Ils ne le reprirent jamais, et plus on ne les revit. La nef,
d'elle-même, s'en retourna vers la Roche-Jagu, emportant le cadavre du
jeune homme. C'est elle que l'on voit passer quelquefois, au large des
côtes, quand le vent souffle des régions boréales; ses voiles, brodées
au chiffre d'une fée, ont la nuance du safran qui est, là-bas, une
couleur de deuil; à la cime des mâts brûlent des flammes de cierges
funéraires et l'on entend à bord comme un gémissement plaintif
d'oraisons...
Ainsi se raconte la légende au pays d'Occident. On la trouvera sans
doute pauvre et nue à côté de son opulente soeur du Midi. Et ce sera, si
l'on veut, une nouvelle raison d'affirmer la supériorité des
littératures méridionales sur celles des peuples moins favorisés du
soleil.