CONSONNES:

m, comme dans _maman_ _me_.

b, comme dans _battre_ _be_.

p, comme dans _papa_ _pe_.

v, comme dans _vivacité_ _ve_.

f, comme dans _force_ _fe_.

d, comme dans _devoir_ _de_.

t, comme dans _tutoyer_, et jamais comme dans _portion_ _te_.

n, comme dans _Nanine_, et jamais comme dans _bon_ _ne_.

l, comme dans _lunatique_ _le_.

ł, comme dans _famille_ _le_ mouillé.

ŋ, comme dans _ignorant_, et jamais comme dans _gnome_ _gn_ mouillé.

z, comme dans _azur_ _ze_.

s, comme dans _salut_, et jamais comme dans _ruse_ _se_.

r, comme dans _rire_ _re_.

ȷ, comme dans _jujube_ _je_.

ℐ[‡], comme dans _chercher_ _ch_ doux.

g, comme dans _guérir_, et jamais comme dans _pigeon_ _ghe_.

q, comme dans _camisole, colère_ _que_.

ɋ, comme dans _cœur, requête_ _q_ adouci.

‛, comme dans les _héros_ aspiration.

[‡] Ce signe ℐ est utilisé ici pour un j sans point, avec une

boucle.

On voit que, dans l’écriture inventée par Domergue, le caractère _c_

a changé de fonction et représente _eu_ faible que l’auteur croit

entendre dans notre _e_ muet ou _e_ féminin, _bonne, jeton_. L’_y_

a également disparu, et avec lui toute trace de l’origine grecque

d’une partie des mots de la langue. Pas d’_œ_; pas d’accents. Dans

les consonnes le _c_ est remplacé dans ses fonctions par _q_ dans

_camisole_, par ɋ dans _cœur_, par _s_ dans _ceux-ci_; _f_ figure les

sons _f_ et _ph; h_ est éliminée là où il n’y a pas aspiration; et

dans _héros_, etc., elle est figurée par l’esprit rude des Grecs; _k_,

lettre inutile en présence des deux _coppa_ (_q_ et ɋ), disparaît

également; deux signes nouveaux, l’un pour le _gn_ mouillé, _montagne_,

l’autre pour _ll_ mouillé, économisent chacun une lettre; _t_ n’a plus

qu’une fonction, _x_ a disparu ainsi que le _w_.

Domergue reconnaît vingt et une voix ou voyelles distinctes qu’il

représente par vingt et un signes; dix-neuf articulations qu’il exprime

par dix-neuf consonnes, dont chacune, comme chaque voyelle, a un emploi

fixe et incommunicable.

Si le système de cet académicien était logique et bien conçu sous

plusieurs rapports, en pratique il était inexécutable. Son écriture,

hérissée de signes nouveaux et peu distincts les uns des autres, blesse

toutes les habitudes de l’œil, supprime les accords du singulier et du

pluriel dans les substantifs et dans les verbes, et, violant ainsi les

lois premières de la grammaire, nous ramènerait à une sorte de barbarie.

GIRAULT-DUVIVIER. _Grammaire des grammaires, ou Analyse raisonnée

des meilleurs travaux sur la langue française._ Quatrième édition.

Paris, 1819, 2 vol. in-8. (La première édition est de 1811.)

Ce volumineux travail a joui pendant longtemps d’une grande réputation.

Le public, partant de cette idée que la meilleure grammaire devait être

la plus complète, c’est-à-dire celle dans laquelle se trouveraient

entassées en plus grand nombre, sous forme de règles, d’exceptions et

d’exceptions de l’exception, les irrégularités et les contradictions

de notre langue, a pendant trente ans accordé sa faveur à cette vaste

compilation des traités de grammaire alors connus.

Pour donner une idée de la critique de son auteur, je me bornerai

à remarquer que, loin de s’être enquis par un examen attentif et

personnel de la valeur des travaux des novateurs qui l’avaient

précédé, il s’est contenté, au chapitre ORTHOGRAPHE, t. II, p. 895, de

reproduire sans citer, mais en la paraphrasant de temps à autre, la

condamnation qu’en 1706, c’est-à-dire cent ans plus tôt, Regnier des

Marais avait portée contre eux dans sa Grammaire.

