. Il plaignait aussi ce pauvre jeune homme dont on affichait l'amour
aux portes de la mairie, au banc de l'église, et que l'on forçait de
livrer à toutes les impuretés de la ville et de la campagne la blanche
robe de sa fiancée. Il trouvait qu'en lui ôtant le voile du mystère, on
profanait l'amour. Il eût voulu entourer la femme de tant de respects
qu'on n'eût jamais connu officiellement l'objet de son choix, et qu'on eût
craint de l'offenser en le lui nommant.
«Comment, disait-il, voulez-vous avoir des femmes aux mœurs pures, lorsque
vous faites publiquement violence à leur pudeur? quand vous les amenez
vierges en présence de la foule assemblée, et que vous leur dites, en
prenant cette foule à témoin, «Vous appartenez à l'homme que voici, vous
n'êtes plus vierge.» Et la foule bat des mains, rit, triomphe, raille la
rougeur des époux, et, jusque dans le secret de leur lit nuptial, les
poursuit de ses cris et de ses chants obscènes! les peuples barbares du
Nouveau-Monde avaient de plus pieux hyménées. Aux fêtes du Soleil on
amenait dans le temple un homme vierge et une femme vierge. La foule
prosternée, grave et recueillie, bénissait le dieu qui créa l'amour, et,
dans toute la solennité de l'amour physique et de l'amour divin, le
mystère de la génération s'accomplissait sur l'autel. Cette naïveté qui
vous révolte était plus chaste que vos mariages. Vous avez tant souillé la
pudeur, tant oublié l'amour, tant avili la femme, que vous êtes réduits à
insulter la femme, la pudeur et l'amour.»
En voyant Bénédict s'asseoir auprès de sa femme, Pierre Blutty, qui
n'ignorait point l'inclination d'Athénaïs pour son cousin, jeta sur eux
un regard de travers. Ses amis échangèrent avec lui le même regard de
mécontentement. Tous haïssaient Bénédict pour sa supériorité dont ils
le croyaient vain. Les joyeux propos s'arrêtèrent un instant; mais le
chevalier de Trigaud, qui avait pour lui une grande estime, lui fit bon
accueil, et lui tendit la bouteille d'une main mal assurée. Bénédict avait
un ton calme et dégagé qui fit croire à Athénaïs que son parti était pris;
elle lui fit timidement quelques prévenances auxquelles il répondit
respectueusement et sans humeur.
Peu à peu les paroles libres et grivoises reprirent leur cours, mais avec
l'intention évidente, de la part de Blutty et de ses amis, de leur donner
une tournure insultante pour Bénédict. Celui-ci s'en aperçut aussitôt, et
s'arma de cette tranquillité dédaigneuse dont l'expression semblait être
naturelle à sa physionomie.
Jusqu'à son arrivée, le nom de Valentine n'avait pas été prononcé; ce fut
l'arme dont Blutty se servit pour le blesser. Il donna le signal à ses
compagnons, et on commença à mots couverts, un parallèle entre le bonheur
de Pierre Blutty et celui de M. de Lansac, qui fit passer comme du feu
dans les veines glacées de Bénédict. Mais il était venu là pour entendre
ce qu'il entendait. Il fit bonne contenance, espérant que cette rage
intérieure qui le dévorait allait faire place au dégoût. D'ailleurs, se
fût-il livré à sa colère, il n'avait aucun droit de défendre le nom de
Valentine de ces souillures.
Mais Pierre Blutty ne s'en tint pas là. Il était résolu à l'insulter
grièvement, et même à lui faire une scène, afin de l'expulser à jamais de
la ferme. Il hasarda quelques mots qui donnèrent à entendre combien le
bonheur de M. de Lansac était amer au cœur d'un des convives. Tous les
regards l'interrogèrent avec surprise, et virent les siens désigner
Bénédict. Alors les Moret et les Simonneau, ramassant la balle, fondirent,
avec plus de rudesse que de force réelle, sur leur adversaire. Celui-ci
demeura longtemps impassible; il se contenta de jeter un coup d'œil de
reproche à la pauvre Athénaïs, qui seule avait pu trahir un pareil secret.
La jeune femme, au désespoir, essaya de changer la conversation; mais ce
fut impossible, et elle resta plus morte que vive, espérant au moins que
sa présence contiendrait son mari jusqu'à un certain point.
