Arnold von Harff, pèlerin chrétien, visite Jérusalem à la fin du 15e siècle et

force l’interdiction faite aux Chrétiens de pénétrer dans les lieux musulmans:

“Nous allâmes vers l’est et arrivâmes à la Maison de Sainte Anne, dont les

Chrétiens avaient fait une belle église autrefois, mais maintenant le païen (à

savoir le musulman, ndlr) l’a transformé en maison de prière ou mosquée, de

façon que les Chrétiens ne puissent y entrer. Mais grâce à une aide secrète nous

fûmes autorisés à y entrer. Nous traversâmes le transept, et sur le côté de

l’église nous grimpâmes à travers un trou étroit dans l’arcade d’une large

fenêtre, forcés de porter des bougies allumées pour y voir, et nous arrivâmes

dans une petite pièce voûtée où sainte Anne, la mère de notre Dame Bénie, quitta

ce monde. Ensuite nous arrivâmes dans une autre pièce voûtée dans laquelle

naquit notre Dame Bénie. Ici est le pardon de tous les péchés... Le jour

suivant, le Mamelouk me ramena à l’église du Mont Sion, et personne ne sut que

je n’avais pas passé la nuit dans la maison du Mamelouk.” [8]

Plus tard, les Turcs commencent à construire un minaret, mais ce projet est

abandonné. Après la guerre de Crimée, en 1856, le Sultan Abd-al-Majid donne le

site à l’Eglise catholique française, et l’église est restaurée entre 1863 et

1877. Depuis cette époque, elle est la propriété des Pères Blancs, qui fondent

aussi un séminaire de théologie et un musée d’antiquités. La Guerre des Six

Jours provoque quelques dégâts dont les réparations sont payées par le

gouvernement d’Israël.

Le plan de l’église est cruciforme. La nef et les deux côtés du transept sont

terminés par des absides, comme c’est la coutume dans les églises croisées.

L’église a une largeur de 18,5 m et une longueur de 34 m. Sur le mur nord, on

voit bien l’endroit à partir duquel la nef a été allongée de 7 mètres pour

agrandir l’édifice.

La façade penche légèrement vers la gauche pour symboliser la tête penchée du

Christ sur la croix. La crypte est plus ancienne que l’église. Les fondations

des piliers se confondent avec la structure originale du sanctuaire primitif.

= Sainte-Marie-Latine

Située dans le Mauristan, l’église du Rédempteur, construite en 1898, épouse le

plan de l’église croisée Sainte-Marie-Latine. Elle possède quelques vestiges

croisés. La porte de l’entrée nord est médiévale. Elle est décorée des signes du

Zodiaque et des symboles des mois. Dans l’hospice attenant au sud de l’église,

un magnifique cloître à doubles piliers date du 11e siècle, avec une

restauration de l’époque ayyubide datant du 13e siècle.

= Tombeau de la Vierge

Le Tombeau de la Vierge est situé à Gethsémani, sur le Mont des Oliviers. On

l’appelle aussi l’église de l’Assomption. La tombe de la Vierge peut être vue

dans une crypte assez profonde qui ressemble à la grotte de la Croix dans

l’église du Saint-Sépulcre. Le Nouveau Testament ne dit rien de la mort de

Marie. C’est Transitus Mariae, un ouvrage anonyme datant du 2e ou du 3e siècle,

qui mentionne son enterrement dans une grotte de la vallée de Jehosaphat.

L’existence d’une église est attestée par des auteurs de la fin du 6e siècle.

L’église est probablement détruite par les Perses en 614, et reconstruite par la

suite puisqu’elle est décrite par Arculfe en 670.

Les Croisés trouvent les ruines laissées par le calife Al-Hakim en 1009. En

1130, les Bénédictins reconstruisent une double église, à l’emplacement probable

de l’église byzantine. Les Chrétiens l’appellent l’église de l’Assomption,

conformément à la croyance chrétienne qui veut que Marie soit montée au ciel.

En 1187, Saladin détruit partiellement léglise. Celle-ci est restaurée par les

Franciscains au 14e siècle, puis reconstruite par l’Eglise grecque orthodoxe en

1757.

