Le dimanche suivant, Geneviève et son frère dînèrent chez M. Chaumier;
il y avait dans la maison une grande confusion; M. Chaumier s'était mis
le matin dans une grosse colère contre un de ses domestiques, et l'avait
jeté à travers les escaliers; les autres s'étaient immédiatement livrés
aux douceurs du _far niente_. Tout ce qui se trouvait à faire devait
l'être par l'absent; Modeste elle-même voyait son autorité méconnue; le
dîner était en retard, rien n'avançait. Geneviève, avec une grâce
charmante, annonça qu'elle était devenue cuisinière et qu'elle allait se
mêler du dîner; Rose voulut l'aider; les deux cousines voulurent faire
travailler Léon, et il y eut un moment de folle gaieté qui rappela les
meilleurs jours de Fontainebleau.
«Quel dommage, dit Rose, qu'Albert ne soit pas ici!»
* * * * *
L'auteur du présent livre se déclare momentanément très-embarrassé.
Voici rempli le nombre de feuillets qui doivent composer le _premier
volume_ de l'histoire qu'il raconte. Or, la poétique du roman enjoint de
finir un volume sur une situation forte, attachante, qui excite
l'intérêt et la curiosité, les tienne en suspens, et fasse chercher avec
impatience le second volume.
Malheureusement, dans l'histoire simple et unie dont il a commencé le
récit, il y a peu de péripéties dramatiques et de grands événements:
c'est une histoire vraie et sans coups de théâtre; ce sont des bonheurs
et des misères de tous les jours, et, par un triste hasard, l'auteur se
trouve arrivé à son dernier feuillet précisément à un point qui,
surtout, ne permet aucun intérêt ni aucune suspension.
Car voici ce qui arrive pour clore le premier volume, ou pour commencer
le second: «Modeste annonce qu'on est servi.» La seule suspension
possible est celle-ci:
La soupe est-elle trop chaude, ou pas assez salée?
Il faut cependant obéir aux règles de lier le second volume au premier
par quelques chaînons qui ne permettent pas au lecteur de remettre à
des temps meilleurs et de négliger la lecture de ce second volume.
L'auteur croit avoir trouvé ce procédé triomphant, et ce procédé, le
voici:
Après le dîner, une des premières per....