--Il y en a d'aucuns, disait Georges en affectant de parler plus
rustiquement que de coutume, afin de contraster avec la manière de
Bénédict, qui veulent lever le pied plus haut que la jambe et qui se
cassent le nez par terre. Ça rappelle l'histoire de Jean Lory, qui
n'aimait ni les brunes ni les blondes, et qui a fini, comme chacun sait,
par être bien heureux d'épouser une rousse.
Toute la conversation fut sur ce ton et fort peu spirituelle, comme on
voit. Blutty reprenant son ami Georges:
--Ce n'est pas comme ça, lui dit-il; voilà l'histoire de Jean Lory. Il
disait qu'il ne pouvait aimer que les blondes; mais ni les brunes ni les
blondes ne voulaient de lui: si bien que la rousse fut forcée d'en avoir
pitié.
--Oh! dit un autre, c'est que les femmes ont des yeux.
--En revanche, reprit un troisième, il y a des hommes qui ne voient pas
plus loin que leur nez.
--_Manes habunt_, dit le chevalier de Trigaud, qui, ne comprenant rien à
la conversation, voulut au moins y faire briller son savoir.
Et il continua sa citation en écorchant impitoyablement le latin.
--Ah! monsieur le chevalier, vous parlez à des sourds, dit le père Lhéry;
nous ne savons pas le grec.
--M. Benoît qui n'a appris que ça, dit Blutty, pourrait nous le traduire.
--Cela signifie, répondit Bénédict d'un air calme, qu'il y a des hommes
semblables à des brutes, qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles
pour ne pas entendre. Cela se rapporte fort bien, comme vous voyez, à ce
que vous disiez tout à l'heure.
--Oh! pour les oreilles, pardieu! dit un gros petit cousin du marié qui
n'avait pas encore parlé, nous n'en avons rien dit, et pour cause; on sait
les égards qu'on se doit entre amis.
--Et puis, dit Blutty, il n'y a de pires sourds, comme dit le proverbe,
que ceux qui ne veulent pas entendre.
--Il n'y a de pire sourd, interrompit Bénédict d'une voix forte, que
l'homme à qui le mépris bouche les oreilles.
--Le mépris! s'écria Blutty en se levant rouge de colère et les yeux
étincelants; le mépris!
--J'ai dit le mépris, répondit Bénédict sans changer d'attitude et sans
daigner lever les yeux sur lui.
Il n'eut pas plus tôt répété ce mot, que Blutty, brandissant son verre
plein de vin, le lui lança à la tête; mais sa main, tremblante de fureur,
fut un mauvais auxiliaire. Le vin couvrit de taches indélébiles la belle
robe de la mariée, et le verre l'eût infailliblement blessée, si Bénédict,
avec autant de sang-froid que d'adresse, ne l'eût reçu dans sa main sans
se faire aucun mal.
Athénaïs, épouvantée, se leva et se jeta dans les bras de sa mère.
Bénédict se contenta de regarder Blutty, et de lui dire avec beaucoup de
tranquillité:
--Sans moi, c'en était fait de la beauté de votre femme.
Puis, plaçant le verre au milieu de la table, il l'écrasa avec un broc de
grès qui se trouvait sous sa main. Il lui porta plusieurs coups pour le
réduire en autant de morceaux qu'il put; puis, les éparpillant sur la
table:
--Messieurs, leur dit-il, cousins, parents et amis de Pierre Blutty, qui
venez de m'insulter, et vous, Pierre Blutty. que je méprise de tout mon
cœur, à chacun de vous j'envoie une parcelle de ce verre. C'est autant de
sommations que je vous fais de me rendre raison; c'est autant de portions
de mon affront que je vous ordonne de réparer.
--Nous ne nous battons ni au sabre, ni à l'épée, ni au pistolet, s'écria
Blutty d'une voix tonnante; nous ne sommes pas des freluquets, des _habits
noirs_ comme toi. Nous n'avons pas pris des leçons de courage, nous en
avons dans le cœur et au bout des poings. Pose ton habit, Monsieur, la
querelle sera bientôt vidée.
Et Blutty, grinçant des dents, commença à se débarrasser de son habit
chargé de fleurs et de rubans, et à retrousser ses manches jusqu'au coude.
Athénaïs, qui était tombée en défaillance dans les bras de sa mère
s'élança brusquement et se jeta entre eux en poussant des cris perçants.
Cette marque d'intérêt que Blutty jugea avec raison être tout en faveur de
Bénédict, augmenta sa fureur... Il la repoussa et s'élança sur Bénédict.
