M. Charles Merruel à M. Léon Lauter.

Monsieur Léon Lauter, vous vous moquez de moi, et peut-être vous avez

raison; permettez-moi cependant d'expliquer un peu ma conduite. J'ai vu

plusieurs fois, cet hiver, mademoiselle votre soeur; j'ai été touché

autant de son air de douceur et de décence que de sa beauté. Je suis

négociant; je me suis figuré que je ne saurais jamais écrire à une jeune

fille une lettre capable de la bien disposer en ma faveur. D'autant

qu'en pensant à mademoiselle votre soeur, je ne trouvais à dire que ce

que je viens vous dire aujourd'hui: «J'ai trente-cinq ans, je suis

presque riche, j'aime mademoiselle votre soeur; le plus grand désir

que je sente dans mon coeur est qu'elle soit ma femme et qu'elle soit

heureuse par moi.» J'ai ouvert, dans mon embarras, le livre qui passe

pour renfermer les phrases d'amour les plus éloquentes, et j'ai copié,

si bien copié, qu'il paraît que j'ai même négligé de changer le nom qui

se trouve dans le livre. Je sais très-bien que mademoiselle votre

soeur ne s'appelle pas Julie, mais Geneviève; j'ai appris sur elle

tout ce que j'ai pu apprendre, et tout ce que j'ai appris a augmenté mon

amour. Aujourd'hui, si mon langage est simple et vulgaire, du moins je

parle moi-même et je vous répète: «J'ai trente-cinq ans, je suis presque

riche, j'aime mademoiselle votre soeur; le plus grand désir que je

trouve dans mon coeur est qu'elle soit ma femme et qu'elle soit

heureuse par moi.» Cette fois, vous pourrez me répondre sans me

renvoyer au livre de Rousseau.

J'ai l'honneur d'être, monsieur Léon Lauter, votre, etc.

Geneviève(#38756) · 第 100 / 158 题