Un congrès d'rois s'assemble,
J'm'en...
L'un a peur, l'autre tremble,
J'm'en...
On prétend que tout est perdu:
L'ami Pitt sera donc pendu?
J'm'en _ris_.
Puis: «Je pensais à vous», disait-il à son ministre qui survenait dans
ces entrefaites. Cela se jouait à _la Comédie_ dite _italienne_. Artaud,
auteur de cette plate satire, était de Montpellier.
Vers le même temps, en 1794, on donnait à la Comédie française, sur le
théâtre de la République, une farce du même genre, mais non mêlée de
musique, farce intitulée _le Jugement dernier des Rois_. Toutes les
têtes couronnées, le grand-turc toujours excepté, figuraient là aussi,
mais en habits caractéristiques, et représentés par les acteurs les plus
plaisans de l'époque. Je ne me rappelle pas trop qui faisait le roi des
marmottes, mais je me rappelle très-bien que Baptiste cadet, masqué avec
un nez énorme, et vêtu d'un pantalon mi-partie rouge et noir,
représentait le roi d'Espagne, qu'on n'appelait jamais que _sire
d'Espagne_, à la grande satisfaction de l'auditoire. Michot, habillé en
femme, était, lui, Catherine la grande, ou le _grand_, pour me servir de
l'expression du prince de Ligne, et ne marchait que par _enjambées_,
comme dans certaine caricature. Au milieu d'eux, en habits pontificaux,
était le pape qui, joué par Dugazon, le bouffon par excellence,
distribuait à droite et à gauche ses bénédictions, confessait tous ces
pécheurs, et leur donnait à tous l'absolution _in articulo_. Il y avait
urgence; car l'explosion d'un volcan annonçait la destruction de l'île
déserte où ces pauvres tyrans avaient été déportés.
Cette farce, aussi irrévérencieuse que l'autre, mais plus spirituelle du
moins, n'était pas du vieil Artaud, mais de Sylvain Maréchal, original
qui, avant la révolution à laquelle il préluda, s'était plusieurs fois
compromis avec le gouvernement par la guerre sans relâche qu'il livrait
aux rois et à Dieu, qui pourtant ne lui ont pas été trop durs, que je
sache.
Ces faits prouvent à quel point était porté alors le dévergondage de la
scène en matière politique. Il est à remarquer toutefois que ce
dévergondage ne s'étendit pas aux moeurs, et qu'à cette époque où l'on
débitait sur le théâtre tant de choses qui faisaient trembler, on n'eût
pas osé y dire un mot qui fît rougir.
Les deux pièces dont il est ici question n'eurent pas un long cours de
représentations. Autorisées par la commune de Paris, ces représentations
furent interdites par le comité de salut public, dont la politique
croyait devoir des ménagemens à certains gouvernemens qui ne
paraissaient pas éloignés de traiter avec la république, depuis qu'il
était démontré que la victoire lui revenait et qu'elle pouvait redevenir
conquérante aux dépens de telle puissance qui l'avaient crue
_conquérable_, la Prusse, par exemple.]
[24: Le mot de Lagrange prouve qu'il jugeait des choses par le
raisonnement plus que par le sentiment. La foi de Pascal aussi reposait
sur cette base. Cet autre géomètre n'était-il pas déiste par calcul? Ne
craignait-il pas plus qu'il ne croyait? Les raisonnemens par lesquels il
démontre les risques attachés à l'incrédulité ne sont-ils pas
essentiellement mathématiques? Quand il décide à _croix_ ou _pile_ cette
grave question, qu'en fait-il, sinon une question de probabilité?
«Pesons le gain ou la perte, dit-il; en prenant le parti de croire que
Dieu est, si vous gagnez, vous gagnez tout. Si vous perdez, vous ne
perdez rien. Pariez donc sans hésiter.»
Ceci démontre moins, ce me semble, l'existence de Dieu que l'intérêt
d'admettre cette existence. Encore une fois, c'est moins l'argument d'un
croyant que d'un calculateur. On ne peut en douter quand Pascal ajoute à
ce qu'on cite ici cette autre conséquence du principe qu'il vient de
poser:
«De se tromper en croyant la religion chrétienne vraie, il n'y a pas
grand'chose à perdre. Mais quel malheur de se tromper en la croyant
fausse!»
Etrange manière d'aimer Dieu que celle de Pascal! ce n'est pas ainsi que
l'aimait sainte Thérèse.
_A CRISTO CRUCIFIADO._