Voilà huit jours que nous avons repris nos cours. Il ne me semble pas
que j’aie quitté l’École, cette École si aimée, encore plus chère depuis
que Charlotte est ici.
Nous vivons comme deux sœurs, ne nous quittant que pour aller au cours
ou en étude. Le jeudi, nous nous réunissons; pendant que je prépare mes
textes de la licence, elle dessine des «écorchés».
C’est une intimité charmante où Henri a sa place. Constamment Charlotte
me parle de lui. Je le connais si bien aujourd’hui, que je crois avoir
été son amie de tout temps.
Je vis de leur joie, ils vivent de mes espoirs. Pour être amoureux, ils
ne sont pas égoïstes, et je sens bien que ma présence ne leur est pas
importune.
Charlotte travaille avec ardeur; mais en femme très ordonnée, elle se
réserve, par-ci par-là, des récréations supplémentaires pour coudre son
trousseau. Elle est alerte et positive, sachant le prix des choses, le
prix de l’argent surtout.
D’un mot, elle rabroue Henri, quand il s’emballe avec la faconde lyrique
des imaginatifs: il se voit déjà au travail, pour une commande de
l’État, ou le buste de quelque Yankee. C’est le songe de Pérette;
Charlotte sera là pour consolider le pot au lait.