-- Me voilà, dit-il, madame. Que désire Votre Majesté?
-- Vous êtes dans l'antichambre?
-- Oui, madame.
-- Vous avez vu sortir un jeune homme, un enfant?
-- À l'instant même.
-- Il ne peut être loin encore?
-- À moitié de l'escalier à peine.
-- Rappelez-le.
-- Comment se nomme-t-il?
-- Orthon. S'il refuse de revenir, ramenez-le de force. Cependant
ne l'effrayez point s'il ne fait aucune résistance. Il faut que je
lui parle à l'instant même.
Le capitaine des gardes s'élança.
Comme il l'avait prévu, Orthon était à peine à moitié de
l'escalier, car il descendait lentement dans l'espérance de
rencontrer dans l'escalier ou d'apercevoir dans quelque corridor
le roi de Navarre ou madame de Sauve.
Il s'entendit rappeler et tressaillit.
Son premier mouvement fut de fuir; mais avec une puissance de
réflexion au-dessus de son âge, il comprit que s'il fuyait il
perdait tout. Il s'arrêta donc.
-- Qui m'appelle?
-- Moi, M. de Nancey, répondit le capitaine des gardes en se
précipitant par les montées.
-- Mais je suis bien pressé, dit Orthon.
-- De la part de Sa Majesté la reine mère, reprit M. de Nancey en
arrivant près de lui. L'enfant essuya la sueur qui coulait sur son
front et remonta. Le capitaine le suivit par-derrière.
Le premier plan qu'avait formé Catherine était d'arrêter le jeune
homme, de le faire fouiller et de s'emparer du billet dont elle le
savait porteur; en conséquence, elle avait songé à l'accuser de
vol, et déjà avait détaché de la toilette une agrafe de diamants
dont elle voulait faire peser la soustraction sur l'enfant; mais
elle réfléchit que le moyen était dangereux, en ceci qu'il
éveillait les soupçons du jeune homme, lequel prévenait son
maître, qui alors se défiait, et dans sa défiance ne donnait point
prise sur lui.
Sans doute elle pouvait faire conduire le jeune homme dans quelque
cachot; mais le bruit de l'arrestation, si secrètement qu'elle se
fit, se répandrait dans le Louvre, et un seul mot de cette
arrestation mettrait Henri sur ses gardes.
Il fallait cependant à Catherine ce billet, car un billet de
M. de Mouy au roi de Navarre, un billet recommandé avec tant de
soin devait renfermer toute une conspiration. Elle replaça donc
l'agrafe où elle l'avait prise.
-- Non, non, dit-elle, idée de sbire; mauvaise idée. Mais pour un
billet... qui peut-être n'en vaut pas la peine, continua-t-elle en
fronçant les sourcils, et en parlant si bas qu'elle-même pouvait à
peine entendre le bruit de ses paroles. Eh! ma foi, ce n'est point
ma faute; c'est la sienne. Pourquoi le petit brigand n'a-t-il
point mis le billet où il devait le mettre? Ce billet, il me le
faut.
En ce moment Orthon rentra. Sans doute le visage de Catherine
avait une expression terrible, car le jeune homme s'arrêta
pâlissant sur le seuil. Il était encore trop jeune pour être
parfaitement maître de lui-même.
-- Madame, dit-il, vous m'avez fait l'honneur de me rappeler; en
quelle chose puis-je être bon à Votre Majesté?
Le visage de Catherine s'éclaira, comme si un rayon de soleil fût
venu le mettre en lumière.
-- Je t'ai fait appeler, enfant, dit-elle, parce que ton visage me
plaît, et que t'ayant fait une promesse, celle de m'occuper de ta
fortune, je veux tenir cette promesse sans retard. On nous accuse,
nous autres reines, d'être oublieuses. Ce n'est point notre coeur
qui l'est, c'est notre esprit, emporté par les événements. Or, je
me suis rappelé que les rois tiennent dans leurs mains la fortune
des hommes, et je t'ai rappelé. Viens, mon enfant, suis-moi.
M. de Nancey, qui prenait la scène au sérieux, regardait cet
attendrissement de Catherine avec un grand étonnement.
-- Sais-tu monter à cheval, petit? demanda Catherine.
-- Oui, madame.
-- En ce cas, viens dans mon cabinet. Je vais te remettre un
message que tu porteras à Saint-Germain.
-- Je suis aux ordres de Votre Majesté.
-- Faites-lui préparer un cheval, Nancey.