Monsieur Léon Lauter, vous vous moquez de moi, et peut-être vous avez
raison; permettez-moi cependant d'expliquer un peu ma conduite. J'ai vu
plusieurs fois, cet hiver, mademoiselle votre soeur; j'ai été touché
autant de son air de douceur et de décence que de sa beauté. Je suis
négociant; je me suis figuré que je ne saurais jamais écrire à une jeune
fille une lettre capable de la bien disposer en ma faveur. D'autant
qu'en pensant à mademoiselle votre soeur, je ne trouvais à dire que ce
que je viens vous dire aujourd'hui: «J'ai trente-cinq ans, je suis
presque riche, j'aime mademoiselle votre soeur; le plus grand désir
que je sente dans mon coeur est qu'elle soit ma femme et qu'elle soit
heureuse par moi.» J'ai ouvert, dans mon embarras, le livre qui passe
pour renfermer les phrases d'amour les plus éloquentes, et j'ai copié,
si bien copié, qu'il paraît que j'ai même négligé de changer le nom qui
se trouve dans le livre. Je sais très-bien que mademoiselle votre
soeur ne s'appelle pas Julie, mais Geneviève; j'ai appris sur elle
tout ce que j'ai pu apprendre, et tout ce que j'ai appris a augmenté mon
amour. Aujourd'hui, si mon langage est simple et vulgaire, du moins je
parle moi-même et je vous répète: «J'ai trente-cinq ans, je suis presque
riche, j'aime mademoiselle votre soeur; le plus grand désir que je
trouve dans mon coeur est qu'elle soit ma femme et qu'elle soit
heureuse par moi.» Cette fois, vous pourrez me répondre sans me
renvoyer au livre de Rousseau.
J'ai l'honneur d'être, monsieur Léon Lauter, votre, etc.