Girault-Duvivier conclut ainsi: «Au surplus, ce qui répond plus

victorieusement encore que tout ce qu’on vient de lire, aux divers

projets tendant à la réforme de l’orthographe ordinaire, c’est

que Regnier des Marais, le P. BUFFIER, le P. Bouhours, MM. DE

PORT-ROYAL, BEAUZÉE, CONDILLAC, GIRARD, D’OLIVET et le plus grand

nombre de grammairiens modernes, se sont constamment opposés à leur

adoption; c’est que les _écrivains_ du siècle de Louis XIV et enfin

l’_Académie_, juge auquel doit se soumettre tout auteur, quelque

célèbre, quelque éclairé qu’il soit, les ont rejetés.»

Cette citation textuelle, dans laquelle il y a presque autant

d’erreurs que de mots, ainsi qu’on peut s’en assurer par l’analyse

qu’on trouve ici des travaux de Buffier, de Port-Royal, de Beauzée,

de Girard, de d’Olivet et les spécimens de l’orthographe des grands

écrivains (Appendice _E_), montre suffisamment avec quelle légèreté les

grammairiens les plus accrédités avaient, jusqu’à nos jours, traité la

question de la réforme orthographique. Je serais heureux si le présent

ouvrage parvenait à déblayer le terrain de la discussion de tant

d’arguments faux répétés à satiété!

C.-F. VOLNEY. _L’Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques,

ouvrage élémentaire, utile à tout voyageur en Asie_ (tome VIII des

Œuvres complètes). Paris, Bossange frères, 1821, in-8.

Quoique cet ouvrage, aussi bien que celui de M. Féline, concerne plus

particulièrement la réforme dite _phonographique_, j’ai cru devoir

les mentionner, puisqu’ils ont indirectement rapport à l’orthographe,

par la classification des sons de la langue, et sont le résultat de

longs efforts et de consciencieuses études. La tentative de dresser

un alphabet unique et commun aux langues de l’Europe et de l’Asie est

une idée aussi grande que généreuse[194]. Volney lui-même a fondé un

prix annuel de 1,200 francs pour la réalisation de cette entreprise à

laquelle il a consacré tant de voyages et de si longues études.

[194] L’Angleterre poursuit depuis une trentaine d’années un

problème encore plus vaste et non moins important, celui d’un

alphabet typographique latin perfectionné et complété, qui soit

propre à la transcription de toutes les langues des tribus

de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique, de l’Océanie, de la

Polynésie, explorées par ses missionnaires. (Voir Max Müller,

_Nouvelles Leçons de la science du langage_, p. 199.)

Le savant académicien a puisé dans la comparaison des idiomes,

nécessaire à la préparation de son œuvre, des moyens de perfectionner

le mécanisme de notre orthographe. Doué d’un vrai talent d’observation

et d’une sagacité égale à sa persévérance, il doit à l’analyse

minutieuse qu’il a faite des sons propres aux diverses langues qu’il a

comparées une connaissance profonde des vices de notre écriture.

L’étude à laquelle Volney s’est livré au sujet des voyelles européennes

et particulièrement des voyelles françaises (p. 25 à 61) depuis

cinquante ans n’a guère été dépassée. Voici comment il résume les idées

de ses prédécesseurs sur la détermination du nombre de nos voyelles:

«Avant Beauzée, l’abbé Dangeau (en 1693) avait compté aussi treize

voyelles, mais il y comprenait aussi les quatre nasales: par

conséquent il les bornait à neuf. Ce fut déjà une grande hardiesse à

lui de les proposer au corps académique, qui, selon l’habitude des

corporations et la pesanteur des masses, se tenait stationnaire dans

le vieil usage de ne reconnaître que les cinq voyelles figurées par

A, E, I, O, U. L’abbé Dangeau eut le mérite d’établir si clairement

ce qui constitue la _voyelle_, que la majorité des académiciens ne

put se refuser à reconnaître pour telles les prétendues diphtongues

OU, EU, qui réellement ne sont pas diphtongues, mais _digrammes_,

c’est-à-dire doubles lettres[195]. Du reste, Dangeau ne distingua pas

bien les deux A, les deux O, ni les deux EU.

