La question des Kmètes.--Les difficultés religieuses.--Hostilité des
ultramontains.--La retraite de M. de Nikolich.--La famille impériale et
la Bosnie.--L’annexion en vue.--Conclusion.
Lorsque l’administration austro-hongroise a pris la succession des valis
et des pachas turcs, elle a trouvé à résoudre plusieurs problèmes très
arides, fort compliqués, et devant lesquels d’autres moins résolus au
travail auraient peut-être reculé ou hésité. La question agraire était
la principale de toutes, la plus grave, celle qu’il importait de régler
avant toute autre dans un pays où l’agriculture doit être la base de la
prospérité générale.
Comme cela a été dit plus haut, le régime féodal existe depuis plusieurs
siècles en Bosnie; ce système a été atténué dans le cours des temps, il
s’est affaibli à l’user, mais il n’a jamais complètement disparu.
Les _begs_ et les _aghas_ sont encore aujourd’hui les propriétaires
titulaires d’une partie du sol, d’une partie seulement, car beaucoup de
paysans ont pu se racheter sans de trop grands sacrifices, et ils sont
libres, disposant de leurs propriétés comme les cultivateurs français ou
allemands.
Mais là où les traditions séculaires ont été conservées, le _Khmète_
(c’est le nom du pays en bosniaque) n’est que le fermier de la terre
qu’il cultive, fermier perpétuel et héréditaire, que le beg ou agha n’a
pas le droit de renvoyer, tant qu’il paye régulièrement sa redevance. On
voit que le système féodal a beaucoup perdu de sa rigueur et que la
condition des Khmètes n’offre que peu d’analogie avec celle des serfs
russes avant l’émancipation, ou avec les vassaux du moyen âge attachés à
la glèbe sans aucun atermoiement. Les charges du Khmète se bornent au
payement de la _dîme_ de dix pour cent, à titre d’impôt à l’État, et de
la _Trentina_, c’est-à-dire du tiers du produit annuel de sa terre au
beg. Autrefois le suzerain avait le droit de s’installer à sa guise chez
le Khmète et de se faire nourrir _ad libitum_. Le cellier, les greniers,
les étables, toutes les réserves du paysan étaient à la disposition du
seigneur, qui restait en subsistance jusqu’au complet épuisement des
provisions. Cette charge indirecte pesait d’autant plus lourdement sur
le Khmète que dans les derniers temps, par suite de la déchéance des
begs et de la perte de leurs propriétés, il arrivait qu’au lieu d’être
le suzerain de plusieurs khmètes, le beg partageait avec un ou deux
collègues la propriété d’un seul et unique paysan. Ce n’était pas un
seul, mais deux ou trois dévorants que le vassal était obligé
d’héberger.
L’administration autrichienne s’est empressée de mettre un terme à cet
abus criant, et en le supprimant elle a rendu la position du paysan plus
tolérable, car en somme l’impôt (qu’il peut acquitter en nature) existe
partout, et la _Trentina_ représente les intérêts de la terre, qui est
par le droit et par l’usage la propriété, c’est-à-dire le capital du
_seigneur_. Il ne faut pas du reste prendre ce titre absolument au pied
de la lettre: beaucoup de ces begs sont bien déchus de leur ancienne
splendeur, qui, dans ce pays, n’a été que relative. Souvent le Khmète
est plus à son aise que le maître lui-même; le Khmète ne doit en effet
de redevance que pour la terre cultivée en vue de la production des
grains et céréales, il ne doit rien pour l’élevage des bestiaux; aussi
ne se gêne-t-il nullement pour transformer en pâturages la plus grande
partie de ses lopins, surtout depuis que la consommation de la viande de
boucherie a augmenté dans des proportions considérables.
Depuis 1879 on a écrit beaucoup d’articles, d’essais et même de
brochures sur cette question agraire; on l’a présentée comme insoluble,
et des âmes sensibles du dehors se sont apitoyées sur le sort des
malheureux serfs qu’on se représentait courbés sous le bâton et mourant
de faim, à côté des produits de leurs terres que le seigneur enlevait à
leur barbe.
