gagnent beaucoup que chez l’ouvrier dont le salaire est rarement élevé.
Fuyez le luxe toujours coûteux. Vous pouvez vous habiller coquettement
et décemment à peu de frais, acquérir un mobilier simple et convenable,
vous dispenser de toutes sortes de futilités dispendieuses autant
qu’encombrantes. Évitez les nombreuses réceptions; n’allez point au
spectacle sans vous rendre compte de ce que ce plaisir vous coûte; ne
prenez point de goût pour l’apéritif quotidien qui grève énormément et
inutilement le budget. Pensez surtout au bien-être de votre foyer vers
lequel toutes vos ressources doivent converger. Cela ne signifie pas
qu’il faille vous priver de tous les plaisirs et rester constamment chez
vous, avec l’unique préoccupation d’éviter les dépenses: vous goûterez
au contraire, d’autant plus de joies à vous octroyer un plaisir de temps
en temps, parce qu’il sera plus rare et que vous ne serez pas blasé.
Celui qui va au théâtre une fois par mois s’y amuse davantage qu’un
autre que l’on y rencontre chaque soir. Le bonheur est relatif. On ne
peut pas nous le servir à jet continu. Nous ne l’apprécions réellement
que si nous avons fait quelques sacrifices pour l’obtenir et que si la
dose en est rare et modérée.
Dans n’importe quelles circonstances, ne vous lancez jamais dans des
dépenses sans vous être assuré à l’avance des ressources dont vous
disposez. Faites votre budget. Inscrivez-y toutes les dépenses
nécessaires du mois ou de l’année; réservez toujours une bonne place aux
économies. Celles-ci ne sont-elles point élevées comme vous le
désireriez, voyez où vous pourriez rogner un peu. Mais n’y touchez
jamais pour les diminuer; considérez-les sur votre compte comme des
dépenses urgentes et vous aurez le plaisir, à la fin de l’année, de
pouvoir les prendre intégralement ou un peu grossies, pour les placer à
intérêts, lesquels, comme nous le disions tout à l’heure, viendront
s’ajouter à votre traitement et vous permettront d’inscrire à votre
article «Recettes», un chiffre plus important.
Nous disons plus loin quelques mots du placement de ces économies.
Chacun saura bien discerner les bons placements des mauvais, et ne se
laissera point entraîner par le goût des trop gros bénéfices ou intérêts
qui, souvent, mettent en danger le capital placé. Inutile de placer sous
les yeux de nos lecteurs des budgets de famille: qui ne connaît les
choses indispensables à son ménage, et celles dont on peut se passer
sans inconvénient?
Nous éviterons aussi de parler des personnes riches, pour la raison
qu’elles ont déjà ce que nous conseillons d’acquérir: la fortune. Nous
leur dirons simplement qu’elles conservent cette fortune que des parents
ou la réussite des affaires leur ont procurée; qu’elles fassent le bien
autour d’elles; qu’elles aident ceux qui ont de réels dons et qui sont
pauvres, et que loin d’elles soient rejetées les passions d’un luxe
immodéré, d’une vie menée à trop grandes guides, du jeu, etc., choses
qui viennent à bout des plus grandes fortunes. On ne peut pas toujours
s’arrêter quand on glisse sur la pente: il est alors trop tard. Il sera
préférable de ne s’y point engager.
CHAPITRE VI
Derniers Conseils
Dans un précédent chapitre, nous avons parlé des économies, des procédés
à employer pour en réaliser sûrement, et nous n’avons fait qu’effleurer
la question de placement, nous étant réservé le plaisir de nous étendre
davantage sur ce sujet en un chapitre spécial.
Le premier besoin que l’on éprouve dès que quelques économies sont
disponibles, est de les mettre en sûreté, c’est-à-dire à la Caisse
d’Épargne.
Vous pouvez vous adresser pour cela au Receveur des Postes--ou à votre
facteur si vous n’habitez pas une commune chef-lieu de bureau de
poste--il vous indiquera la marche à suivre, qui est bien simple, pour
faire un versement à la Caisse d’Épargne postale. Sur votre demande
écrite, il vous sera délivré un livret sur lequel vous trouverez, au fur
et à mesure de vos besoins, toutes les instructions nécessaires
concernant les versements et les remboursements. Cette Caisse d’Épargne
est placée, par la loi du 1er avril 1881, sous la garantie immédiate et
absolue de l’État. Elle sert aux déposants un intérêt annuel de 2 fr.