[195] L’auteur explique très-bien, dans plusieurs endroits, le

mécanisme de la formation de ces _digrammes_, qui s’est produite

en Europe comme en Asie. Ayant à figurer des sons nouveaux avec

un alphabet restreint, on a, plutôt que d’introduire un signe

nouveau, réuni les signes des sons qui isolément paraissent se

faire entendre dans la nouvelle voyelle.

«Après Dangeau (en 1706), l’abbé Regnier des Marais, chargé par

l’Académie d’établir une grammaire officielle comme le Dictionnaire,

n’osa que faiblement suivre la route ouverte par Dangeau: en

établissant d’abord six voyelles il commit la faute de présenter _y_

et _i_ comme différens, lorsque de fait leur son est le même[196];

et dans l’exposé confus, embarrassé qu’il fit de toute sa doctrine,

il décela l’hésitation et le peu de profondeur de la doctrine alors

dominante. A ce sujet, je ne puis m’empêcher de remarquer que les

innovations ne sont jamais le fruit des lumières ou de la sagesse des

corporations, mais au contraire celui de la hardiesse des individus,

qui, libres dans leur marche, donnent l’essor à leur imagination

et vont à la découverte en tirailleurs: leurs rapports au corps

de l’armée donnent matière à délibération: elle serait prompte

dans le militaire, elle est plus longue chez les gens de robe.

Toute innovation court risque d’y causer un schisme, d’y être une

hérésie, et ce n’est qu’avec le temps, qu’entraînée par une minorité

croissante, la majorité entre et défile dans le sentier de la vérité.»

[196] Volney a raison en ce qui concerne l’_y_ étymologique, mais

l’_y_ français, dans _pays, moyen_, est une véritable voyelle

diphthongue.

Voici le tableau des voyelles de Volney en ce qui regarde le français:

1. a clair ou bref, petit _a_ _Ex._: Paris, patte, mal;

2. a profond ou long, grand _â_ âme, âge, pâte, mâle;

3. o clair ou bref, petit _o_ odorat, hotte, molle, sol;

4. o profond ou long, grand _ô_ hôte, haute, môle, saule,

pôle;

5. où bref, petit _ou_ chou, sou, trou;

6. oû profond, grand _oû_ voûte, croûte, roue, houe;

7. eù clair, guttural cœur, peur, bonheur;

8. eu profond, creux eux, deux, ceux;

9. ╭ e muet, féminin borne, ronde, grande;

╰ ... _e_ gothique que je me repente;

10. ê ouvert fête, faîte, mer, fer;

11. ée _e_ (sans nom), _æ, ̄e_ née, nez;

12. é masculin né, répété;

13. i bref, petit _i_ midi, imité, ici;

14. î long, grand _î_ île (en mer), la bîle;

15. u français hutte, chute, nud;

16. ╮ ╭ an pan (de mur);

17. | Nasales: | on son (de voix);

18. | | in brin, pain, pin, peint;

19. ╯ ╰ un un, chacun.

La réalisation du projet de Volney serait un puissant auxiliaire pour

la diffusion des lumières et de la civilisation en Europe. Voici

comment M. Féline s’exprimait à ce sujet dans l’introduction de son

_Dictionnaire phonétique_:

«La création d’un tel alphabet intéresse au plus haut degré la

politique intérieure de tous les grands États. Les sujets de la

France parlent allemand, italien, breton, basque, arabe, et nombre

de patois qui diffèrent beaucoup du français. Ceux de l’empire

britannique parlent gallois, irlandais, écossais et font usage

d’une multitude d’idiomes dans de nombreuses colonies. La Russie,

disent les géographes, compte plus de cent langues différentes, dont

vingt-sept principales; l’Autriche en compte également une quantité

considérable dans ses divers États, animés chacun d’une nationalité

jalouse. Les États-Unis sont peuplés en partie d’émigrants venus

de toutes les contrées du monde. Il n’est pas jusqu’à la Suisse où

règnent trois idiomes bien distincts. Certes, si la confusion des

langues a arrêté l’édification de la tour de Babel, l’administration

de chacun de ces États doit souffrir de la difficulté qu’éprouve

l’autorité à se faire comprendre de tous les sujets soumis à sa

loi. Toutes ces nations doivent donc appliquer leurs efforts à se

faciliter réciproquement l’étude de ces nombreux idiomes, surtout

de celui qui est adopté par le gouvernement dans chaque pays. Elles

atteindraient assurément ce but en apportant à l’alphabet toutes les

simplifications dont il est susceptible et en le rendant commun à

toutes les langues.»