Mais en réalité la situation n’est pas si mauvaise. Elle serait même
supportable en fait, si la question de droit n’était pas en jeu et si
l’Autriche-Hongrie n’avait pas l’obligation morale de faire cesser un
état de choses qui est contraire à toutes les théories et à la
législation en vigueur dans le reste de l’empire.
L’État est intervenu paternellement dans les éternelles et interminables
discussions entre les Khmètes et leurs suzerains, qui se vidaient
autrefois à coups de fusil ou à coups de handjar. D’une part, l’autorité
assure au beg la rentrée exacte et régulière de la Trentina, que
certains Khmètes se croyaient dispensés de payer après l’occupation
autrichienne, et, de l’autre côté, elle protège le Khmète contre tous
les abus que le régime turc tolérait. Mais cette intervention avec ses
incidents administratifs et judiciaires n’est qu’un palliatif; le remède
consiste dans l’affranchissement complet du Khmète par voie de rachat
des terres dont il est le fermier. L’administration encourage de son
mieux ces transactions, et ses efforts ont été couronnés de succès. On
commence à former en Bosnie une classe nombreuse et forte d’agriculteurs
propriétaires, qui sont attachés à leurs terres et les cultivent avec
assiduité, sachant bien qu’aucune spoliation, aucun abus ne viendra les
priver du produit de leur travail. Quant aux begs, ils prendront leur
argent et iront le porter avec leur personne à Constantinople et à la
Mecque, où ils se trouveront, en fin de compte, très heureux et tout à
fait à leur place en qualité de musulmans du passé.
La difficulté à laquelle se heurte la plupart du temps le rachat des
terres est commune à toutes les contrées musulmanes où l’état civil
n’existe pas; il s’agissait de délimiter la propriété exacte de chacun
pour éviter à l’avenir les contestations et les procès. Il fut décidé
d’introduire en Bosnie une institution qui a rendu de grands services
dans les pays de la monarchie autrichienne, le _Livre foncier_
(Grundbuch), qui contient le nom des propriétaires, la limite exacte des
propriétés, et qui fait foi pour toutes les ventes et pour tous les
prêts hypothécaires. Des employés experts furent envoyés sur les lieux
et le travail commença. Mais les habitants, auxquels il fallait
s’adresser pour être renseigné, pour obtenir les déclarations et les
attestations destinées à établir les droits de propriété, de quelle
façon accueilleraient-ils les commissaires? Faciliteraient-ils ou
entraveraient-ils l’œuvre indispensable que l’autorité avait prescrite?
Les inquiétudes disparurent bientôt: les commissaires rencontrèrent
partout le meilleur accueil, et même, en cas de besoin, le concours le
plus empressé; les travaux avancèrent rapidement sous la direction
habile et l’impulsion active de M. le baron de Kutschera, et aujourd’hui
la plus grande partie des registres est mise à jour. Les contrats
d’achat et de vente peuvent être dressés avec la plus grande exactitude,
et les titres de propriété, une fois acquis, sont incontestables.
L’Autriche-Hongrie veut faire régner en Bosnie et en Herzégovine la paix
religieuse la plus complète. On n’admet pas la prédominance d’un culte
sur un autre, ni la suprématie d’un clergé au détriment des croyants
d’un culte différent. La tolérance envers les musulmans est poussée
jusqu’aux dernières limites; la démonstration est faite aujourd’hui que
le culte de Mahomet peut être librement pratiqué et jouir de tous les
respects sous le sceptre catholique d’un Habsbourg. Ce n’est pas
seulement la religion qui est respectée, mais les mœurs, les usages et
les coutumes. Par exemple, une femme musulmane citée en justice ne
pourra être contrainte à ôter son voile, sauf le cas de nécessité
absolue, s’il y a doute sur son identité. Même dans ce cas, les juges
doivent procéder avec la plus grande circonspection, et ils risquent
gros, si la dérogation aux usages n’est pas justifiée d’une façon
impérieuse. On m’a cité le cas d’un jeune fonctionnaire judiciaire qui a
eu à subir une enquête disciplinaire des plus rigoureuses, parce qu’il
avait ordonné à une femme turque d’enlever l’enveloppe épaisse qui
dérobe aux profanes le mystère de ses charmes ou les secrets de sa
laideur. Les biens religieux, les fonds du _Vacouf_ consacrés à des
fondations pieuses ou à des œuvres d’utilité publique, sont employés
conformément aux vœux des donateurs; le commissaire du gouvernement
faisant partie de la commission n’a pas d’autre tâche que de veiller à
la régularité des comptes; la tutelle qu’il exerce est tout à fait
conforme à l’esprit musulman.