50%. Chaque versement ne peut être inférieur à un franc ni supérieur à
1.500 fr. Il n’est guère besoin de se déplacer pour effectuer un
versement ou obtenir un remboursement. Il suffit de remplir une demande
imprimée, de la remettre au facteur contre reçu, et l’opération
sollicitée a lieu dans un délai de quelques jours. Le titulaire d’un
livret peut opérer ou faire opérer ses versements dans tous les bureaux
de poste de France, de Corse, d’Algérie, de Tunisie; il peut demander le
remboursement de ses fonds dans les mêmes bureaux ou donner à cet effet
procuration à un tiers.
La Caisse d’Épargne ordinaire diffère de la Caisse d’Épargne postale en
ce que son intérêt annuel est généralement de 3% et qu’il y a lieu de se
rendre au local de la Caisse ou dans une succursale pour une opération
quelconque. Le remboursement se fait moins rapidement et nécessite
quelque dérangement, surtout si l’on habite une localité éloignée du
bureau de la Caisse d’Épargne.
Une même personne ne peut posséder à la fois un livret de la Caisse
d’Épargne postale et un livret d’une Caisse d’Épargne ordinaire, sous
peine de perdre l’intérêt de la totalité des sommes déposées. Elle ne
peut pas davantage être titulaire de deux livrets de la même Caisse.
Cette interdiction ne concerne qu’un même déposant, et il peut être
délivré autant de livrets individuels qu’il y a de personnes composant
une même famille.
Quand la somme inscrite sur un livret atteint ou dépasse 1.500 fr., la
Caisse d’Épargne--ordinaire ou postale--achète pour le compte du
titulaire de ce livret, un titre de rente sur l’État. Si telle n’est
point l’intention du déposant, celui-ci peut demander un remboursement
partiel avant que ses économies atteignent 1.500 francs.
* * * * *
On sait que les ressources ordinaires de l’État sont fournies par les
impôts, directs et indirects. Mais si, par suite d’un événement grave,
l’État est obligé à des dépenses extraordinaires, il préfère, au lieu
d’augmenter les impôts, contracter un emprunt, c’est-à-dire demander de
l’argent à ceux qui veulent lui en prêter. De son côté, il s’engage, non
à rembourser ce capital, mais à payer perpétuellement l’intérêt: c’est
la rente perpétuelle. Alors chaque prêteur reçoit un titre de rente qui
lui donne droit de toucher l’intérêt. L’État peut, dans certains cas, se
réserver la faculté de rembourser; c’est ainsi qu’en 1878, l’État
français, lors d’un emprunt, a pris l’engagement de rembourser, par
parties chaque année, c’est-à-dire d’amortir le montant de cet emprunt
en 75 ans: c’est la rente amortissable. Il y a donc deux espèces de
rentes françaises: le 3% perpétuel et le 3% amortissable.
Les rentes dues par l’État sont inscrites sur le Grand-Livre de la Dette
publique.
Le titre de rente ne porte pas le montant de la somme prêtée, mais
seulement la rente convenue. Il peut être acheté ou vendu. Son prix
varie comme toute marchandise, mais il est évident que le chiffre de la
rente est toujours le même. Ces ventes et ces achats se font à la
Bourse, par l’intermédiaire d’un agent de change qui, seul, peut donner
de l’authenticité au contrat de vente et d’achat des fonds publics et
qui prélève un droit de commission ou de courtage de 0 fr. 125 pour 100
fr. de capital, soit 1 fr. 25 pour 1.000 fr. Il faut ajouter à cela
l’impôt de l’État, soit 0 fr. 10 pour 1.000 fr. de capital ou fraction
de 1.000 fr.
Le prix auquel se vend un titre de rente s’appelle le cours de cette
rente. S’il est aujourd’hui de 89 fr. par exemple, il peut s’élever
demain à 90 fr. et descendre le jour suivant à 88 fr. Quand le cours
atteint 100 fr., on dit qu’il est au pair.
Le payement des rentes se fait au Trésor, à Paris et dans toutes les
Caisses de l’État, sur la présentation, à chaque échéance, de petites
bandes de papier que l’on détache du titre même et que l’on nomme
coupons.
