Le premier jour de mai.
Autour du vieux clocher à la flèche pointue, les corneilles ont, tout
l'hiver, fait entendre leur voix aiguë; mais l'hirondelle est revenue et
voltige à son tour dans l'air.
Réveillez-vous, petits génies; petits gnomes, réveillez-vous! Il est
temps de rendre aux prairies leurs belles robes reverdies, et leurs
fleurs au parfum si doux.
Paresseux! les filles penchées cherchent depuis bientôt un mois, sous
les vieilles feuilles séchées, les premières fleurs cachées de la
violette des bois.
A l'oeuvre, cohortes pressées! Venez déchirer les bourgeons où les
feuilles embarrassées attendent, encore plissées, les premiers, les plus
doux rayons.
Fondez l'onde de la citerne où s'en vont boire les troupeaux; ôtez aux
prés leur couleur terne, et faites croître la luzerne pour cacher les
nids des oiseaux.
Allons, gnomes, qu'on se dépêche; préparez les parfums amers, préparez
la couleur si fraîche des premières fleurs de la pêche, roses sur leurs
rameaux verts.
Là-bas, au fond du cimetière, est la tombe d'un pauvre enfant; personne
n'y vient; mais la terre, à chaque printemps, bonne mère, donne à l'ange
son bouquet blanc; sur le gazon qui l'environne, aux beaux jours, de ses
blancs bouquets une aubépine le couronne, et la pâquerette y foisonne.
Gnomes, ne l'oubliez jamais.
Allons, gnomes! Vos mains discrètes ont encore un soin à remplir.
Ouvrez! ouvrez les fleurs coquettes; ouvrez ces belles cassolettes de
rubis, d'or et de saphir.
De ses plus beaux habits la nature est parée; la lisière de la forêt, de
beaux genêts fleuris brille toute dorée aux rayons du soleil de mai.
Vos travaux sont finis! Allez, troupe joyeuse! Que chacun de vous prenne
un corps; papillon à l'aile soyeuse, demoiselle capricieuse, ou mouche à
miel laborieuse, vivez au sein de tous ces beaux trésors.
Roulez-vous dans les fleurs! Que la _cétoine_ pose ses ailes d'émeraude
au sein d'un rosier blanc, vivant dans une rose et mangeant de la rose,
et dans une rose mourant.
Le _criocère_ au lis, la grande fleur royale, demande asile; hôte
bruyant, il chante et se promène, et sur le blanc pétale, rouge, paraît
une goutte de sang.
Fête au ciel et fête à la terre! Le beau printemps est revenu; il n'est
plus de chagrins, il n'est plus de misère; le pauvre de soleil est
richement vêtu.
Fête au ciel et fête à la terre! Le printemps est venu; que faire de la
richesse et des grandeurs, des diamants, des sculptures, des toiles? On
nous donne gratis mille et mille splendeurs, illumination d'étoiles,
illumination de fleurs.
* * * * *
C'est le premier jour de mai que l'on enterrait Mme Rosalie Lauter. Léon
arriva avant son oncle et son cousin, tremblant et pâle; on lui ouvrit
la porte, et il vit Geneviève et Rose, vêtues de noir: ils
s'embrassèrent tous trois. La vue de Léon renouvela la douleur des deux
filles, qui retrouvèrent des larmes dans leurs yeux desséchés.
Léon voulut voir sa mère; il la regarda longtemps, aussi immobile, lui,
que la morte. Puis il dit: «Ma mère! j'accepte ton legs! Je te
remplacerai auprès de Geneviève!»