La façade et l’escalier monumental datent du début du 12e siècle. On voit aussi

la tombe de la Reine Mélisende, morte en 1161, et la niche où sont enterrés

d’autres membres de la famille de Baudouin II. Un linteau médíéval surplombe la

deuxième porte. Les murs de la grotte de Gethsémani ont été peints au 12e

siècle. La superficie de la grotte est de 17 m x 9 m, avec une hauteur maximale

de 3,5 m. Le sol était recouvert d’une mosaïque dont il ne subsiste que quelques

vestiges.

= Notes

[1] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 31.

[2] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text

Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 45.

[3] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text

Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 44.

[4] Arculfe I, 2-3, 6, 7-8. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton

University Press, 1985, p. 204-206.

[5] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine

Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p.

60.

[6] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. Palestine

Pilgrims Text Society, volume 4, 1895. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p.

11-15.

[7] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley and Los Angeles,

University of California Press, 1969, p. 174-175.

[8] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Harkluyt Society,

NS 94, 1946, p. 211-212.

6. L'ARCHITECTURE AYYUBIDE

[Dôme de l’Ascension / Dôme Yûsuf / Koursi `Aïsa / Mosquée de l’Ascension /

Notes]

La période ayyubide se caractérise par des édifices circulaires tels que le Dôme

de l’Ascension, le Dôme Yûsuf, Koursi ‘Aïsa ou la mosquée de l’Ascension.

= Dôme de l’Ascension

Le Dôme de l’Ascension (Qubbat al-Mi’raj) est édifié au nord-ouest du Dôme du

Rocher pour commémorer l’ascension au ciel du Prophète Mahomet. Le texte de la

construction, qui la date de 1200, fait état d’un monument plus ancien qui

aurait été restauré. Le bâtiment est constitué d’une coupole de bois recouverte

de feuilles de plomb et reposant sur un octogone formé d’une série d’arcatures

aveugles.

Voici la description qu’en fait Chelebi, voyageur musulman, qui visite Jérusalem

dans les années 1650: “A la droite d’une niche de prière (le Dôme du Prophète,

ndlr) se trouve un joli édifice octogonal avec un dôme, le Dôme de l’Ascension.

Chaque côté a deux colonnes d’albâtre, mises en place par un maître maçon. Sa

structure est recouverte de marbre blanc, et le dôme est couvert de plomb de

qualité, avec un croissant doré sur le haut. Sa porte regarde vers le nord, mais

il est maintenant fermé de tous les côtés. Son contenu est inconnu. Il n’a pas

de fenêtres, Cels paraîtrait indiscret d’y entrer, puisqu’il a été fermé.” [1]

= Dôme Yûsuf

Le Dôme Yûsûf (Qubbat Yûsûf) est édifié sur le côté sud de l’esplanade du Haram,

à l’ouest de la mosquée al-Aksa. Construit en 1191 par Saladin, il est restauré

en 1681. La petite coupole repose sur un carré constitué de trois arcs brisés et

d’un mur dans lequel est aménagé un mihrâb sur le côté sud.

= Koursi ‘Aïsa

Koursi ‘Aïsa est situé dans le Haram, vers l’extrémité nord-ouest de

l’esplanade. Koursi ‘Aïsa, qui signifie Siège de Jésus ou Trône de Jésus, est

appelé aussi Qubbet Sakfeh Sakhrah, coupole de fragement de roche, ou encore –

improprement – Qubbet Souleiman, du nom du calife. Son architecture ressemble au

Dôme de l’Ascension, sur le Haram, ou à la mosquée de l’Ascension, sur le Mont

des Oliviers.

D’après les pères Vincent et Abel, il s’agirait d’un édifice d’origine

chrétienne datant du dernier quart du 12e siècle, pendant la période florissante

du Royaume Latin. Il pourrait s’agir aussi d’une oeuvre arabe réalisée selon les

principes et traditions de l’architecture franque, peu après la reprise de la

ville par Saladin [2].

= Mosquée de l’Ascension

La mosquée de l’Ascension se dresse au sommet du Mont des Oliviers, à 818 m

au-dessus du niveau de la mer. Le Mont des Oliviers est consacré très tôt par

les Chrétiens. C’est ici que Jésus assure l’éducation de ses disciples, et qu’a

lieu son ascension vers le ciel. Au centre de la mosquée se trouve la pierre

selon laquelle, selon la tradition chrétienne, le pied de Jésus se serait appuyé

lors de son ascension.