Cette tolérance de l’administration pour la religion mahométane n’a pas
été du goût de tout le monde. Des zélateurs ultramontains, des échappés
du séminaire de Diakovas se sont imaginé maladroitement que
l’administration austro-hongroise allait travailler pour le pape et
faire avant tout, des pays occupés, une province romaine. Dans l’idée de
ces messieurs, ce n’était pas seulement l’islamisme qu’il fallait
opprimer, et, si possible, faire disparaître, en poussant l’élément turc
à l’émigration; ils en voulaient également au culte grec,
dédaigneusement traité de schisme. L’évêque catholique de Sérajewo, M.
Stadler, voulut agir en prélat tout à fait militant. Les façons de
prédicant et de convertisseur contrastaient fort vivement avec la
bonhomie et la rondeur indifférente des franciscains qui parcourent le
pays, bottés, vêtus de la houppelande à brandebourgs, si commode pour
aller à cheval, trinquant volontiers avec leurs ouailles et menant
joyeuse vie après avoir dit la messe et écouté la confession. L’ardeur
de M. Stadler l’entraîna même à attaquer dans des lettres pastorales le
métropolitain grec. Celui-ci riposta; il se plaignit de ce que l’évêque
cherchait à lui enlever ses ouailles, et une véritable polémique
s’engagea sous les regards malicieux des musulmans, flattés
intérieurement de voir les chrétiens se déchirer entre eux. Le
gouvernement laissa les lutteurs s’injurier et échanger les propos des
héros d’Homère; mais lorsque le scandale fut devenu trop grand, un
rescrit de M. de Kallay enjoignit aux deux pasteurs de cesser ces
hostilités peu édifiantes.
Les ultramontains en prirent de l’humeur, et ils bombardèrent
l’administration de pamphlets imprimés en Allemagne, auxquels un Turc de
l’Herzégovine, M. Capitanowitsch, a répondu de la plus belle encre. Mais
la meilleure réponse à ces pamphlets vient d’être faite par le ministre
aux dernières délégations: il a démontré que son administration tant
attaquée avait eu pour résultat un excédent de plus de cinquante mille
florins, qui augmentera certainement dès que les ressources du pays se
seront améliorées, ce qui maintenant est très aisé. La production du
tabac, qui augmente toujours et prendra un fort développement,
contribuera encore à grossir le budget des recettes, tandis que toutes
les dépenses sont réglées par une sage économie qui ne prend jamais
cependant les proportions d’une malencontreuse parcimonie. C’est ainsi
que l’on a pu réconcilier avec la politique d’occupation ceux-là qui s’y
étaient opposés, non pas pour des raisons politiques, mais pour des
considérations financières. Un membre éminent de la Chambre haute de
Vienne et des délégations, M. Nicolas Dunka, qui a parcouru les pays
occupés pendant l’été de 1886, a pu rendre compte _de visu_ à ses
collègues de ce qu’il avait vu, de l’ordre administratif qui régnait
dans ces provinces et de la calme satisfaction des habitants, qui
goûtent enfin le repos et la sécurité.
