Nous y pensons déjà: ce matin les élèves de deuxième et de troisième
année, sciences et lettres, sont parties pour la Sorbonne, où ont lieu
les examens d’agrégation et de licence.
Dès six heures du matin, le désarroi était dans l’École: de grandes
voitures Cook, à postillons, stoppaient devant les grilles; nous étions
toutes levées, aidant nos compagnes, leur faisant du café, des rôties.
Elles sont vertes, ou si pâles, que les flacons de sels circulent. Vite
on les met en voiture: «Cherchez sur la route, un bossu, un soldat, une
femme grosse, leur crie Berthe, et tout ira bien.»
Les voitures enfilent l’avenue, tournent brusquement sur la route, les
voilà parties, nous agitons encore nos mouchoirs.
Isabelle et Renée m’ont fait peine à voir. Myriam s’est trouvée mal.
Ce départ pour les examens me bouleverse.
Il y avait quelque chose d’héroïque, dans le sourire confiant qui
passait, une seconde, sur ces pauvres figures tirées, fiévreuses, dont
les yeux criaient grâce. Cette seconde était celle du baiser que Mme
Jules Ferron donnait à chaque Sèvrienne.
Elle était descendue jusqu’au perron d’honneur, nous étions toutes
groupées au bas des marches, la regardant, si pâle, elle aussi, dans sa
robe noire, debout au seuil de la maison.
A cet instant, elle eut l’attitude hautaine du chef, qui veut donner son
âme à celles qui partent, et c’est le cœur battant, que chaque élève a
reçu son baiser.
Voilà quel viatique elles emportent!
Je crois à son efficacité.