Nous avons eu ce matin une belle conférence de M. Criquet; à propos
d’une leçon ratée par cette pauvre Angèle Bléraud, il nous a fait
l’exposé de sa méthode, avec une chaleur, une puissance, qui me
transportent.
Vive la géographie du géographe Criquet! Nous lâchons les anciens
manuels, pour ne plus suivre que Vidal-Lablache, M. de Lapparent, et
surtout Paul Criquet!
Nous voilà débarrassées d’un fatras pédantesque, il ne s’agit plus que
de raisonner juste. J’en suis.
Nous n’avons pas été tendres pour Angèle; il est vrai que son
obstination était, chez elle, un parti pris. Mais qui sait l’accueil
réservé à chacune de nous? Moi, je suis très tourmentée par cette leçon
à faire sur André Chénier: le sujet est délicat, où faut-il s’arrêter?
Il y a dans les _Élégies_ des vers qui me troublent. Faut-il le dire?
D’Aveline en sera froissé.
Mais si je tais ce côté sensuel de l’œuvre de Chénier, ma leçon sera
celle d’une petite fille. N’ai-je pas le droit, sans fausse pudeur,
d’expliquer ma pensée et mes impressions? Tact, mesure... Que c’est
difficile, mon Dieu!
Ah! les beaux vers:
Là tout aime, tout plaît, tout jouit, tout soupire...
Là parmi les oiseaux, l’amour vient se poser.
Là sous les antres frais habite le baiser...
J’aime me dire à moi-même ces vers, le soir, avant de m’endormir. Ils me
bercent, ils appellent les beaux songes.