On verra plus loin, à l’article consacré à l’ouvrage de M. Raoux, les

moyens récemment proposés pour parvenir à ce but, et qui font l’objet

d’un art que ses adeptes appellent _phonographie_.

P.-R.-FR. BUTET, directeur de l’école polymathique. _Mémoire

historique et critique dans lequel l’_S _se plaint des irruptions

orthographiques de l’_X, _qui l’a supplantée dans plusieurs cas,

sans aucune autorisation ni étymologique ni analogique; à messieurs

les membres de l’Académie française et de celle des inscriptions et

belles-lettres._ Paris, imprimerie d’Éverat, 1821, in-8 de 19 pp.

Dans les doléances que la lettre S adresse à l’Académie, elle s’élève

d’abord contre le trouble apporté dans son emploi régulier par ces

impératifs de la première conjugaison à la seconde personne du

singulier, _manges-en, goûtes-y, vas-y_; elle se contenterait

modestement de la configuration _mange-s-en, goûte-s-y, va-s-y_,

qui préciserait son rôle de lettre euphonique.

Par suite de l’extension toujours croissante d’emploi qu’elle a

reçue des Grammairiens, par exemple, à la fin de ces mots je _croi_,

je _tien_, je _vien_, etc., elle se croit en droit de défendre sa

position comme lettre euphonique et comme marque du pluriel contre les

empiétements de l’_x_.

Notre _x_ nous vient des Latins. Mais quel rôle cette lettre double

a-t-elle joué chez eux?

Les nominatifs en _is_ de la troisième déclinaison, _canis, classis,

fortis, dulcis_, sont identiques avec la forme du génitif: tel était

le type primitif. Mais, en raison de la fréquence de leur emploi,

certaines formes du nominatif se sont altérées. Ces altérations se sont

faites de plusieurs manières, et entre autres par contraction: _trabs,

urbs, ops, hyems_, etc., sont des contractions de _trabis, urbis,

opis, hyemis_, qu’on retrouve au nominatif dans les anciens auteurs.

Par suite de la même contraction, _audacis_ et _regis_ sont devenus

_audacs_ et _regs_: l’_x_ est alors intervenu pour figurer ces deux

finales et ces deux sons par une seule lettre.

Les prétérits latins ont éprouvé des modifications non moins

importantes, où l’_x_ est venu jouer son rôle. _Luceo, frigo, dico,

duco_, au lieu de _luci, frigi, dici, duci_, ont donné _luxi, frixi,

dixi, duxi_.

_Flectum, plectum, fluctum_, n’ont pu devenir _flecsum, plecsum,

flucsum_ que sous la forme orthographique _flexum, plexum, fluxum_.

Telle est l’origine des supins en _xum_.

Il résulte de ces observations que l’_x_, sauf le cas de préexistence

dans un radical, ne peut s’introduire secondairement en orthographe que

dans trois cas généraux en latin: 1º comme finale de substantifs et

adjectifs de la troisième déclinaison; 2º comme faisant partie de la

terminaison des prétérits en _xi_; et 3º dans les supins en _xum_; par

conséquent, on peut, par droit d’hérédité, conserver sa présence dans

tous les mots français qui émanent de ces trois sources et, comme cela

a eu lieu en latin, dans tous leurs dérivés.

On peut admettre que, comme monument ancien, _x_ reste dans _appendix,

hélix, index_ (que beaucoup de personnes écrivent déjà _appendice,

hélice, indice_), dans _chaux_, de _calx_, dans _choix_, de _collexus_,

altération de _collectus_, dans _croix_, de _crux_, dans _crucifix_, de

_crucifixus_, dans _faux_, de _falx_, dans _flux_, de _fluxus_. De même

pour _larynx, pharynx, sphinx, voix, paix, poix, perdrix_; dans _taux_,

à cause de _taxe_, dans _six_, à cause de _sex_.