Ce site a une telle importance pour les Chrétiens que Constantin érige au 8e

siècle une église de l’Ascension. Dans l’esprit des Chrétiens de l’époque, c’est

la troisième église par ordre d’importance, après le Saint-Sépulcre et l’église

de la Nativité de Bethléem. Arculfe, pèlerin chrétien qui visite Jérusalem en

680, mentionne l’existence de cet édifice juste après sa description de l’église

du Saint-Sépulcre, et il fait un dessin du plan de l’église de l’Ascension [3].

Rien ne subsiste de cette église circulaire dont le centre était ouvert sur le

ciel.

A l’époque médiévale, la construction est entourée d’un monastère fortifié.

L’édifice actuel, octogonal et non plus circulaire, date sans doute en grande

partie de la période croisée. Il est entouré d’un mur circulaire à l’íntérieur

duquel une ligne concentrique de colonnes supporte la coupole. En 1198, Saladin

fait don de l’édifice à son successeur. Un toit et un mirhâb sont ajoutés lors

de la restauration musulmane de 1200.

= Notes

[1] Evliya Tshelebi’s Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.

[2] Vincent (L.H.) et Abel (F.M.). Jérusalem nouvelle. Paris, J. Gabalda,

1914-1926, volume 3, p. 604-609.

[3] Arculfe, I, 23. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University

Press, 1985, p. 206-207.

7. L'ARCHITECTURE MAMELOUKE

[Haram al-Sharif mamelouk / Bâb al-Qattânin / Madrasa al-Arghûniyya / Madrasa

al-Ashrafiyya / Minaret Bâb al-Asbât / Minaret Fakhriyya / Minaret Ghawânima /

Sabîl Qâytbây / Turba al-Sa’diyya / Zâwika al-Kubakiyya / Notes]

Les bâtiments mamelouks, nombreux, sont essentiellement situés dans le Haram

al-Sharif et autour. En voici quelques-uns [1] dans les pages qui suivent.

= Haram al-Sharif mamelouk

Les Mamelouks donnent au Haram al-Sharif sa forme présente, en construisant la

plupart des bâtiments situés le long du mur occidental. Ils investissent ensuite

régulièrement de grosses sommes d’argent pour restaurer et embellir le Haram.

Vers 1260, le sultan Baybars fait refaire les mosaïques des huit faces

extérieures du Dôme du Rocher. Vingt ans plus tard, le sultan Qalaoun fait

réparer le toit d’Al-Aksa. Le fils de Qalaoun, Al-Nasir Mohammad, verse la somme

nécessaire à la redorure des coupoles du Dôme du Rocher et d’Al-Aksa.

Le Haram n’est pas accessible aux Chrétiens et aux Juifs, qui encourent de

grands dangers s’ils s’y aventurent. Certains, qui connaissent les rites

musulmans, s’y risquent malgré tout, comme Arnold von Harff en 1496: “Nous

arrivâmes au Temple de Salomon (le Dôme du Rocher, ndlr) qui est situé à 160 pas

du Temple du Christ (le Saint-Sépulcre, ndlr). Au moyen de dons et d’une aide

amicale, je fus introduit dans ce Temple par un Mamelouk. Mais aucun Chrétien ou

Juif n’est admis à entrer ici ou à s’approcher de près, parce qu’ils disent et

assurent que nous sommes des chiens, et nous ne sommes pas admis à aller dans

les lieux saints, sous menace de mort, ce dont j’avais peur. Mais ce Mamelouk me

dit que si je voulais aller avec lui un soir, habillé de cette manière, il

m’emmènerait au Temple, et que si j’étais reconnu, je devais répondre comme un

païen (musulman, ndlr) avec les mots et le langage voulus, et que je devais

utiliser les mots et faire les signes que je fus forcé d’utiliser quand j’étais

emprisonné à Gaza... grâce à quoi le païen s’excuserait et me laisserait partir,

ce qui évidemment arriva. Le Mamelouk vint me chercher une nuit au monastère de

Sion et m’emmena dans sa maison, pour pouvoir assurer que j’avais passé la nuit

avec lui. Là il me mit des vêtements et m’apprêta comme un Mamelouk. Ensuite

nous nous dirigeâmes tous deux vers le Temple de Salomon.” [2]

= Bâb al-Qattânin

La Bâb al-Qattânin, ou Porte des Cotonniers, est ouverte au milieu du mur ouest

du Haram, presqu’en face du Dôme du Rocher, et donne accès au Sûq al-Qattânin,

qui s’étend entre le Haram et Tariq al-Wad.

