Pour arriver à se faire comprendre rapidement des noirs, il faut, comme
nous l'avons indiqué en commençant, couler sa pensée dans le moule très
simple de la phrase primitive:
_sujet_, _verbe_, _attribut_.
Mais il faut également:
1º Réduire le plus possible le nombre des mots employés et, par
conséquent, éviter d'exprimer la même idée par plusieurs mots
différents, ce qui dérouterait l'indigène et lui rendrait la
compréhension de notre langue très difficile.
Ainsi l'idée de _rapidité_ se traduira par le mot _vite_, qui est court
et dont la prononciation ne présente aucune difficulté.
Pour dire _rapide_, on dira _vite_;
_Rapidement_, se dira _vite_;
_Lent_, se dira _pas vite_;
_Lentement_ se dira _pas vite_;
_Accélérer_ se dira _marcher plus vite_ etc...
2º Choisir pour parler aux tirailleurs les mots qu'ils prononcent
eux-mêmes sans peine, parce que ce sont ceux qu'ils retiendront le plus
facilement. Il y a, en effet, des sons que les noirs ne peuvent arriver
à articuler.
(Eviter les mots comme «réverbération»).
3º Eviter d'employer des mots se prononçant de la même façon, pour
indiquer des choses différentes.
Par exemple, si l'on veut demander à un tirailleur s'il est prêt, on ne
dira pas:
Toi y en a prêt?
ce qui pourrait signifier aussi: as-tu ton prêt (solde)?
Mais:
_Toi y en a paré?_ (vient de pré_paré_).
Aucune confusion n'est alors possible.
De même pour _près_, proche, il sera bon de dire _pas loin_ ou _tout
près_.
_Exemple_: _Je suis près de la route_: _moi y en a_ tout-près laroute.
N. B.--Route est un de ces mots que tous les tirailleurs font
accompagner de l'article, mais comme cela a été indiqué au commencement
de ce travail, l'article et le substantif ne forment plus qu'un seul
mot.
_Exemple_: _C'est ma route_: _Ça y en a_ mon laroute.
Cette observation peut se faire pour le nom des diverses parties du
corps:
_Mon lebras_, _mon lajambe_, _mon latête_, etc...