Il n’en est pas de même dans la terminaison des mots _faux, toux, houx,

époux_, pour lesquels il n’existe aucune raison étymologique de la

présence de l’_x_, et où l’_s_ seule apparaît dans les dérivés. Comment

justifier l’intrusion de l’_x_ dans la terminaison des adjectifs en

_eux_, tels que _précieux, généreux_, etc., provenus pour la plupart de

correspondants latins en _osus_?

La lettre S demande en terminant à l’Académie que puisque la docte

Compagnie l’a déjà rétablie dans ses droits pour les mots _rois_ et

_lois, clous, filous, fous, toutous, trous_ et _verrous_, elle lui

fasse la même grâce pour les mots _bijoux, cailloux, choux, genoux,

hiboux, joujoux_ et _poux_.

Elle réclamerait aussi sa place dans les pluriels des mots terminés en

_eux_ dérivés de latins en _osus_, ainsi que dans les quatre formes

verbales, je _peux_, je _veux_, je _vaux_, je _faux_.

La prononciation, en vers comme en prose, n’a rien à perdre à ces

corrections. L’étymologie et l’analogie y recouvreront leurs droits, et

la grammaire, affranchie d’exceptions, y gagnera par la simplification

et la généralisation de ses règles.

Il y a, comme on voit, d’excellentes idées dans ce petit travail, et

une analyse de ce genre pourrait être accomplie fructueusement pour

chacune des lettres de l’alphabet latin.

_Solvique et phonique, c’est-à-dire: le mécanisme de la parole

dévoilé et écriture universelle au moyen de quarante-huit

phonins ou lettres, qui, à l’aide de quelques signes, accens et

marques, désignent tous les sons de la parole avec leurs qualités

prosodiques; précédées d’une esquisse de l’histoire de l’écriture,

et suivies d’une méthode de noter la déclamation, moyennant douze

chiffres duodécimaux, qui se trouvent également appliqués à

l’arithmétique, ainsi qu’à un système de poids et mesures._ Par

Ch.-L. B. D. M. G. Paris, Firmin Didot, octobre 1829, in-12, de

VIII et 172 pp., plus 1 f. de modèle et un tableau.

C’est une réforme complète de l’écriture, établie sur une étude

minutieuse du fonctionnement des organes de la parole. L’auteur a

inventé de nouveaux signes qui diffèrent totalement des lettres de

l’alphabet.

MARLE. Dans le _Journal de la langue française, didactique et

littéraire_, années 1827-1829, 4 vol. in-8. (_Orthographe. Plan

de réforme._)--_Appel aux Français._--_Réforme orthographique._

Quatrième édition. Paris, I. Corréard jeune, 1829, in-32, de 144

pp., plus 2 tableaux. (A la fin on trouve: _Réponse de M. Marle à

la lettre de M. Andrieux_, de 11 pp.)

«La langue française, dit M. Marle, a vingt-deux sons et treize

articulations; pour représenter ce petit nombre de sons et

d’articulations, on fait usage de CINQ CENT QUARANTE SIGNES (ils sont

rangés dans le tableau ci-dessous), c’est-à-dire que nous employons

_cinq cents_ caractères de plus que n’en exigent le besoin de la

langue, la raison, le bon sens; c’est-à-dire que nous consumons dans

l’étude DOUZE FOIS PLUS DE TEMPS qu’il n’en faut.

«L’enfant qui doit retenir cinq cent quarante signes différents

avant de savoir lire et orthographier n’en aura plus que quarante

à apprendre pour arriver à la même connaissance. Ainsi, au lieu

d’employer douze mois, je suppose, il ne lui en faudra qu’un seul

pour apprendre à lire.»

Voici le tableau abrégé de la réforme de 1827:

La langue française a 22 sons et 18 articulations. 40 signes

suffisent donc pour tout représenter.

SONS. _â_ que l’oreille entend dans _p_â_te_ sera uniquement

représenté par le signe â. Écrivez donc _âme, flâme_.

_a_ entendu dans a_mi_ sera représenté par a. Écrivez _almana,

batême, fame_.

_an_ entendu dans _rub_an par an. Écrivez _banbou, prandre_.

_ô_ entendu dans _ap_ô_tre_ par ô. Écrivez _émérôde, étournô_.