Le Sûq al-Qattânin, marché des marchands de coton, est communément appelé ainsi

depuis des siècles. Il est le centre commercial du sultan Al-Nasir Mohammad ibn

Qalaun et de l’émir Tankiz al-Nasari. En 1336 et 1337, l’émir Tankiz restaure

cette porte construite au début de l’ère mamelouke. Elle est la seule entrée du

Haram à posséder une façade monumentale sur l’esplanade.

L’historien Al-Umari en fait une description en 1347. “C’est une grande Porte

qui vient d’être construite et qui est récemment ouverte. Elle comprend dix

marches. Sur chaque côté s’élèvent des tribunes... La construction de la porte

est parfaite... Son arc est à double voussure et fait de pierre sculptée et

colorée. Son inscription est dorée et incrustée dans la pierre. Ses deux

portails sont couverts de plaques dorées et en cuivre ciselé.” [3]

= Madrasa al-Arghûniyya

Une madrasa est une école supérieure où l’on enseigne le Coran, l’exégèse

coranique, la Sunna ou tradition du Prophète, le droit religieux et ses

applications dans la vie pratique. La madrasa al-Arghûniyya est située en

bordure ouest du Haram, sur le côté sud de la Tariq Bab al-Hadid, à côté de la

Porte de Fer. Cette madrasa est constituée de plusieurs bâtiments scolaires et

de mausolées.

Al-Argûniyya est à la fois la madrasa et la tombe d’Argun al-Kamili. Son nom

moderne est Dar al-Afifi. Elle est terminée en 1358, un an après la mort de son

constructeur Argun al-Kamili, gouverneur de Syrie, enterré ici en octobre 1357.

Argun al-Kamili est d’abord gouverneur de Damas et à deux reprises gouverneur

d’Alep. La lutte constante des Mamelouks pour le pouvoir le conduit ensuite dans

les prisons d’Alexandrie, puis au banissement à Jérusalem. Il meurt en exil à

trente ans.

= Madrasa al-Ashrafiyya

La madrasa Al-Ashrafiyya est en bordure ouest du Haram, entre le minaret Bâb

al-Silsila au sud et Al-Uthmaniyya au nord. Al-Ashrafiyya est la madrasa du

sultan Qâytbây, terminée en 1482. Avec sa belle façade mamelouke du 15e siècle,

cette madrasa est le bâtiment mamelouk le plus connu de Jérusalem. Construite

par l’émir Hassan al-Dahari, elle devient la propriété du sultan Qâytbây puis

celle de la secte soufique.

Démolie en 1475, la madrasa est reconstruite par le sultan Al-Malik al-Ashraf

Qâytbây, et terminée en août 1482. L’historien Mujir al-Din la considère comme

le troisième joyau du Haram, après le Dôme du Rocher et Al-Aksa. “Quelque temps

après, dans l’année 800 (1475-1476 d’après le calendrier chrétien, ndlr),

Al-Malik al-Ashraf Qa’it Bay vint à Jérusalem et ne trouva pas le bâtiment à son

goût. C’est pourquoi en 884 (1479, ndlr) il envoya les gens de son entourage

officiel pour le démolir et pour l’agrandir en le rattachant aux autres

constructions. Ils commencèrent à creuser les fondations de l’actuelle madrasa

le 14 Sha’ban 885 (19 octobre 1480, ndlr). Les architectes s’acharnèrent au

travail, et elle fut terminée le mois de Rajab de 887 (août 1482, ndlr). Ils

couvrirent son toit de la même manière que celui de la mosquée al-Aqsa, avec de

solides plaques de plomb. Mais ce qui constituait son attrait le plus grand

était sa position sur ce noble terrain où elle était devenue le troisième joyau.

Ces trois joyaux sont: le Dôme du Rocher, le dôme de l’Aqsa, et cette madrasa.”

