J’ai mal dormi. Il y a des galopades de chats, dans ces longs couloirs,
qui vous éveillent à tout moment. La grosse horloge sonne trop fort dans
la nuit, et Mlle Lonjarrey ouvre et ferme les portes des chambres avec
tapage. J’avais hâte d’entendre la cloche du réveil et de vite descendre
retrouver mes compagnes.
Ma chambrette me plaît; elle est bien petiote, et haut perchée: je suis
au cinquième, sous les toits, tel un poète qui se respecte. Les murs
sont nus, mais j’arrangerai tout cela. L’état nous met drôlement dans
nos meubles: un petit lit de fer, une armoire en pitchpin, une table,
une toilette, deux chaises, et un miroir; au pied du lit, une descente,
râpée, ô combien! Mais nous sommes libres d’embellir la «turne» comme
dit B. Passy.
J’ai déjà accroché ma guitare, un symbole, déclare ce gavroche qui est
ma voisine de chambre. Quand je serai triste, je pincerai une corde, la
plus grave, j’aurai l’illusion d’entendre la voix de l’ami qui me
cherche... et que j’attends.
Sous ma fenêtre, un grand lys d’argent s’épanouit et se fane sur la
pièce d’eau.
Quel apaisement parmi les grands arbres du parc; ils ont une beauté
sereine, qui se marie au calme de notre vie d’étude.