_o_ entendu dans o_gre_ par o. Écrivez _onorable, roujole_, au lieu

de _honorable, rougeole_.

_on_ entendu dans _b_on par on. Écrivez _bonbe, contabilité_, au lieu

de _bombe, comptabilité_.

_oû_ entendu dans _v_oû_te_, par oû. Écrivez _joûront, loûront,

soûlé_, au lieu de _joueront, loueront, saouler_[197].

[197] Ce mot a été corrigé par l’Académie en 1835.

_ou_ entendu dans _b_ou_ton_, par ou. Écrivez _lou_ au lieu de _loup_.

_oî_ entendu dans _cr_oî_tre_, par oî. Écrivez _soîrie_ au lieu de

_soierie_.

_oi_ entendu dans _r_oi, par oi. Écrivez _doitié, oirie_, au lieu de

_doigtier, hoirie_.

_ê_ entendu dans ê_tre_, par ê. Écrivez _parêtre, renêtre_ au lieu de

_paraître, renaître_.

_è_ entendu dans _mod_è_le_, par è. Écrivez _chandèle, fièr, sègle_,

au lieu de _chandelle, fier, seigle_.

_é_ de é_pi_ par é. Écrivez _éroïsme, éritaje_.

_e_ de _s_e_lon_, par _e_. Écrivez _setié_[198].

[198] Tout _e_ qui n’a pas d’accent est muet, et ne se prononce

plus ni _é_, ni _è_, mais toujours _e_ comme dans _je, me, te_,

etc.

_eû_ de _j_eû_né_ par _eû_. Écrivez _beûglé, meûglé_.

_eu_ de _fl_eu_r_ par _eu_. Écrivez _boneur, maneuvre_.

_î_ que l’oreille entend dans _gîte_ par _î_. Écrivez _dîme_.

_i_ de _p_i_pe_ par _i_. Écrivez _iver, sistème_.

_in_ de _br_in par _in_. Écrivez _findre, vintième_.

_û_ que l’oreille entend dans _piqûre_, par _û_. Écrivez donc

_gajûre_.

_u_ de _men_u par _u_. Écrivez _umanité_.

_un_ de _trib_un par _un_. Écrivez _à jun, unble_.

ARTICULATIONS. _q_ que l’oreille entend dans _cabriole, coton, cube,

quiconque, quelconque_ par _q_. Écrivez _qabriole, qoton, qube,

qiqonque, qélqonqe_.

(La gutturale) _g_ (prononcez _gue_) de _guérir, guitare, navigua_

par _g_. Écrivez _gérir, gitare, naviga_.

_ch_ dans _cheval_ par _ch_. Écrivez _chisme, châle_.

_j_ dans _jupe_ par _j_. Écrivez _jéomètre, pijon_.

_r_ de _rare_ par _r_. Écrivez _réteur, rume_.

_z_ de _zéro_ par _z_. Écrivez _vaze, dizième_.

_s_ de _version_ par _s_. Écrivez _marsial, porsion_.

(L’articulation mouillée) _gn_ de _vignoble_ par _ñ_. Écrivez

_viñoble, Bourgoñe_.

_n_ de _monarque_ par _n_. Écrivez _anée, oneur_.

(L’articulation mouillée) _ll_ que l’oreille entend dans _bataillon_

par _ḻ_. Écrivez _bataḻon, griḻage_.

_l_ de _lumière_ par _l_. Écrivez _intervale, sculture_.

_t_ de _tunique_ par _t_. Écrivez _téatre, ortografe_.

_d_ de _devoir_ par _d_. Écrivez _adéré, adézion_.

_v_ de _victoire_ par _v_. Écrivez _valse_[199].

[199] Ainsi corrigé en 1835 par l’Académie.

_f_ de _fantôme_ par _f_. Écrivez _filozofe, filantrope_.

_b_ de _butte_ par _b_. Écrivez _abé, aborré_.

_p_ de _plumet_ par _p_. Écrivez _suprimé, aprandre_.

«Domergue, dit-il, renverse tout pour tout reconstruire sur de

nouvèles bazes. Du Marsais se borne à retrancher les doubles

consonnes.»

L’auteur déclare adopter une marche qui réunisse les avantages des deux

méthodes.

