Pauvre maison, quels regrets tu me laisses! J’ai été si souvent joyeuse,
si souvent taciturne, quand de cette fenêtre, je regardais vivre les
êtres mystérieux, que sont les arbres, les fleurs.
J’ai aimé la grâce des jeunes branches ployant et se redressant, comme
de beaux corps, dans l’air agité. J’ai vu la lune trembler sur le jet
d’eau, et le bassin se velouter d’ombre, sous le pied léger, tournoyant,
de cette ballerine fantastique, qui déchire le tulle de sa robe
pailletée au premier souffle du vent.
Tous ces frissons d’une vie obscure ont passé en moi, comme si j’étais
enracinée à la terre de mon École.
Adieu, retraite charmante, où j’ai vécu tant de rêves; maison
laborieuse, où j’ai appris la toute-puissance du Destin, maison des
pleurs, qui ne doit pas être la maison d’amour.
L’École m’a faite femme; mon cœur est plein d’affectueuse
reconnaissance, pour les Maîtres qui m’ont aidée à vivre libre, fière
sous la seule loi de ma conscience.
Mais que serai-je demain, moi qui ne puis rien contre mon cœur?