Ce modeste travail n'a pas la prétention d'être un manuel complet qu'il
suffirait de posséder pour se faire immédiatement comprendre de nos
soldats noirs.
Il tend uniquement à donner quelques directives pour la formation de la
phrase dans le langage de nos tirailleurs, et à montrer que l'on peut
avec un nombre de mots assez restreint, arriver à rendre des passages de
nos règlements qui paraîtraient de prime abord comporter pour leur
enseignement l'emploi d'un vocabulaire assez varié.
Ce qui a été fait pour le tirailleur au combat, ou l'instruction de la
sentinelle, peut être fait beaucoup plus aisément pour toute l'Ecole du
soldat où chaque mot, chaque phrase s'accompagne de l'exécution d'un
mouvement qui lui donne toute sa vie et double la mémoire auditive de la
mémoire visuelle.
Pour arriver à se constituer un vocabulaire, il faut:
1º Prendre tous les noms d'objets d'un usage courant dans l'armée
(habillement, campement, outils, literie, armement, vivres, etc.).
Apprendre ces mots aux tirailleurs.
On montrera les objets aux hommes; on en dira le nom distinctement et
l'on fera répéter par chaque tirailleur en exigeant toute la correction
possible dans la prononciation.
On évitera de faire faire ces théories de français par des gradés
indigènes, car ces derniers en apprenant les mots leur ont déjà fait
subir une déformation qu'il serait déplorable de laisser s'accentuer par
une succession de transmissions défectueuses.
De déformation en déformation, on arrive rapidement à des termes
absolument incompréhensibles.
2º Quand le tirailleur connaît le nom des principaux objets dont il a
l'habitude de se servir ou qu'il voit toujours autour de lui, faire de
petites phrases qui ne comprendront au début que trois mots:
_sujet_, _verbe_, _complément_.
De cette façon, on enflera petit à petit le vocabulaire déjà ébauché et
on l'enrichira des verbes les plus usuels:
_Exemple_: Moi _manger_ riz.
Toi _prendre_ fusil.
Bédary _jeter_ caillou.
Demba _boire_ café.
Samba _porter_ barda.
Faire toujours l'acte que l'on indique; user d'une mimique aussi
expressive que possible; le geste doit toujours accompagner la parole.
3º Pendant l'instruction de l'Ecole du soldat, dire sous une forme
simple tout ce que l'on fait et exiger que l'homme le répète.
Cette méthode a l'avantage de tenir l'esprit de l'homme en éveil;
d'attirer son attention sur certains détails du mécanisme des mouvements
qui lui échapperaient peut-être autrement; de créer entre l'instructeur
et ses élèves une langue commune dont chaque terme définit un mouvement
très _précis_, maintes et maintes fois répété dans le courant de la
semaine; de permettre aux sujets bien doués et susceptibles de faire
rapidement des gradés capables d'arriver en peu de temps à savoir leur
règlement de manoeuvre.