appelée mastaba, avec le Dôme du Rocher au centre. L’espanade, ou sahn, est
située entre 4 et 6 mètres au-dessous de la plateforme. Elle comprend la zone du
Mont du Temple tout entière. La mosquée al-Aksa est située à l’extrémité sud de
l’esplanade, jouxtant le mur sud. Un tiers de l’esplanade est planté d’arbres,
le plus souvent des oliviers.
Présentement le mur du Haram est percé de dix portes. Les sept portes
occidentales sont, du sud au nord: la Porte des Maures, la Porte de la Chaîne,
la Porte des Ablutions, la Porte de Fer, la Porte de la Prison et la Porte de
Ghawanmeh. Les trois portes situées au nord sont la Porte Noire, la Porte de
Hutta et la Porte des Tribus. La Porte de Hutta porte aussi le nom du roi Feisal
d’Iraq, qui vient au Haram en 1930.
= Chaire de Burhan al-Din (Minbar Burhan al-Din)
Edifiée au 8e siècle sur le côté sud de l’esplanade, la chaire de Burhân al-Dîn,
de son nom musulman Minbar Burhân al-Dîn, est entièrement en pierre et en marbre
polychromes. Elle est construite en plein air pour les prônes des jours de fête
et ceux des jours de prière sous la pluie. Elle est restaurée en 1388 par le
grand juge de Jérusalem, Burhân al-Dîn, qui lui donne son nom. Une seconde
restauration date de 1843.
Voici le commentaire que fait Chelebi, voyageur musulman, dans les années
1648-1650: “A la porte sud du Haram se trouve une chaire où le prophète est
monté la nuit de son Voyage Céleste pour donner un avertissement aux âmes de
tous les prophètes. C’est une petite chaire. Aux temps de sécheresse, les gens
de la province se rassemblent autour pour offrir des prières pour la pluie.” [5]
= Dôme de la Chaîne (Qubbat al-Silsila)
Le Dôme de la Chaîne, de son nom musulman Qubbat al-Silsila, est situé à l’est
du Dôme du Rocher. Il est attribué à Abd al-Malik, constructeur du Dôme du
Rocher. D’après la tradition arabe, il abrite le Trésor des Musulmans de la
ville. Il est impossible d’entrer dans le bâtiment sans être vu de l’intérieur,
et on accède au Trésor par une échelle.
Comme pour les autres édifices du Haram, la description la plus ancienne est
celle d’Ibn al-Faqih en 903: “A l’est du Dôme du Rocher s’élève le Dôme de la
Chaîne. Il est supporté par vingt colonnes de marbre, et son toit est couvert de
feuilles de plomb.” [6]
Le Dôme de la Chaîne ressemble un peu au Dôme du Rocher. Les 11 colonnes
externes et les 6 colonnes internes supportent la pièce ronde qui abritait le
trésor. La description de 903 parle de 20 colonnes. La construction elle-même a
sans doute été modifiée par Baybars, gouverneur mamelouk entre 1260 et 1277.
C’est lui qui ajoute le mirhâb. Soliman le Magnifique fait recouvrir le dôme de
carreaux en 1561.
L’édifice est décrit par Chelebi dans les années 1648-1650. “Construit comme un
palais, le dôme repose entièrement sur des colonnes, il n’existe pas le moindre
mur. Le cercle extérieur est fait de neuf colonnes précieuses, alors que le
cercle intérieur consiste en six colonnes. Le dôme s’élève au-dessous d’elles.
L’íntérieur et l’extérieur de ce dôme sont couverts de fines tuiles du Kashan de
la couleur des lapis lazuli. Le dôme lui-même est couvert de plomb bien coulé
semblable à celui de la mosquée Suleimaniyye à Istanbul… Il a une niche de
prière dans laquelle j’ai offert quelques prières et louanges.” [7]
= Dôme du Rocher (Qubbat al-Sakhra)
Le Dôme du Rocher, appelé Qubbat al-Sakhra, est le joyau de Jérusalem et l’une
des merveilles du Moyen-Orient. Il est situé au milieu de la plateforme centrale
de l’esplanade du Haram al-Sharif.
L’origine de sa construction tient à deux légendes musulmanes qui lient à la
ville de Jérusalem le voyage nocturne de Mahomet et son Ascension vers le ciel.
La légende du voyage nocturne de Mahomet prend sa source dans les premiers
versets de la sourate 17 du Coran. Les Musulmans tentent d’identifier les deux
Lieux Saints mentionnés dans ces lignes. Le commentateur du Coran Al-Zamakhshari
(mort en 1144) montre que le voyage nocturne est en relation avec l’Ascension
racontée plus loin dans les versets 4 à 10 de la sourate 53 du Coran [8]. Mais
cette relation entre les deux événements est très controversée. De même, la
relation possible entre le voyage nocturne de Mahomet et la ville de Jérusalem
est loin de faire l’unanimité [9].
Le Dôme du Rocher, construit entre 692 et 697, est érigé par Abd al-Malik à
l’endroit le plus élevé du Mont du Temple. Sa date de construction, 72 après
l’Hégire, est indiquée par une inscription coufique sur une plaque de métal
bleu-gris située sur une des arches sud-ouest supportant le dôme: “Le serviteur
d’Allah Abd al-Malek ibn Mirwan, commandant du Prophète, construit ce dôme en
l’an 72. Qu’Allah recoive sa prière et le favorise.”
Selon la tradition arabe, les Musulmans reconnaissent sur le Rocher Sacré
l’empreinte du pied du Prophète lors de son élan vers le ciel. Le Rocher Sacré,
appelé aussi Even Ha-Shathiyah, Rocher de la Fondation, est identifié par la
tradition et l’histoire comme l’endroit où Abraham offre Isaac en sacrifice sur
le Mont Moriah. Il serait aussi l’autel que le roi David prépare pour Dieu. Il
serait encore l’emplacement du Mont de Salomon. Il serait enfin le Saint des
Saints situé dans le Temple. [10]
Le calife omeyyade Abd al-Malik commémore l’Ascension de Mahomet au ciel au
moyen d’un édifice musulman splendide. Cet édifice est le contrepoids des
majestueuses églises chrétiennes élevées par les Byzantins. Il est aussi un
symbole musulman face aux religions juive et chrétienne, les deux religions
antérieures que l’Islam juge imparfaites. C’est ainsi qu’après la Mecque et
Médine, Jérusalem devient la troisième grande ville musulmane.
La description la plus ancienne qu’on ait du Dôme du Rocher est celle d’Ibn
al-Faqih, en 903: “Au milieu du Haram s’étend une plateforme... Six escaliers
conduisent au Dôme du Rocher. Le Dôme s’élève au milieu de cette plateforme. Sa
surface au sol est de 150 pieds [45,6 m] sur 150 pieds, sa hauteur est de 105
pieds [31,9 m] et sa circonférence de 540 pieds [164,2 m]. Dans le Dôme ils
allument chaque nuit 300 lampes. Il a quatre portails surmontés d’un toit, et
chaque portail a quatre portes, et il est surplombé par un portique de marbre.
La pierre du Rocher mesure 51 pieds [15,3 m] sur 40 pieds et demi [12,2 m] et
sous le Rocher se trouve une grotte dans laquelle les gens prient. La grotte
peut contenir soixante-deux personnes. Le Dôme est couvert de marbre blanc et
son toit est d’or rouge. Les murs et le tambour sont ouverts par cinquante-six
baies, dont les verres sont de teinte variée; chacune mesure 9 pieds de haut
[2,7 m] et 6 [1,8 m] de large. Le Dôme, qui fut construit par Abd al-Malik ibn
Marwan, est supporté par douze colonnes et trente piliers. C’est un dôme
au-dessus d’un dôme [un intérieur et un extérieur] recouvert de feuilles de
plomb et de marbre blanc.” [11]
Au début du 10e siècle, la coupole de cuivre est gainée d’or. Le gainage d’or
est remplacé plus tard par un gainage en plomb. Au 11e siècle, deux tremblements
de terre secouent le dôme, et la mosaïque supérieure est remplacée. Les
mosaïques du tambour sont restaurées en 1027, mais il semble que les dessins
originaux soient conservés.
Lors de la prise de Jérusalem par les Croisés en 1099, le Dôme du Rocher est
identifié comme le Temple de Dieu. Il devient une église, mais l’ensemble de
l’édifice est conservé tel quel.
En raison du symbole que représente le Rocher pour les Chrétiens, les Croisés
prennent des fragments de roche pour les vendre à prix d’or à des pèlerins
pieux. C’est pour mettre fin à ce commerce que les rois croisés entourent le
rocher d’une grille de métal dont il existe encore des fragments aujourd’hui
dans le secteur nord-ouest. Le croissant au sommet du Dôme est remplacé par une
croix, et on édifie un autel de pierre. Le Dôme du Rocher est consacré comme
église chrétienne en 1142. On ne songe pas à le faire rivaliser d’importance
avec le Saint-Sépulcre, mais le fait qu’il soit une église a sa signification,
parce que son emplacement est associé avec nombre d’évènements de l’Ancien et du
Nouveau Testament.
Comme la mosquée al-Aksa, l’édifice est utilisé par l’ordre des Templiers, érigé
en ordre militaire en 1128. L’architecture du Dôme du Rocher est copiée dans de
nombreuses églises d’Europe.
Pour lui faire retrouver sa forme originale, en 1187, l’an 586 après l’Hégire,
Saladin n’a qu’à enlever les icônes et l’autel. Il fait dorer les arches
supportant le dôme, ce qui leur donne l’allure qu’elles ont aujourd’hui. Les
murs sont recouverts de plaques de marbre, et le dôme reçoit un revêtement de
mosaïques.
Sous le sultan Baybars, les mosaïques de la partie supérieure des murs
extérieurs sont restaurées. Elles sont restaurées à nouveau en 1270, puis en
1290 par le sultan Al-Ashraf. En 1318, Al-Nasir ibn Qalaoun restaure la dorure
et la mosaïque du tambour, ainsi que le gainage extérieur en plomb. Les
restaurations continuent au 15e siècle, puis sous le gouvernement turc.
Un plan axonométrique est publié par K.A.C. Creswell dans Early Muslim
Architecture. Il “met en évidence une disposition architecturale héritée de la
tradition byzantine et demeurée unique dans l’art de l’Islam. Quatre portes font
face à chacun des points cardinaux, ce qui confère à l’édifice une situation
symbolique de centre du monde. Le nombre quarante, qui représente le total des
piliers et colonnes, est également symbolique...” [12]
La forme du Dôme du Rocher est celle d’un octogone inscrit dans un cercle,
symbole de la conception ancienne du centre du monde [13]. La construction
octogonale contient deux rangées concentriques de piliers. La rangée intérieure
supporte le dôme, et la rangée extérieure supporte le bâtiment lui-même.
Dans ses formes et proportions, le Dôme du Rocher est inspiré par le
Saint-Sépulcre. Le diamètre intérieur du Saint Sépulcre est de 20,9m et son dôme
est à une hauteur de 21,5m. Les dimensions correspondantes pour le Dôme du
Rocher sont de 20,3m et 20,5m.
Le dôme s’élève sur 12 piliers ronds en marbre et 4 en granit. Les 16 baies de
la coupole sont faites de verre coloré sur fond d’or, et la lumière donnée à
l’intérieur est un enchantement. Si certaines des baies sont du 15e siècle, la
plupart sont des 18e et 19e siècles. Les murs octogonaux sont ouverts par 56
baies, soit 7 pour chaque mur. La construction entourant le dôme est supportée
par 8 piliers de marbre et 16 piliers de granit coloré. Les piliers de granit
sont surmontés de chapiteaux qui viennent sans doute du Temple d’Hérode ou de
l’église de Saint-Sépulcre détruite par les Perses en 614.
Les piliers situés sur le dôme et la partie inférieure de la mosaïque sont très
anciens. L’entrée sud est la plus ornée, parce qu’elle fait face à La Mecque.
Une inscription coufique entoure la base du dôme.
Au-dessus des colonnades octogonale et circulaire entourant le Rocher Sacré
court un décor de mosaïques sur plus de 1200 m2 de surface de mur. Le revêtement
date de l’époque de construction du monument. Ces mosaïques omeyyades forment un
ensemble unique au monde, avec une profusion de rinceaux d’acanthe et divers
motifs végétaux réalistes ou stylisés, puisque la loi musulmane interdit la
représentation d’êtres vivants.
A partir de 1927, dans le cadre d’une collaboration à l’oeuvre monumentale de
l’orientaliste britannique K.A.C. Creswell sur l’architecture musulmane,
Marguerite van Berchem fait une description détaillée de ces mosaïques [14].
Suite à cette étude, elle conclut que ce chef-d’oeuvre de l’époque omeyyade est
l’oeuvre d’artistes syriens et non d’artistes byzantins, comme il était
communément admis avant ses travaux. Trente ans plus tard, en vue d’une nouvelle
édition de l’ouvrage de K.A.C. Creswell, elle procède à un deuxième examen de
ces mosaïques [15].
D’après elle, ce décor floral est une symbiose entre les traditions
gréco-romaine et orientale. La tradition gréco-romaine est représentée par les
plantes d’acanthe, les rinceaux, les vignes, les arbres, les guirlandes de
fleurs et de fruits, les cornes d’abondance. La tradition orientale, ce sont les
grandes fleurs stylisées en forme de lotus ou de tulipes. Les couleurs
dominantes sont le vert avec huit teintes de vert, le bleu avec six teintes de
bleu, et l’or.
Dans la partie supérieure des mosaïques court une belle inscription en
caractères coufiques longue de 240 m, qui date elle aussi de la construction du
monument. En or sur fond bleu, elle fait deux fois le tour de l’édifice, sur les
faces interne et externe de la colonnade octogonale.
Un autre beau spécimen de l’art omeyyade est le décor de bronzes dorés. De
larges plaques ornent les soffites des grandes portes d’entrée placées aux
quatre points cardinaux. Des plaques plus étroites recouvrent le dessous des 24
poutres-tirants reliant entre eux les chapiteaux de la colonnade octogonale, à
six mètres au-dessus du sol. Les motifs dominants sont les vignes avec leurs
enroulements, leurs feuilles et leurs grapes. [16]
= Mosquée al-Aksa (al-Aqsa)
Située en bordure de l’esplanade à côté du mur sud du Haram, la mosquée al-Aksa
est le deuxième grand bâtiment du Haram al-Sharif. Elle est la première des 35
mosquées de Jérusalem. L’enceinte du Haram comprend 6 autres mosquées. A
l’intérieur des remparts de la Vieille Ville, on en compte encore 28 autres.
Le choix de l’emplacement du sanctuaire de prière sur le Haram est relaté dans
le texte du 14e siècle appelé Muthîr al-Ghirâm. Celui-ci reprend le texte de
Kulthum Ibn Ziyad, qui tient lui-même le récit d’Al-Walid. Al-Walid relate
qu’après avoir choisi l’emplacement de la future mosquée, Omar commence à
nettoyer le terrain de ses propres mains. Il met au fur et à mesure les
immondices dans son manteau, et les jette dans le wadi Sahannam. Sa suite fait
de même. Ils font ainsi plusieurs voyages, jusqu’à ce que tout l’emplacement
soit nettoyé. Puis ils prient. [17]
La mosquée al-Aksa est érigée pour les prières collectives, le Dôme du Rocher
étant réservé aux prières individuelles. La mosquée actuelle peut contenir 5
mille personnes.
Alors que les fondations du Dôme du Rocher sont sur la pierre, celles de la
mosquée al-Aksa sont bâties sur la terre et les structures des temps hérodiens,
à savoir la partie ouest des écuries de Salomon. Ce sont les fondations de
l’église byzantine qui auraient été utilisées. Cette église, dédiée à la Vierge
Marie pendant le règne justinien, est construite en 560. Les Perses la
détruisent par le feu en 614.
Le pèlerin chrétien Arculfe a vu de ses yeux la mosquée de 680. Elle peut
contenir 3 mille personnes soit, à l’époque, la totalité de la population
musulmane de Jérusalem. A part les proportions générales, presque rien ne
subsiste non plus de la deuxième mosquée, construite par Al-Walid, qui fut
calife entre 705 et 715. Cette deuxième mosquée fut deux fois détruite par des
tremblements de terre pendant les soixante premières années de son existence.
Il existe une controverse parmi les historiens sur la date de construction de la
mosquée actuelle. Certains pensent que la construction est dûe à Abd al-Malik,
bâtisseur du Dôme du Rocher. D’autres pensent qu’elle est le fait d’Al-Walid,
constructeur de la grande mosquée omeyyade de Damas. Le constructeur gaine le
dôme de cuivre et il apporte une mosaïque de Constantinople pour décorer
l’intérieur de la mosquée, comme dans les mosquées de la Mecque et de Médine.
Pendant la période omeyyade, la mosquée est plus étroite et plus courte. Le sol
est de marbre et les portes dorées. Le tremblement de terre de 774 détruit les
murs est et ouest. La mosquée est restaurée par le calife Abu Jaafar al-Mansur,
et détruite à nouveau par un tremblement de terre trois ans après. Le dôme et sa
mosaïque sont l’oeuvre du calife fatimide Al-Zahir, tout comme la nef centrale
et les sept portes avec leurs sept arcs brisés dans le mur nord de la façade.
Après le tremblement de terre de 1033, Al-Zahir reconstruit la mosquée en
conservant sept des quinze ailes de la mosquée de 870, celle du calife Al-Mahdi.
[18]
Voici le commentaire de Al-Muqaddasi, voyageur musulman du 10e siècle: “La
mosquée Aqsa est située dans l’angle sud-est de la Ville Sainte... Cette mosquée
est encore plus belle que celle de Damas, parce que pendant sa construction elle
eut pour rival et pour modèle la grande église (le Saint-Sépulcre, ndlr)
appartenant aux Chrétiens de Jérusalem, et ils construisirent celle-ci (al-Aksa,
ndlr) pour être encore plus belle que l’autre.” [19]
Après la prise de Jérusalem en 1099, la mosquée al-Aksa devient la résidence du
roi de Jérusalem. Les Croisés considèrent que son emplacement est celui du
Templum Domini, le Temple de Salomon. Mais son utilisation comme résidence
royale est brève, moins de vingt ans selon Guillaume de Tyr. [20] En 1128, le
roi cède le Temple de Salomon à un ordre de moines-soldats fondé dix ans
auparavant. De par le nom de leur quartier général, ceux-ci deviennent les
Templiers, ordre militaire fondé la même année afin de défendre les Lieux Saints
et de protéger les pèlerins pendant leur voyage.
Lors de la prise de Jérusalem en 1187, Saladin, comme pour le Dôme du Rocher,
fait enlever les icônes et l’autel, ainsi que les constructions des Templiers au
nord de la mosquée. Il contribue à la décoration du mirhâb en offrant une
magnifique chaire de bois sculpté. Cette chaire, réalisée en 1170, est l’oeuvre
de son prédécesseur Nur al-Din, gouverneur de Syrie. Elle est détruite par le
feu en 1969, un geste fou d’un touriste chrétien, qui pensait que le retour du
Christ ne pourrait avoir lieu avant la disparition des “abominations” musulmanes
du Mont du Temple.
Les sultans mamelouks restaurent les deux côtés de la mosquée. Entre 1345 et
1350, ils ajoutent deux baies de chaque côté du porche croisé. On ne les voit
qu’à l’íntérieur, du côté ouest, parce que la nef et le côté occidental sont
reconstruits entre 1938 et 1942.
Comme l’attestent des inscriptions sur la mosaïque du dôme, les premières
restaurations sont l’oeuvre du roi mamelouk Qalaoun en 1327. Le dôme et les
colonnes sont consolidés entre 1922 et 1927. Une deuxième consolidation a lieu
après les tremblements de terre de 1928 et 1937. La mosquée et ses baies sont
restaurées en 1943 par le roi d’Egypte Farouk.
On voit des traces de la mosquée originale d’Omar, décorée d’une double rangée
de colonnes, dans l’angle sud-est d’Al-Aksa. La superficie de cette mosquée
était de 8 m x 30 m. Les seuls vestiges de la période omeyyade sont les colonnes
situées à l’est du mirhâb.
La mosquée est divisée en une nef centrale et deux transepts. La nef, de
direction nord-sud, est supportée par 7 arcades reposant sur des colonnes de
marbre et de pierre avec des chapiteaux stylisés surmontés de baies. La mosquée
comprend 114 colonnes et 135 baies. Sa longueur est de 80 m et sa largeur de 55
m. La façade nord a 7 arcades et 7 grandes entrées construites pendant la
période fatimide. Les 4 autres portes sont situées ainsi: deux à l’ouest, une au
sud et une à l’est. Le dôme a une hauteur de 17,7 m. Comme pour le Dôme du
Rocher, l’intérieur est en bois et l’extérieur en plomb. Le dôme est supporté
par 4 arcs et 8 piliers, restaurés en 1927.
L’élément le plus ancien est la mosaïque du tambour supportant le dôme et celle
de la façade de l’arche surplombant l’aile du centre. Une inscription permet de
dater ces mosaïques de 1035. Leur qualité artistique est inférieure à celle du
Dôme du Rocher, mais il existe une certaine ressemblance dans les motifs, sans
doute copiés sur une mosaïque omeyyade.
La période croisée a laissé sa marque, avec les trois baies centrales du porche,
refaites en 1217, les baies de verre rose et bleu à l’ouest, le mirhâb de
Zacharie, ancienne chapelle croisée, et enfin les pièces voûtées à l’ouest, dans
la mosquée des Femmes. La tradition chrétienne veut que cette mosquée ait été
l’oratoire des Templiers.
C’est de l’époque de Saladin que datent les grandes dalles de marbre claires et
foncées recouvrant les murs. La couverture intérieure du dôme en mosaïques de
verre coloré date de la même époque. Cette couverture ressemble à celle du Dôme
du Rocher.
= Notes
[1] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems, 1890. Reprint: Beirout,
Khayats, 1965, p. 139-143.
[2] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems, 1890. Reprint: Beirout,
Khayats, 1965, p. 161.
[3] Al-Muqaddasi. Description of Syria, including Palestine. Palestine Pilgrims
Text Society, volume 3, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 41-46.
[4] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine
Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p.
29-42.
[5] Evliya Tshelebi’s Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.
[6] Le Strange (G.). Palestine Under the Moslems. 1890. Reprint: Beirut,
Khayats, 1965, p. 120-121.
[7] Evliya Tshelebi’s Travels in Palestine. Jerusalem, Ariel, 1980, p. 86.
[8] Gätje (H.). The Qu’ran and its Exegesis. Berkeley and Los Angeles,
University of California Press, 1976, p. 75-77.
[9] Deux historiens, I. Goldziher et O. Grabar, ont étudié l’origine et les
motifs possibles de cette association. Voir: Goldziher (I.), Muslim Studies.
London, G. Allen and Unwin, 1971, volume II, p. 45-46. Voir aussi: Grabar (O.).
The Formation of Islamic Art. New Haven and London, Yale University Press, 1973,
p. 50-52.
[10] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 333.
[11] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems. 1890. Reprint: Beirut,
Khayats, 1965, p. 120-121. Les mesures données sont tout à fait fantaisistes.
[12] Gautier-van Berchem (M.) et Ory (S.). La Jérusalem musulmane. Lausanne,
éditions des Trois Continents, 1978, p. 32.
[13] Murphy-O’Connor (J.). The Holy Land. Jerusalem, Oxford University Press,
1986, figure 24, p. 77.
[14] Van Berchem (M.). The Mosaics of the Dome of the Rock in Jerusalem and of
the Great Mosque in Damascus, in: Early Muslim Architecture. By K.A.C. Creswell.
Oxford University Press, 1962.
[15] Idem, 2nd edition, 1969.
[16] L’étude a été publiée pour la première fois par K.A.C. Creswell en 1932,
dans Early Muslim Architecture, avec de nombreuses photographies.
[17] Le Strange (G.). Palestine under the Moslems. 1890. Reprint: Beirout,
Khayats, 1965, p. 139-143.
[18] Hamilton (W.). The Structural History of the Aqsa Moque. Jerusalem, 1947.
Ce livre traite de l’histoire complexe de la destruction et de la reconstruction
d’Al-Aqsa.
[19] Al-Muqaddasi. Description of Syria, including Palestine. Palestine Pilgrims
Text Society, volume 3, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 41-44.
[20] William of Tyre. A History of Deeds Deone Beyond the Sea. New York,
Columbia University Press, 1943, volume 1, p. 524-525.
4. L'ARCHITECTURE CROISEE CIVILE
[Citadelle / Mauristan / Portes / Notes]
L’architecture croisée n’est pas seulement présente dans nombre d’édifices
religieux. On la retrouve aussi dans la Citadelle et la Tour de David, le
quartier du Mauristan et quelques portes des remparts.
= Citadelle
La citadelle est située sur le rempart ouest de la Vieille Ville, à côté de la
porte de Jaffa. Selon la tradition musulmane, la Tour de David, appelée aussi
Tour de Goliath, aurait été le siège du combat de David et de Goliath. Quand
Hérode le Grand (37-4 avant Jésus-Christ) fortifie Jérusalem, l’entourant d’un
double rempart, il construit son palais sur le site le plus haut et le mieux
fortifié, à 777 m au-dessus du niveau de la mer. La citadelle est dégagée entre
1934 et 1939 par l’archéologue C.N. Johns, membre du Département des Antiquités
durant le mandat britannique [1]. Dans la cour de la tour sud, C.N. Johns
découvre les restes d’un mur et d’une tour ronde, qu’il attribue à la
construction du 8e siècle.
Plusieurs fois détruite et reconstruite, la citadelle est utilisée au fil des
siècles par les gouverneurs successifs de la ville: romains, byzantins, arabes,
séleucides, croisés, ayyubides kurdes, mamelouks, turcs et jordaniens.