Les titres sont nominatifs ou au porteur, suivant qu’ils portent ou ne
portent pas le nom du propriétaire de la rente. On appelle arrérages les
termes échus et qui n’ont pas été touchés. Il y a prescription au bout
de cinq ans pour les arrérages. Il faut toujours tenir un double des
numéros de ses titres; en cas de perte ou de vol, on doit donner sans
retard ces numéros à son homme d’affaires.
* * * * *
Quand une Compagnie se fonde pour exécuter de grands travaux, comme les
chemins de fer, par exemple, ou pour exploiter des mines, des forêts,
etc., ou pour l’établissement d’une usine, ou pour faciliter le
commerce, l’industrie ou l’agriculture comme la Banque de France, le
Crédit foncier, etc., elle demande au public l’argent dont elle a
besoin. Le capital nécessaire est partagé en un certain nombre de parts
qu’on appelle actions. Celui qui achète une ou plusieurs de ces actions
devient actionnaire. La Compagnie s’engage généralement à lui payer un
intérêt fixe plus un dividende, c’est-à-dire une part dans les
bénéfices, proportionnelle à sa mise de fonds. L’actionnaire supporte
les pertes s’il s’en produit, mais pas au-delà du capital qu’il a
souscrit. C’est donc à lui de ne prendre d’actions que dans les affaires
qui offrent toutes les garanties possibles de sécurité.
Une Compagnie constituée par actions, un État, une Ville, peuvent avoir
besoin de faire un emprunt. S’ils offrent des garanties (propriétés,
matériel, capital action de la Société, etc.), ils émettent des
obligations, c’est-à-dire des titres donnant droit à un intérêt fixe,
mais ne participant ni aux bénéfices ni aux pertes. Pour exciter les
souscripteurs, on offre souvent des lots aux premiers numéros qui
sortent à chaque tirage. Les autres obligations sont remboursées au taux
d’émission, à des époques déterminées. Le placement en obligations est
toujours plus sûr que le placement en actions; ce dernier peut être plus
avantageux, mais il y a des risques à courir que l’on évitera en
surveillant la marche de l’entreprise.
Les actions et les obligations se négocient à la Bourse, comme les
rentes sur l’État, par l’intermédiaire des agents de change. Les frais
de courtage sont généralement les mêmes que dans le cas précédent. Les
établissements de crédit où peuvent se faire toutes les
opérations,--ventes et achats de titres, payements de coupons,
etc.--sont nombreux en France. Il n’est point de petite ville qui ne
possède le sien. Il y a lieu de s’enquérir de l’honorabilité de la
maison avant de s’y adresser. Des banquiers malhonnêtes ont jeté un
discrédit sur la corporation; mais un grand nombre de ces hommes
d’affaires et de ces Sociétés de crédit traitent les affaires avec assez
de loyauté pour être au-dessus de tout soupçon. Il s’agit de ne point se
tromper d’adresse, d’éviter de s’emballer et de s’assurer avant tout du
bon renom, loyalement acquis, de la maison avec laquelle on opère.
Sachez ce que vous désirez avant d’acheter une valeur quelconque; prenez
des références auprès d’amis sûrs, pondérés, sérieux et évitez de vous
laisser prendre à acquérir, sans renseignements précis et étude
approfondie, une valeur, quelle qu’elle soit. Toutes les valeurs sont
bonnes pour qui les vante et pour qui trouve un avantage considérable à
cela: même les plus mauvaises et qui n’ont d’autre valeur que la valeur
matérielle du papier. Vous ne pouvez pas, sans courir un grand danger,
vous exposer à acheter une action sur une industrie, sur une
exploitation, sans avoir au moins entendu quelque connaisseur vous
parler de cette industrie ou de cette exploitation, sans avoir lu sur
des journaux sérieux, non intéressés à l’une ou à l’autre affaire, des
relations documentées sur leur fonctionnement. Il s’est trouvé, en ces
temps derniers, des hommes d’affaires qui n’ont pas craint de lancer des
émissions sur des entreprises qui n’existaient pas et qu’à dessein, ils
plaçaient en des régions lointaines. Des journaux cependant
entretenaient leurs lecteurs des succès toujours croissants de ces
entreprises, mais il était facile de deviner que c’étaient des feuilles
intéressées à le faire, créées même uniquement pour cet objet. Il faut
se défier des louanges sans mesure comme des entreprises que nous ne
pouvons visiter. Pourquoi ne point confier plutôt vos économies à des
industries françaises, dont vous pouvez entendre parler par des gens qui
auront contrôlé leur valeur? Parce qu’elles servent un intérêt moins
élevé, dites-vous? Eh! prenez-vous pour rien la sécurité de votre
placement? Ne vaut-il pas mieux toucher un intérêt moindre et ne pas
risquer de ne plus retrouver son capital? Et puis, c’est une affaire de
patriotisme. Si vous faites prospérer l’industrie française, vous
enrichirez votre pays; vous serez enrichis par là même. L’industrie,
prospérant, nécessitera un plus grand nombre d’ouvriers; il faudra une
production de matières premières plus considérable; le commerce marchera
et chaque Français y trouvera son avantage et un avantage inappréciable
à tous les points de vue.
