Turin, le 12 thermidor an VI (31 juillet 1798)

Général,

En donnant à l'ambassadeur de la république française en Piémont une

copie de la relation du combat dont l'issue a été si funeste à la

frégate _la Sensible_, et dont j'ai adressé l'original au ministre des

relations extérieures, je croyais n'avoir que des bruits à combattre. La

lecture de la feuille du journal de Milan, en date du 2 thermidor, me

prouve qu'il faut réfuter aussi des écrits: je n'hésite pas à le faire.

Je suis loin d'accuser, de suspecter même l'intention du rédacteur; mais

il me semble qu'il s'est un peu pressé, et qu'avant de rendre compte

d'un événement, il devait attendre au moins des renseignemens dont

l'authenticité fût garantie par une signature. Il n'aurait pas confondu

le malheur avec la lâcheté, et son article, pour n'être pas prématuré,

n'en eût été que plus véridique.

Veuillez, général, lui faire prendre connaissance de la lettre

ci-jointe, et en requérir l'insertion dans son journal; je ne doute pas

qu'elle ne console tous les bons Français.

Nous avons tout perdu, _fors l'honneur_: c'est une justice que nos

ennemis rendaient du moins à notre capitaine.

Salut et respect,

ARNAULT.

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AU CITOYEN TALLEYRAND,

Souvenirs d'un sexagénaire, Tome IV · 第 45 / 53 题