«Il ne faut, dit-il, renvoyer persone à l’école; il faut que celui

qui savait lire avant la réforme sache lire après la réforme à

quelque degré qu’elle soit arrivée; il faut, en un mot, que les

changements propozés ou à propozer soient toujours tellement

combinés, que les persones qui vèront pour la première fois

l’écriture qui en est le fruit puissent la lire sans héziter et

sans avoir bezoin d’explication préalable.....» «Homes de lètres

favorables à la réforme, professeurs qui voulez la propager,

gardez-vous de franchir les limites tracées par ce principe, ce

serait tout compromettre, ce serait grossir les rangs de nos

adversaires d’une foule de persones qui n’adoptent l’utile qu’autant

qu’il est agréable, qu’autant qu’il n’exige de leur part aucun

travail nouveau, aucune étude nouvèle.»

Marle retranche donc, en vertu de ce système: _a_ dans _Saône,

saouler, poulain_;--_e_ dans _asseoir, surseoir, beaucoup_, etc.;--_i_

dans _coignassier, poignard, oignon_;--_o_ dans _bœuf, désœuvrement,

nœud_, etc.;--un _b_ dans _abbaye, rabbin, sabbat_;--_c_ dans

_acquérir, obscénité, scélérat_;--un _f_ dans _affront, chauffer_,

etc.;--_g_ dans _doigtier, Magdelaine, vingtaine, aggraver,

agglomération_, etc.;--_h_ dans _adhérer, cathédrale, exhorter_;--_l_

dans _allégorique, alliance, bulletin_;--_m_ dans _automne,

condamner, nommer_;--_n_ dans _cannibale, connivence, donner_;--un

_p_ dans _appartement, apprendre_;--un _r_ dans _arrière, carrosse,

courrier_;--un _t_ dans _attachement, flatterie, gratter_.--Il remplace

le _s_ qui se prononce comme le _z_ par cette dernière lettre: nous

_reprézentons, poizon_. Il fait disparaître les _y_ étymologiques

dans _sinonime_. Il écrit _filosofe, ortografe_. Il voudrait en outre

quelques autres modifications légères.

Dans un remarquable passage relatif à l’_abolition des accents locaux

et des patois_, à laquelle seules une grammaire et une orthographe

très-simplifiées pourront conduire, M. Marle s’exprime ainsi:

«Pourquoi telle personne prononce-t-elle mois d’_aoûte_ au lieu de

mois d’_oû_? C’est parce que cet _a_ et ce _t_ sont écrits; parce

que l’œil les voit, parce que le bon sens, d’accord avec la vérité

historique, répète sans cesse que les lettres n’ont été inventées que

pour être prononcées.

«Écrivez _ou_, tout le monde prononcera _ou_.

«Écrivez _ardament, solanel, taba, sculture_, etc., et il deviendra

impossible de prononcer _ardemment, solennel, tabak, sculpeture_,

etc.

«Écrivez ainsi tous les livres nouveaux, toutes les feuilles

publiques, tous les almanachs populaires, et les sons purs de

l’atticisme français, révélés à tous les yeux, seront rendus par

toutes les bouches, et retentiront enfin les mêmes sur les rives de

la Garonne, de la Seine et du Rhin.»

A l’appui de ce qu’avance M. Marle, il cite ce passage de Béranger,

dans son épître à son patron, M. Lainé, imprimeur à Péronne: «C’est

dans son imprimerie que je fus mis en apprentissage: _n’ayant pu

parvenir à m’enseigner l’orthographe_, il me fit prendre goût à la

poésie, me donna des leçons de versification, et corrigea mes premiers

essais.»

Et M. Marle ajoute: «Si Béranger n’a pas pu parvenir à apprendre

l’orthographe actuelle, comment trente millions de Français qui

n’ont pas son génie y parviendraient-ils? Aussi nous soutenons que

personne ne la sait, et nous proposons un pari de trois cents francs

à quiconque prétendra écrire sans faute, sous notre dictée, vingt

lignes de mots usuels. Ces trois cents francs sont déposés chez M.

Bertinot, notaire, rue de Richelieu, nº 28.

«_Signé_ MARLE, rédacteur en chef du _Journal de la langue

française_, rue Richelieu, nº 21.»

