17 octobre 189 .

Nous avons eu ce matin une belle conférence de M. Criquet; à propos

d’une leçon ratée par cette pauvre Angèle Bléraud, il nous a fait

l’exposé de sa méthode, avec une chaleur, une puissance, qui me

transportent.

Vive la géographie du géographe Criquet! Nous lâchons les anciens

manuels, pour ne plus suivre que Vidal-Lablache, M. de Lapparent, et

surtout Paul Criquet!

Nous voilà débarrassées d’un fatras pédantesque, il ne s’agit plus que

de raisonner juste. J’en suis.

Nous n’avons pas été tendres pour Angèle; il est vrai que son

obstination était, chez elle, un parti pris. Mais qui sait l’accueil

réservé à chacune de nous? Moi, je suis très tourmentée par cette leçon

à faire sur André Chénier: le sujet est délicat, où faut-il s’arrêter?

Il y a dans les _Élégies_ des vers qui me troublent. Faut-il le dire?

D’Aveline en sera froissé.

Mais si je tais ce côté sensuel de l’œuvre de Chénier, ma leçon sera

celle d’une petite fille. N’ai-je pas le droit, sans fausse pudeur,

d’expliquer ma pensée et mes impressions? Tact, mesure... Que c’est

difficile, mon Dieu!

Ah! les beaux vers:

Là tout aime, tout plaît, tout jouit, tout soupire...

Là parmi les oiseaux, l’amour vient se poser.

Là sous les antres frais habite le baiser...

J’aime me dire à moi-même ces vers, le soir, avant de m’endormir. Ils me

bercent, ils appellent les beaux songes.

Les Sèvriennes · 第 30 / 222 题