Ne donnez point votre argent au premier venu, quel que soit le langage
alléchant qu’il vous tienne. A bon vin pas d’enseigne. Sachez discerner
et deviner si vous avez affaire à un honnête homme ou à l’un de ces
personnages dont l’unique industrie consiste à vider les
porte-monnaies... des petits capitalistes surtout. L’expérience prouve
qu’il est nécessaire d’agir avec une grande prudence et de ne livrer ses
fonds qu’autant qu’on s’est assuré de sérieuses garanties. Les moyens
pour en arriver à ce résultat ne manquent pas. Il est encore d’honnêtes
gens en notre beau pays de France, et nous devrions précisément
encourager et aider les hommes d’affaires qui travaillent avec la même
ardeur dans l’intérêt de leurs clients que dans leur intérêt propre.
On a vu, en ces temps derniers, des banquiers ou soi-disant tels,
dilapider les fonds qui leur étaient confiés. N’était-il point évident,
pour un esprit avisé, qu’il ne pouvait en être autrement? Quand un homme
fait des dépenses exagérées, qu’il se prodigue en promesses
fallacieuses, en discours intéressés, en réclames coûteuses, peut-il
réellement inspirer la confiance au capitaliste sérieux qui exige
plutôt, pour sa sécurité personnelle, une garantie sûre et indéniable?
Les superbes discours n’ont, pour ce dernier, aucune valeur. Il ne s’y
arrête même pas. Ce qu’il lui faut et qui lui suffit, c’est l’assurance
que les capitaux qu’on lui demande d’engager ne seront pas perdus; et il
ne se trompe pas souvent, parce qu’il est froid, réfléchi, réfractaire à
l’emballement, et à la séduction que peut exercer sur lui un adroit
banquier.
Les valeurs s’achètent et se vendent au comptant: c’est, du reste, le
procédé le plus logique. Il y a aussi les marchés à terme, ainsi appelés
parce que la livraison des valeurs n’a jamais lieu qu’à une époque plus
ou moins éloignée de celle du marché. Les opérations au comptant sont
sérieuses, car elles obligent et le vendeur et l’acheteur. Il n’en est
pas de même des opérations à terme, qui ne sont, le plus souvent, qu’une
simple spéculation. Ainsi on achète et on vend sans nulle intention de
payer ou de livrer, mais simplement parce qu’on espère réaliser un
bénéfice par suite de la fluctuation du cours, excepté pour le marché
ferme qui oblige le vendeur et l’acheteur, comme le marché au comptant.
* * * * *
Ne vous laissez pas prendre à une combinaison qui peut figurer sur les
journaux et qui consiste dans la vente de la participation aux tirages
de quelques valeurs à lots, moyennant un faible versement mensuel. Il
arrive que le grand nombre des lots annoncés, formant invariablement des
millions au total, peut tenter même les gens les plus sérieux. Mais en
raisonnant quelque peu, vous vous apercevrez bien que le nombre des
participants à un lot qui aurait chance de sortir, est très grand, de
sorte qu’en divisant le lot, si important soit-il, par le nombre des
participants, la partie du lot qui vous sera servie, devra être,
naturellement, très faible. Du reste, le banquier peut faire à chaque
participant la part qu’il voudra, puisque les souscripteurs ne se
connaissent pas entre eux et ne savent pas d’une façon exacte combien
ils seront à se partager le lot. Enfin, cette combinaison est illégale:
son rôle est surtout d’enrichir celui qui l’exploite au détriment de
ceux qui manquent d’assez de circonspection pour n’y pas découvrir un
trompe-l’œil.
