LE COMMENCEMENT DE LA LUTTE

L'avant-veille, en quittant son fiancé, Fernande était rentrée chez elle

un peu rassurée.

Elle venait de voir Jean. La vue de celui qu'elle aimait suffisait à lui

donner des forces.

Et pourtant elle tremblait à la pensée de la lutte qu'elle allait être

obligée de supporter contre son père, non à cause des violences qu'elle

avait à craindre, mais parce que son père devenait son ennemi, et que,

par devoir, elle l'aimait et le respectait.

La voiture qui l'avait amenée au boulevard de Gand traversait rapidement

Paris pour la conduire à l'Arc de Triomphe: elle songeait.

Dans sa loyauté native, dans sa pureté immaculée, elle n'avait même pas

eu l'idée qu'elle pût commettre une action répréhensible en allant chez

celui qu'elle considérait comme devant être son mari. D'ailleurs, les

dangers n'existent que pour ceux qui les connaissent.

Comment, elle qui avait grandi dans l'ignorance du mal, pouvait-elle le

craindre?

Elle s'attendait à trouver la maison endormie.

Son père l'avait élevée à sa façon, la laissant parfaitement libre. Il

s'était trouvé que l'enfant à qui il avait donné toute licence, était

une honnête créature. Mais une femme vicieuse eût été perdue et jetée

dans la mauvaise voie.

Donc, Fernande devait croire que son retour passerait inaperçu, comme

son départ.

Elle ouvrit la porte cochère avec la clef qu'elle avait sur elle et

monta rapidement à sa chambre.

Quelle ne fut pas sa surprise en y voyant son père qui l'attendait!

Jean-nu-pieds, Vol. 1 chronique de 1832 · 第 100 / 194 题