Le «1er _mars_ 1883»!
Voilà trois ans que cette date est passée, et la lettre commencée ce
jour-là pour un ami est encore entre mes mains, inachevée.
Elle est là, sous mes yeux, tracée avec de l'encre anglaise sur du
papier anglais, et, brusquement, elle me ramène à l'autrefois, qui ne
reviendra jamais!
Quoi donc! depuis ce jour, dix-huit mois déjà, dix-huit mois de jeunesse
envolés?
Dix-huit mois, et ma lettre n'est pas encore terminée!
C'est donc si court, la vie!
Moi qui espérais, moi qui avais de l'ambition, moi qui, dédaigneux des
succès vulgaires et obligés, aspirais à la gloire conquise par de
grandes oeuvres, que faire, si les belles années n'ont pas de retour?
Qui me donnera le temps?
Comment oser entreprendre une longue tâche, si dix-huit mois ne
suffisent pas à une lettre?
Le «1er _mars_ 1883»! Voilà presque trois ans que cette date est
passée!... N'importe, je transcris ici ces quelques pages abandonnées!
Elles serviront de première partie à mon travail en même temps que de
preuve pour mon ami que, réellement, j'avais la bonne intention de le
mettre au fait de mon existence lointaine.
Du reste, je savais bien dès lors à quoi m'en tenir sur mon humeur
inconstante, puisque je débutais ainsi: