La toilette de Geneviève.
La toilette de Geneviève, cela est bientôt dit; je vois d'ici votre
mauvaise humeur, madame; vos lèvres déjà un peu minces se sont
resserrées, et il a passé par votre tête une pensée injurieuse pour moi.
A quoi bon, en effet, faire un gros volume, quatre cents pages, ma foi,
et plus de quatre cent vingt-huit mille lettres, pour passer sous
silence précisément ce qui peut se rencontrer d'intéressant? Je m'expose
à vous voir comparer chacune des choses que je dis à la chose que je ne
dis pas, et ne rien trouver dans mes quatre cents pages qui vaille la
page que j'ai négligé d'écrire.
«Ce monsieur, dites-vous, a le plus grand soin de nous détailler la
parure des prairies: parure de printemps, parure d'été, parure
d'automne, parure d'hiver; il n'oublie pas un seul bouton d'or, ni une
sauge, ni une marguerite.
«Il ne néglige pas de nous apprendre de quelles teintes se parent les
forêts de l'automne: les tilleuls sont jaunes; les marronniers roux; les
chèvrefeuilles bleuâtres; tout cela est fort joli; la vigne vierge pend
des grands murs en hardis festons pourpres et amarantes. Je le veux
bien. Il ne rencontre pas une fleur sans nous préciser sa couleur et son
parfum; il nous dit bien au juste la nuance de vert de chaque brin
d'herbe. Cela fait bien quelque plaisir, mais enfin, c'est ce que nous
savons aussi bien que lui; et au fait, cela ne sert à rien, tandis qu'on
peut trouver un bon modèle à suivre dans une jolie toilette, et il
pourrait bien nous parler des femmes avec autant de détails et d'amour
que des fleurs de son jardin.»
Je pourrais répondre à cette exclamation par trois cents raisons; mais
j'aime autant céder, et je vous dirai la toilette de Geneviève,
Et aussi la toilette de Rose,
Et aussi la toilette d'Anaïs,
Et aussi, si cela peut vous être agréable, la toilette de Mme ***.
Et aussi la mienne; mais cela ne serait pas convenable: je suis, en ce
moment, en robe de chambre et en pantoufles.
Je vais faire allumer par mon nègre, un Savoyard de treize ans intitulé
_père Michel_, la plus grande de mes pipes de cerisier. Le père Michel
va serrer ses soldats de plomb et me donner du feu; et je vais me
rappeler les toilettes en question, en fumant un tabac parfumé de
benjoin et d'aloès, ce que je vous recommande, ô vous qui fumez; ce que
je vous recommande, ô vous qui ne fumez pas, de recommander à ceux qui
fument près de vous.