10 juillet.

Nous y pensons déjà: ce matin les élèves de deuxième et de troisième

année, sciences et lettres, sont parties pour la Sorbonne, où ont lieu

les examens d’agrégation et de licence.

Dès six heures du matin, le désarroi était dans l’École: de grandes

voitures Cook, à postillons, stoppaient devant les grilles; nous étions

toutes levées, aidant nos compagnes, leur faisant du café, des rôties.

Elles sont vertes, ou si pâles, que les flacons de sels circulent. Vite

on les met en voiture: «Cherchez sur la route, un bossu, un soldat, une

femme grosse, leur crie Berthe, et tout ira bien.»

Les voitures enfilent l’avenue, tournent brusquement sur la route, les

voilà parties, nous agitons encore nos mouchoirs.

Isabelle et Renée m’ont fait peine à voir. Myriam s’est trouvée mal.

Ce départ pour les examens me bouleverse.

Il y avait quelque chose d’héroïque, dans le sourire confiant qui

passait, une seconde, sur ces pauvres figures tirées, fiévreuses, dont

les yeux criaient grâce. Cette seconde était celle du baiser que Mme

Jules Ferron donnait à chaque Sèvrienne.

Elle était descendue jusqu’au perron d’honneur, nous étions toutes

groupées au bas des marches, la regardant, si pâle, elle aussi, dans sa

robe noire, debout au seuil de la maison.

A cet instant, elle eut l’attitude hautaine du chef, qui veut donner son

âme à celles qui partent, et c’est le cœur battant, que chaque élève a

reçu son baiser.

Voilà quel viatique elles emportent!

Je crois à son efficacité.

Les Sèvriennes · 第 91 / 222 题