Au moment d’achever ce livre, j’apprends que M. de Nikolich, le
gouverneur civil adjoint au commandant général, a donné sa démission,
définitivement cette fois, exécutant de la sorte un projet conçu depuis
longtemps. M. de Nikolich, qui est un proche parent du roi de Serbie,
possède des propriétés très vastes dans le Banat et en Roumanie. Le soin
de ses intérêts particuliers exigeait depuis longtemps sa présence sur
ses terres; mais les services qu’il a rendus en qualité de gouverneur
civil et sa qualité de gentleman employant au service de l’État sa
fortune de magnat hongrois ont déterminé le ministre à refuser la
démission du gouverneur civil chaque fois qu’elle était offerte; et M.
de Nikolich, obéissant aux amicales objurgations de son chef, consentait
à reprendre le collier. Cette fois, il n’y a plus rien à y changer.
Cette maison hospitalière, qui était le centre du mouvement mondain de
Sérajewo, ne se rouvrira plus cet hiver, et c’est M. le baron de
Kutschera qui est chargé de l’administration civile. Il la connaît à
fond, car depuis deux ou trois ans il est considéré à bon droit comme la
cheville ouvrière de la machine gouvernementale. La popularité de
l’empereur François-Joseph est très répandue en Bosnie, et la population
entoure son nom d’une vénération dont aucun sultan n’avait joui
précédemment. A plusieurs reprises, des députations ont exprimé le vœu
des populations d’acclamer l’empereur sur son passage à travers les
contrées placées à présent sous son sceptre.
Au mois d’août dernier, la nouvelle de la prochaine arrivée du «Tsar de
Vienne» s’était propagée, et elle avait trouvé crédit jusque dans les
hameaux les plus éloignés, sous les toits de chaume des plus misérables
masures. Chacun faisait des préparatifs pour la réception du souverain,
et dans les localités visitées au mois de mai par l’archiduc Albert, on
avait laissé debout les arcs de triomphe de verdure et de feuillage avec
les inscriptions, pensant que tout cela pourrait servir plus tard pour
l’empereur. Lorsqu’un fonctionnaire ou un officier se montrait dans les
coins reculés de la montagne bosniaque ou dans les cabanes enfouies au
plus profond des forêts, ils étaient interrogés avec la plus grande
anxiété sur l’arrivée prochaine du souverain. On eût dit qu’on
l’attendait comme le Messie, comme le grand dispensateur de la manne
céleste destinée à se répandre sur la terre.
Mais l’espoir des naïfs Bosniaques fut déçu. Esclave de la correction
absolue en toute chose, François-Joseph a craint de blesser les
susceptibilités de la Russie en entreprenant un voyage qui eût été une
longue suite d’ovations et de triomphes, dans un pays dont la possession
définitive est contestée à l’Autriche par les hommes d’État de
Saint-Pétersbourg. Il ne voulait pas non plus que cette excursion fût
regardée, à tort ou à raison, comme le prologue de l’annexion; et déjà
on l’avait annoncée comme telle.
Le voyage n’eut pas lieu. François-Joseph n’a pas dépassé le pont de
Brood, où une députation de Bosniaques, conduite par le bourgmestre de
Sérajewo et M. le conseiller de gouvernement Herrmann, vint lui
souhaiter la bienvenue. En revanche, lorsque le prince héréditaire,
l’archiduc Rodolphe, franchit assez inopinément la frontière de
l’Herzégovine et parcourut le pays jusqu’à Mostar, des feux de joie
s’allumèrent sur les montagnes, des coups de fusil retentirent en signe
d’allégresse, et de toutes parts on accourut pour contempler la figure
si intelligente et si sympathique du prince héritier et écouter les
paroles simples et cordiales qu’il trouvait pour chacun. Le prince
venait d’achever sa convalescence dans la magnifique île de Lacroma, au
climat si doux, aux forêts toujours vertes, entourée d’une mer bleue
inaltérable. Le rejeton des Habsbourg rayonnait de joie et de santé
recouvrée. Ce court séjour en Herzégovine fut pour son cœur, très
sensible à la grandeur de sa patrie et à l’éclat de sa maison, un
délicieux épisode. Il en emporta les meilleurs souvenirs, et depuis
cette époque on retrouve partout dans les pays occupés sa photographie
et celle de sa gracieuse épouse, Stéphanie, faisant face aux portraits
de l’empereur et de l’impératrice. L’archiduc Albert a également charmé
les populations par sa bonhomie militaire et par les cadeaux princiers
qui signalèrent partout ses visites.
