29 juillet.

Voici les dernières lignes que j’écris à Sèvres.

Demain, nous quitterons toutes l’École, pour aller en vacances. Je ne

m’en réjouis point. Je voudrais demeurer ici toujours.

Si nous sommes des Bénédictines laïques, il est si doux de l’être.

Il faudra s’en aller tout à fait dans deux ans; déjà cette pensée me

déchire. On est si bien sous ce toit, près des beaux arbres, près du jet

d’eau où chuchotent des voix anciennes, parmi les livres rangés dans les

vitrines blanches, sous les écussons blancs enguirlandés de lys.

Chercher les idées qui volent, du portrait de Louis XV à ce qui fut

jadis le médaillon de la Marquise, chercher son visage dans les hautes

glaces, et s’y voir encore fraîche. Ignorer la vie, n’en connaître que

les on dit des poètes et des penseurs, vivre de ses seules émotions.

Quel rêve!

Adieu, chère petite chambre que je ne retrouverai pas en revenant; une

autre prendra ma place, et ne saura pas combien tu me plaisais: j’ai

voulu que ta parure, ces mousselines, ces fleurs, ces photographies

fussent un reflet de moi-même; c’est un peu de mon âme, chère petite

chambre, que je t’ai donné là.

Je m’en vais, le cœur gros des souvenirs que je te laisse, j’avais fait

mon nid; malgré moi, je l’abandonne, je pars, déjà je n’ose plus me

retourner.

Adieu, adieu, si les choses ont des yeux, si les choses gardent mémoire

de ce qui passe, souviens-toi, qu’ici nos mains fraternellement se sont

unies, et que plus rien, jamais, ne détachera la mienne de celle qui la

cherchait.

Les Sèvriennes · 第 96 / 222 题