[4]

= Minaret Bâb al-Asbât

Dans l’enceinte du Temple, des minarets permettent aux muezzins d’exhorter à la

prière cinq fois par jour. On les trouve près des zones habitées de la Vieille

Ville et à côté des portes de l’enceinte. Le minaret Bâb al-Asbât est le minaret

nord du Haram, sur le portique entre Bâb al-Asbât et Bâb Hitta. Sur le mur nord

situé à l’est de la Porte des Tribus, Al-Nasir ibn Qalaoun fait construire une

tour vers 1367. La partie supérieure, endommagée par un tremblement de terre,

est restaurée en 1927.

= Minaret Fakhriyya

Le minaret Fakhriyya est le minaret à l’angle sud-ouest du Haram. Il est

construit en 1278 par Sharaf al-Din Abdul Rahman, fils de Fakhr al-Din

al-Khalili. Il est restauré en 1345 puis en 1922.

= Minaret Ghawânima

Le minaret Ghawânima est à l’angle nord-ouest du Haram. Au-dessus de la Porte

Ghawânima, un minaret est construit en 1297 et 1298 par ordre du sultan mamelouk

Al-Mansur Husam al-Din Lajin. Il est restauré en 1329 par Qalaoun. Ses matériaux

de construction sont trouvés dans les ruines des bâtiments byzantins détruits

par les Perses. Sa façade est décorée de colonnettes comprenant de petites

scènes d’art chrétien. Le minaret est restauré à nouveau en 1927.

= Sabîl Qâytbây

Les fontaines, ou sabîl, sont en général situées auprès des entrées principales

du Mont du Temple, pour les ablutions des fidèles se rendant à la mosquée. Le

sabîl Qâytbây est sur l’esplanade du Haram, entre le Dôme du Rocher et le mur

ouest, à 15 m au nord-est d’Al-Ashrafiyya. Cette fontaine publique est offerte

par le sultan Qâytbây en 1482.

Des artisans égyptiens la construisent sous la conduite d’un maître d’oeuvre

chrétien. La grande taille de la fontaine, qui correspond à celle d’une tombe,

vient peut-être du fait que ces artisans étaient des experts en architecture

funéraire. Cette fontaine, considérée par certains comme le plus bel édifice du

Haram après le Dôme du Rocher, est un superbe exemple d’architecture décorative

mamelouke. A l’intérieur, l’inscription ornée courant sur les quatre côtés est

composée de citations du Coran. L’inscription donne le nom et la date de la

fontaine, et mentionne une restauration en 1883.

= Turba al-Sa’diyya

La turba Al-Sa’diyya est située sur le côté nord de Tariq Bab al-Silsila, tout

près de la porte du Haram. Datée de 1311, cette turba est la tombe de Burhân

al-Dîn, juge célèbre qui donne son nom à une chaire de l’époque dite musulmane,

restaurée pendant la période mamelouke. Le nom moderne de la turba est Dar

al-Khalidi. La tombe possède un bel ornement en stalactites, le plus ancien de

ce genre à Jérusalem. La porte est surmontée d’une mosaïque de marbre coloré.

= Zâwika al-Kubakiyya

La zâwika Al-Kubakiyya est située dans le cimetière musulman de Mamilla, à

l’extrémité orientale du parc de l’Indépendance, et à 400 m environ du rempart

ouest de la Vieille Ville. Une inscription datée de 1289 l’identifie comme la

tombe de l’émir Aidughdi Kubaki. D’abord esclave en Syrie, Aidughdi Kubaki

devient le gouverneur de Safed et d’Alep. Un sultan mamelouk nouveau venu

l’emprisonne et l’exile à Jérusalem. Il meurt à 60 ans.

La construction est formée d’une pièce carrée surmontée d’un dôme, avec

réutilisation de matériaux croisés, notamment pour les colonnes d’angle

supportant le porche. Les arcades au-dessus de la porte et des baies sont en

fait des monolithes qui ont été travaillés pour simuler des assemblages de

pierres.

= Notes

[1] Les noms propres sont orthographiés d’après: Burgoyne (M.H.). Mameluk

Jerusalem: An Architectural Study. London, World of Islam Festival Trust, 1987.

Cet ouvrage monumental a demandé seize années de recherches à la British School

of Archaeology in Jerusalem, créée en 1919. La transcription utilisée est celle

de l’Encyclopaedia of Islam, mais ‘q’ remplace ‘k’, et ‘j’ remplace ‘dj’.

[2] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Hakluyt Society,

NS 94, 1946, p. 207-210.

