6 octobre.

La journée est réglée immuablement, les études succèdent aux cours du

matin; après le déjeuner, on se repose; à 1 h. 1/2 les cours reprennent;

à 4 heures, les études recommencent. On dîne, on se promène dans le

parc, ou l’on danse à la salle de réunion. Puis on va dire bonsoir à Mme

J. Ferron, dans son cabinet.

Je n’ai pas voulu aller au bonsoir hier, je n’ai pas encore accepté de

vivre si près et pourtant si distante d’elle.

Ici, personne n’est surpris de cette froideur: les anciennes y sont

accoutumées; les nouvelles, trop heureuses d’être libres, ne se soucient

pas de se confier à leur directrice.

Pour beaucoup, je le vois, Mme Jules Ferron n’a d’autre rôle que de

prêter l’appui d’un nom illustre au fonctionnement de l’École; Rôle de

parade! escompte d’une signature, qui doit amorcer le public, et

rassurer nos familles sur l’esprit et la moralité de Sèvres!

Comme c’est la méconnaître.

Il ne faut pas longtemps pour surprendre la pensée d’une telle femme,

puisque Sèvres est son œuvre.

Elle veut nous préparer à vivre par nous-mêmes, à nous suffire, sans

qu’une défaillance arrête notre mission de professeur. Elle veut que

Sèvres nous donne cette force virile sans laquelle on s’aventure

désarmé. Brusquement, nous cessons d’être des écolières, qu’une

directrice écoute avec intérêt, nous sommes des êtres responsables et

libres, nous ne devons attendre d’elle, qu’un mot d’estime ou de blâme.

Elle vit dans un monde d’idées si fières, si triomphantes, qu’elle

n’admet pas, un instant, la possibilité d’être incomprise, méconnue, ou

ce qui est pis, de se tromper.

Sa froideur, le respect glacial qu’elle inspire, font partie de ce

système d’éducation qui me semble aller contre la nature.

Que fera-t-elle de moi?

Les Sèvriennes · 第 16 / 222 题