Avec le soir, la brise s'est levée. Nous partons, à l'heure où les
hommes du chantier vont s'exercer à la nage, sous la direction de leur
surveillant; il importe, en effet, que cet art n'ait point pour eux de
secrets: leur salut en peut dépendre. Au reste, ils y sont, en général,
passés maîtres. D'aucuns d'entre eux s'efforcent, quelque temps, de
lutter de vitesse avec le _Protecteur_. L'île est déjà loin que nous
voyons encore leurs têtes onduler dans le sillage du cotre. Puis, tout
s'efface. Plus rien que la mer lilas et pourpre, où notre voilure se
découpe en un fuyant trapèze d'ombre, et là-bas, vers le Nord, une
estompe brumeuse, qui est la terre ferme, parsemée de dés blancs, qui
sont des maisons. Nous rentrons au pays de la vie, et ce n'est pas sans
quelque douceur.