[3] Golvin (L.). Quelques notes sur le Suq al-Qattanin et ses annexes à

Jérusalem. Bulletin d’études orientales, volume 20, 1967, p. 101-102.

[4] Histoire de Jérusalem et d’Hébron: fragments de la Chronique de Mujir

al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 143-144, 286-288.

8. PREMIERS ALBUMS DE PHOTOGRAPHIES

[Les photographes du 19e siècle / Quelques albums de photos anciennes / Liste de

photographes, résidents et voyageurs / Notes]

= Les photographes du 19e siècle

L’invention de la photographie date de 1839. Les premières photos sont des

daguerréotypes, utilisés comme documents de base pour des gravures d’ouvrages.

Le premier ouvrage ayant utilisé ce procédé est celui d’Horace Vernet et

Frédéric Goupil-Fesquet, Excursions daguériennes, paru en 1841. 120

daguerréotypes sont reproduits en gravures, soit un dizième des collections

rapportées d’Orient.

Le second ouvrage est celui de Joseph Philibert Girault de Prangey, Monuments

arabes d’Egypte, de Syrie et d’Asie Mineure, paru en 1846. Les daguerréotypes

ont été pris en 1841. Vient ensuite l’ouvrage religieux de George Skene Keith,

Evidence of the Truth of the Christian Religion, illustré de photos de son fils,

prises en 1844. Puis celui de Claudius Galen Wheelhouse, Photographic Sketches

from the Shores of the Mediterranean, avec des talbotypes de 1849 et 1850.

Suite à l’invention par Fox Talbot du talbotype/calotype, qui rend possible

l’impression de plusieurs copies à partir d’un seul négatif, Louis-Désiré

Blanquart-Evrard, un Français de Lille, étudie le procédé et crée une imprimerie

en septembre 1851. Entre 1851 et 1855, il publie 20 albums de photographies.

C’est lui qui imprime les albums de Maxime du Camp et d’Auguste Salzmann, les

deux pionniers de la photographie en Terre Sainte.

En 1849, Maxime du Camp (1822-1894) est délégué par le ministère de

l’Instruction publique pour photographier les monuments et les sites du

Moyen-Orient. Il est accompagné de son ami Gustave Flaubert. Ils arrivent le 8

août 1850 et restent deux semaines. Ils reviennent avec 214 calotypes. 125

d’entre eux sont imprimés par Blanquart-Evrard et publiés en 1852 par Gide & J.

Baudry sous le titre: Egypte, Nubie, Palestine et Syrie: dessins photographiques

recueillis durant les années 1849, 1850 et 1851... Ce volume, très coûteux, est

le premier livre de voyages à contenir des reproductions photographiques, et en

particulier 11 photos de Jérusalem prises en 1850.

A la même époque, selon les souvenirs de Mrs Finn, une de ses connaissances,

Georges W. Bridges aurait photographié Jérusalem, très exactement pendant

l’hiver 1849-1850 [1]. Ses photos seraient donc antérieures à celles de Maxime

du Camp. Elles seraient les premières jamais réalisées en Terre Sainte,

contrairement à l’idée bien ancrée donnant la paternité des premières photos à

Maxime du Camp. L’album de George W. Bridges ne paraît qu’en 1859.

Quelques années après, l’archéologue français Louis Félicien de Saulcy, revenant

d’un voyage à Jérusalem en 1854, demande l’aide de son ami Auguste Salzmann pour

conforter ses thèses archéologiques à l’aide de photographies. Ses thèses

diffèrent totalement de celles des autres archéologues français, et ses propres

dessins ne sont pas suffisants pour étayer ses démonstrations.

Auguste Salzmann (1824-1872) est à la fois artiste peintre et photographe. Il

est envoyé pour un séjour de six mois en Terre Sainte, sous l’égide du ministère

de l’Instruction publique. Il revient avec 200 calotypes. 174 sont imprimés par

Blanquart-Evrard et édités par Gide & Baudry en 1856 dans la grande édition de:

Jérusalem: étude et reproductions photographiques de la Ville Sainte, depuis

l’époque judaïque jusquà nos jours… La grande édition comprend 174 photographies

de grand format (24 x 34 cm). La petite édition comprend 40 photographies parmi

les plus belles et les plus intéressantes de la grande édition et réduites de

moitié (22 x 16 cm) [2].

La Jérusalem médiévale · 第 4 / 6 段