Sous ce rapport, tout est prêt pour l’annexion définitive de la Bosnie
et de l’Herzégovine à l’empire austro-hongrois. L’empereur serait, comme
pour tous les peuples de ses vastes États, le lien vivant qui
rattacherait les Bosniaques aux autres races de l’empire. Peut-être
faudrait-il faire une exception pour quelques familles de vieille souche
mahométane, qui retourneraient en Asie, mais toutes les populations
musulmanes et chrétiennes accepteraient l’annexion définitive, car
l’illusion d’une Bosnie réunie au royaume serbe s’est complètement
évanouie, et serait d’ailleurs énergiquement désavouée à Belgrade même.
Quant à rendre le pays au Sultan après l’avoir ouvert à la civilisation,
après l’avoir couvert de routes et de chemins de fer, après y avoir fait
des sacrifices considérables, quel homme d’État songerait à commettre
une telle faute et un semblable non-sens? Il est certain que
l’administration turque ne tarderait pas, fidèle à ses incorrigibles
errements, à gâter, à ruiner, à perdre tout ce qui aurait été créé de
bon et d’utile; elle rendrait ces contrées à la barbarie et au désordre,
jusqu’à ce qu’une nouvelle intervention soit devenue nécessaire comme
celle de 1878.
L’état provisoire actuel semble incompatible avec la situation politique
d’une grande puissance, et il entrave à chaque pas le développement
intérieur, la prospérité économique et industrielle du pays lui-même...
Beaucoup d’entreprises sont ajournées--jusqu’à quand? On vous répondra
là-bas: jusqu’à l’annexion. L’initiative privée est arrêtée; les
capitaux qui voudraient chercher leur emploi dans ces pays nouveaux, et
qui le trouveraient, n’osent pas s’aventurer. Qu’attendent-ils pour se
lancer et pour vivifier ce terrain improductif jusqu’ici, et qui
donnerait de si beaux dividendes agricoles et industriels?
Évidemment on arrivera à l’annexion dans un délai que les événements
d’Orient tendent à rapprocher. N’a-t-on pas cru, au lendemain de la
chute d’Alexandre de Bulgarie, que l’Autriche répondrait à ce coup de
dés de la Russie par l’annexion? Le bruit en a couru à Vienne et à
Pesth. Mais ce n’était qu’une nouvelle non pas fausse, mais prématurée.
La modération l’a emporté encore une fois dans les conseils de
François-Joseph, et cette modération ressort encore davantage en
présence de l’attitude de la Russie.
La diplomatie brutale et provocatrice du général Kaulhars, la prétention
de ce proconsul de gouverner à coups d’ukases un pays qui veut régler
lui-même ses destinées a fait apprécier à tous les Bosniaques quelque
peu intelligents les avantages de la politique de ménagement et de
tolérance de l’Autriche-Hongrie.
Cette politique, dont le ministre M. de Kallay est l’initiateur,
conformément aux vues de son maître l’Empereur, sera poursuivie malgré
toutes les attaques et tous les pamphlets. Elle est approuvée par
l’opinion publique des deux côtés de la Leitha, par les délégations, qui
tout récemment viennent d’approuver hautement la gestion du ministre et
lui ont voté des remerciements, pour avoir converti en excédent le
déficit par lequel s’était soldé durant les premières années le budget
des provinces occupées.
Si l’annexion n’a pas été officiellement prononcée, si même il n’est
nullement question de la proclamer prochainement, le régime actuel la
prépare chaque année davantage, sans violence, sans secousse, en
accordant aux habitants les bienfaits d’une administration probe et
équitable, gardienne sévère de la loi.
Et où de semblables bienfaits pourraient-ils être mieux appréciés que
dans des pays soumis pendant si longtemps à l’arbitraire d’agents
tyranniques?