* * * * *
Ne donnez jamais une somme quelconque à un inconnu, même contre reçu. Ce
reçu pourrait être faux et il ne vous servirait à rien. Il passe
quelquefois dans les villages et dans les villes de ces escrocs qui se
disent représentants d’une maison de commerce plus ou moins importante
et qui vous demandent si vous avez l’intention d’acquérir un objet
quelconque, de verser un acompte, comme c’est l’usage de leur maison.
Cet acompte est leur profit et l’objet que vous convoitez ne vous
parvient jamais.
N’apposez jamais votre signature sur une feuille blanche qui vous est
présentée. Savez-vous ce qu’on écrira au-dessus? Ne signez pas davantage
un contrat quelconque dont vous n’aurez pas compris parfaitement tous
les termes. Certaines affaires--surtout celles qui paraissent très
pressées à celui qui veut les traiter avec vous--demandent beaucoup de
réflexion. Demandez un délai pour vous documenter; il sera toujours
temps de traiter votre affaire, si elle est loyale et si vous y trouvez
l’avantage que vous recherchez. Combien de personnes ont été ainsi
trompées, pour avoir trop précipitamment cédé aux instances d’un
monsieur qui ne trouvait aucun inconvénient à faire signer tel contrat,
à faire verser une somme quelquefois rondelette. Évidemment, il
n’existait nul inconvénient pour lui, mais il n’en était pas de même de
son client qui, plusieurs jours après, mais trop tard, pouvait se rendre
parfaitement compte de l’escroquerie dont il avait été victime.
Remarquez en passant que ces escrocs ont souvent une mise aussi
impeccable qu’élégante, et que vous craindriez peut-être, en leur
résistant, de froisser des personnages importants: n’ayez point cette
crainte. Les apparences sont souvent trompeuses et c’est précisément le
bel habit qui joue, en ce cas, le plus grand rôle.
* * * * *
Si vous êtes commerçant et qu’un inconnu vienne changer chez vous une
pièce de monnaie, un louis, par exemple; faites attention. Vous serez
peut-être en présence du plus honnête homme du monde, mais il se pourra
aussi que vous ayez affaire à un habile escroc qui saura attirer sur un
autre sujet votre attention et profiter de votre distraction d’un
instant pour reprendre à la fois et la monnaie que vous lui allongez et
le louis qu’il aura gardé à vue et glissé dans sa main, vous laissant en
l’esprit l’assurance intime que le louis a été rangé par vous tout
d’abord. Dans neuf cas sur dix, ces habiles voleurs réussissent ce coup
d’audace. Allez-y donc franchement et méthodiquement quand vous maniez
de l’argent. Placez votre monnaie sur votre table ou comptoir et exigez
que le louis reste là jusqu’au moment où se fait l’échange; de cette
façon, il n’y a ni équivoque ni doute. Vous comptez votre monnaie; le
monsieur la prend pendant que vous versez le louis dans votre tiroir. Si
vous vous sentez incapable d’opérer ainsi, dites au monsieur inconnu que
vous n’avez point de monnaie et que vous le regrettez. Souvent cet
inconnu aura fait, au préalable, une acquisition quelconque de peu
d’importance, pour ne point éveiller les soupçons; refusez quand même la
monnaie. Vous verrez bien, il vous paiera si c’est un escroc. En tout
cas, il vaudrait mieux perdre quelques sous que de s’exposer à perdre
vingt francs. Nous répétons qu’il faut éviter de voir dans toute
personne qui voudrait faire l’échange d’un louis contre de la monnaie,
un voleur de profession. Il est évident que l’homme le plus probe du
monde peut se trouver sans aucune monnaie et avoir besoin, pour s’en
procurer, d’entrer chez un commerçant. Il y a le tact et la manière.
Il est d’autres genres d’escroqueries, d’abus de confiance, etc., contre
lesquels il faut se mettre en garde. Ils sont multiples. Il en est
évidemment d’inédits: un peu de défiance et de sang-froid vous en
préservera.
TABLE
Chapitre I.--Le Travail 5
Chapitre II.--L’Alimentation 21
Chapitre III.--Les Économies 29
Chapitre IV.--L’Union fait la force 57
Chapitre V.--Meilleurs salaires et meilleurs traitements 66
Chapitre VI.--Derniers conseils 77
Paris--imprimerie des Éditions Presse Française