Celui-ci, évidemment plus faible, mais agile et de sang-froid, lui passa
son pied dans les jambes et le fit tomber.
Blutty n'était pas relevé qu'une nuée de ses camarades s'était jetée sur
Bénédict. Celui-ci n'eut que le temps de tirer ses deux pistolets de sa
poche et de leur en présenter les doubles canons.
--Messieurs, leur dit-il, vous êtes vingt contre un, vous êtes des lâches!
Si vous faites un geste contre moi, quatre d'entre vous seront tués comme
des chiens.
Cette vue calma un instant leur vaillance; alors le père Lhéry, qui
connaissait la fermeté de Bénédict et qui craignait une issue tragique à
cette scène, se précipita au devant de lui, et, levant son bâton noueux
sur les assaillants, il leur montra ses cheveux blancs souillés du vin que
Blutty avait voulu jeter à Bénédict. Des larmes de colère roulaient dans
ses yeux.
--Pierre Blutty, s'écria-t-il, vous vous êtes conduit aujourd'hui d'une
manière infâme. Si vous croyez par de pareils procédés prendre de l'empire
dans ma maison et en chasser mon neveu, vous vous trompez. Je suis encore
libre de vous en fermer la porte et de garder ma fille. Le mariage n'est
pas consommé. Athénaïs, passez derrière moi.
Le vieillard, prenant avec force le bras de sa fille, l'attira vers lui.
Athénaïs, prévenant sa volonté, s'écria avec l'accent de la haine et de la
terreur:
--Gardez-moi, mon père, gardez-moi toujours. Défendez-moi de ce furieux
qui vous insulte, vous et votre famille! Non, je ne serai jamais sa femme!
Je ne veux pas vous quitter!
Et elle s'attacha de toute sa force au cou de son père.
Pierre Blutty, à qui aucune clause légale n'assurait encore l'héritage de
son beau-père, fut frappé de la force de ces arguments. Renfermant le
dépit que lui inspirait la conduite de sa femme:
--Je conviens, dit-il en changeant aussitôt de ton, que j'ai eu trop de
vivacité. Beau-père, si je vous ai manqué, recevez mes excuses.
--Oui, Monsieur, reprit Lhéry, vous m'avez manqué dans la personne de ma
fille, dont les habits de noce portent les marques de votre brutalité;
vous m'avez manqué dans la personne de mon neveu, que je saurai faire
respecter. Si vous voulez que votre femme et votre beau-père oublient
cette conduite, offrez la main à Bénédict, et que tout soit
dit.
Une foule immense s'était rassemblée autour d'eux et attendait avec
curiosité la fin de cette scène. Tous les regards semblaient dire à Blutty
qu'il ne devait point fléchir; mais quoique Blutty ne manquât pas d'un
certain courage brutal, il entendait ses intérêts aussi bien que tout bon
campagnard sait le faire. En outre, il était réellement très-amoureux de
sa femme, et la menace d'être séparé d'elle l'effrayait plus encore que
tout le reste. Sacrifiant donc les conseils de la vaine gloire à ceux du
bon sens, il dit, après un peu d'hésitation:
--Eh bien! je vous obéirai, beau-père; mais cela me coûte, je l'avoue, et
j'espère que vous me tiendrez compte, Athénaïs, de ce que je fais pour
vous obtenir.
--Vous ne m'obtiendrez jamais, quoi que vous fassiez! s'écria la jeune
fermière, qui venait d'apercevoir les nombreuses taches dont elle était
couverte.
--Ma fille, interrompit Lhéry, qui savait fort bien reprendre au besoin la
dignité et l'autorité d'un père de famille, dans la situation où vous êtes,
vous ne devez pas avoir d'autre volonté que celle de votre père. Je vous
ordonne de donner le bras à votre mari et de le réconcilier avec votre
cousin.
En parlant ainsi, Lhéry se retourna vers son neveu, qui pendant cette
contestation avait désarmé et caché ses pistolets; mais, au lieu d'obéir à
l'impulsion que voulait lui donner son oncle, il recula devant la main que
lui tendait à contre-cœur Pierre Blutty.
--Jamais, mon oncle! répondit-il; je suis fâché de ne pouvoir pas
reconnaître par mon obéissance l'intérêt que vous venez de me témoigner,
mais il n'est pas en ma puissance de pardonner un affront. Tout ce que je
puis faire, c'est de l'oublier.
Après cette réponse, il tourna le dos, et disparut en se frayant avec
autorité un passage à travers les curieux ébahis.