Jeanne Viole nous a offert ce soir un punch promotionnel. C’est toujours
tout pareil, on potine, on s’use à dire des riens méchants. J’aime mieux
rester seule deux heures dans ma chambrette. Les bougies ont une clarté
charmante près des fleurs, au milieu des mousselines qui parent mon lit,
mon miroir, ma fenêtre.
Joie de lire seule et de rêver après, d’aller ailleurs, dans ce monde
qu’ouvre la poésie, comme un autre firmament.
Minuit, Noël.
Les cloches sonnent, les voix fredonnent, le jet d’eau tinte dans la
nuit. Là-haut, glisse dans les nuages, le pâle visage de la Mère. D’un
souffle elle écarte les voiles qui la nimbent, et radieuse se penche
vers la terre. Sous ce regard d’amour, le jet d’eau ploie, ses
broussailles ruisselantes s’écartent, et comme en un berceau de rêve,
l’image incertaine de l’Enfant sourit à l’éclatante image de la Mère.
O Noëls de mon enfance:
Courons d’un grand randon
Vers thio petit poupon.
Je veux former un vœu, exauce-le, petit Jésus de mon enfance: fais que
bientôt je découvre l’étoile qui dirigera ma vie; comme les Bergers et
les Mages, je te le jure, je la suivrai jusqu’où elle me mènera.