Il s'approcha doucement de Pardaillan qui le guignait du coin de l'oeil,
tout en paraissant profondément endormi.
«Serait-il mort?» songea le nain.
Cette pensée le fit frémir, sans qu'il eût pu dire si c'était de joie ou
d'appréhension. Entre le mal et le bien, la lutte avait été longue et
rude. Maintenant, le bien triomphait définitivement; il était bien
résolu à sauver son rival, et, cependant, on l'eût fort étonné en lui
disant qu'il accomplissait un acte héroïque.
Il s'approcha encore de Pardaillan et il perçut le bruit rythmé de sa
respiration.
«Il dort!» fit-il.
Et, malgré la jalousie qui le déchirait, il ne put se tenir de rendre un
hommage mérité à son rival, car il murmura en hochant doucement la tête:
«Il est brave. Il dort et il doit cependant savoir ce qui l'attend et
qu'il peut être frappé pendant son sommeil. Oui, il est brave, et c'est
peut-être pour cela que Juana l'aime.»
El Chico ne se doutait pas que celui dont il admirait la bravoure, tout
en feignant de dormir, l'admirait lui-même pour une bravoure qu'il ne
soupçonnait pas.