Voici les dernières lignes que j’écris à Sèvres.
Demain, nous quitterons toutes l’École, pour aller en vacances. Je ne
m’en réjouis point. Je voudrais demeurer ici toujours.
Si nous sommes des Bénédictines laïques, il est si doux de l’être.
Il faudra s’en aller tout à fait dans deux ans; déjà cette pensée me
déchire. On est si bien sous ce toit, près des beaux arbres, près du jet
d’eau où chuchotent des voix anciennes, parmi les livres rangés dans les
vitrines blanches, sous les écussons blancs enguirlandés de lys.
Chercher les idées qui volent, du portrait de Louis XV à ce qui fut
jadis le médaillon de la Marquise, chercher son visage dans les hautes
glaces, et s’y voir encore fraîche. Ignorer la vie, n’en connaître que
les on dit des poètes et des penseurs, vivre de ses seules émotions.
Quel rêve!
Adieu, chère petite chambre que je ne retrouverai pas en revenant; une
autre prendra ma place, et ne saura pas combien tu me plaisais: j’ai
voulu que ta parure, ces mousselines, ces fleurs, ces photographies
fussent un reflet de moi-même; c’est un peu de mon âme, chère petite
chambre, que je t’ai donné là.
Je m’en vais, le cœur gros des souvenirs que je te laisse, j’avais fait
mon nid; malgré moi, je l’abandonne, je pars, déjà je n’ose plus me
retourner.
Adieu, adieu, si les choses ont des yeux, si les choses gardent mémoire
de ce qui passe, souviens-toi, qu’ici nos mains fraternellement se sont
unies, et que plus rien, jamais, ne détachera la mienne de celle qui la
cherchait.