XXXI

Le premier jour de mai.

Autour du vieux clocher à la flèche pointue, les corneilles ont, tout

l'hiver, fait entendre leur voix aiguë; mais l'hirondelle est revenue et

voltige à son tour dans l'air.

Réveillez-vous, petits génies; petits gnomes, réveillez-vous! Il est

temps de rendre aux prairies leurs belles robes reverdies, et leurs

fleurs au parfum si doux.

Paresseux! les filles penchées cherchent depuis bientôt un mois, sous

les vieilles feuilles séchées, les premières fleurs cachées de la

violette des bois.

A l'oeuvre, cohortes pressées! Venez déchirer les bourgeons où les

feuilles embarrassées attendent, encore plissées, les premiers, les plus

doux rayons.

Fondez l'onde de la citerne où s'en vont boire les troupeaux; ôtez aux

prés leur couleur terne, et faites croître la luzerne pour cacher les

nids des oiseaux.

Allons, gnomes, qu'on se dépêche; préparez les parfums amers, préparez

la couleur si fraîche des premières fleurs de la pêche, roses sur leurs

rameaux verts.

Là-bas, au fond du cimetière, est la tombe d'un pauvre enfant; personne

n'y vient; mais la terre, à chaque printemps, bonne mère, donne à l'ange

son bouquet blanc; sur le gazon qui l'environne, aux beaux jours, de ses

blancs bouquets une aubépine le couronne, et la pâquerette y foisonne.

Gnomes, ne l'oubliez jamais.

Allons, gnomes! Vos mains discrètes ont encore un soin à remplir.

Ouvrez! ouvrez les fleurs coquettes; ouvrez ces belles cassolettes de

rubis, d'or et de saphir.

De ses plus beaux habits la nature est parée; la lisière de la forêt, de

beaux genêts fleuris brille toute dorée aux rayons du soleil de mai.

Vos travaux sont finis! Allez, troupe joyeuse! Que chacun de vous prenne

un corps; papillon à l'aile soyeuse, demoiselle capricieuse, ou mouche à

miel laborieuse, vivez au sein de tous ces beaux trésors.

Roulez-vous dans les fleurs! Que la _cétoine_ pose ses ailes d'émeraude

au sein d'un rosier blanc, vivant dans une rose et mangeant de la rose,

et dans une rose mourant.

Le _criocère_ au lis, la grande fleur royale, demande asile; hôte

bruyant, il chante et se promène, et sur le blanc pétale, rouge, paraît

une goutte de sang.

Fête au ciel et fête à la terre! Le beau printemps est revenu; il n'est

plus de chagrins, il n'est plus de misère; le pauvre de soleil est

richement vêtu.

Fête au ciel et fête à la terre! Le printemps est venu; que faire de la

richesse et des grandeurs, des diamants, des sculptures, des toiles? On

nous donne gratis mille et mille splendeurs, illumination d'étoiles,

illumination de fleurs.

* * * * *

C'est le premier jour de mai que l'on enterrait Mme Rosalie Lauter. Léon

arriva avant son oncle et son cousin, tremblant et pâle; on lui ouvrit

la porte, et il vit Geneviève et Rose, vêtues de noir: ils

s'embrassèrent tous trois. La vue de Léon renouvela la douleur des deux

filles, qui retrouvèrent des larmes dans leurs yeux desséchés.

Léon voulut voir sa mère; il la regarda longtemps, aussi immobile, lui,

que la morte. Puis il dit: «Ma mère! j'accepte ton legs! Je te

remplacerai auprès de Geneviève!»

Geneviève(#38756) · 第 52 / 158 题