Ce pari a-t-il été tenu? Je l’ignore. Il semble cependant que plus d’un

a dû être tenté de concourir; ce qu’il y a de sûr, c’est que M. Marle

ne fut pas ruiné par le nombre des concurrents.

Par ce qui précède, on voit que le système orthographique de M. Marle

n’excédait pas les bornes indiquées par plusieurs grammairiens, tels

que Girard, Duclos, Beauzée et autres. Cependant, dans l’_Appel aux

Français_, M. Marle, dépassant ces limites déjà si larges, se permit de

traduire dans une orthographe bien autrement téméraire quelques-unes

des lettres que lui avaient écrites plusieurs académiciens. Ces

lettres, où la bienveillance semblait un encouragement, ainsi

travesties, suscitèrent une tempête funeste à M. Marle, et le ridicule

qui s’attacha à leur transcription fit tomber dans un complet discrédit

ses tentatives, qui d’abord avaient été favorablement accueillies.

Voici comment est transcrite dans l’_Appel aux Français_ la lettre de

M. Andrieux, p. 161:

«Mosieu,

«Il è d’un bon èspri de déziré la réforme de l’ortografe francèze

aqtuèle, de vouloir la randre qonforme, ôtan qe posible, à la

prononsiasion; il è d’un bon grammèriin é même d’un bon sitoiiin de

s’oqupé de sète réforme; mez il è difisile d’i réusir. Voltaire,

aprè soisante é diz an de travô, èt à pène parvenu à nou fère éqrire

_français_ qome _paix_, è non pâ qome _françois_ è _poix_; on trouve

anqore dè jan qi répuñet a se chanjeman si rèzonable é si sinple:

lè routine son tenase, le suqsè vouz an sera plu glorieu si vou

l’obtené; vou vou propozé de marché lantemant é avèq préqôsion,

dan sète qarière asé danjereuze: s’è le moiiin d’arivèr ô but;

puisié-vous l’atindre!

«ANDRIEUX, manbre de l’Aqadémie fransèze.»

Cette audace, aussi blessante pour les convenances que pour les

habitudes consacrées, nuisit aux progrès raisonnables que l’Académie

paraissait disposée à admettre, et les effets s’en firent sentir

longtemps.

Dans le _Journal des Débats_ parut l’article suivant (il est de M. de

Feletz):

«Un nouveau grammairien, M. Marle, prétend réformer l’orthographe,

et il donne un échantillon de ses principes et de sa réforme dans un

petit écrit intitulé: _Apel o Fransé, Réforme ortografiqe_.

«_Ne jugé q’aprèz avoir lu._

«Prix: 60 santimes.

«Il ne doute point du _suqsè_; il prétend qu’il a déjà pour lui

un _profèseur de rétoriqe_, un _qolonel_, le _directeur de la

Revu Ansiclopédiqe_. Il s’est battu contre ses adversaires dans

la _Qotidiène_, le _Qourié fransè_, et se battra contre _qiqonqe_

n’adoptera pas sa réforme. Il a formé une société _ortografiqe_ qui a

son _prézidan_, etc.

«M. Marle s’était attiré une lettre raisonnable et polie de M.

Andrieux, secrétaire perpétuel de l’Académie française. Il a fait

imprimer cette lettre en l’affublant de sa nouvelle orthographe. Les

vers de Racine paraîtraient ridicules ainsi imprimés; la prose de M.

Andrieux ne pouvait résister à une pareille épreuve, et c’est contre

ce travestissement qu’on lui a fait subir qu’il réclame dans les

pièces suivantes qu’il nous a adressées:

«AU RÉDACTEUR.

«Monsieur,

«Je n’ose plus écrire à M. Marle: cela ne m’est arrivé qu’une fois,

après bien des sollicitations de sa part, et je n’ai pas sujet de me

féliciter de ma complaisance; je n’y serai plus pris.

«Vous avez peut-être entendu dire qu’il s’occupe d’une prétendue

_réforme orthographique_; qu’il cherche à répandre une espèce de

_cacographie_ bizarre, qu’il propose pour modèle.

«Son zèle de réformateur l’a emporté au point de publier une lettre,

travestie de manière à faire croire que j’adopte, moi, sa méthode, si

c’en est une, et que j’en ferai journellement usage pour mon compte.

«Je dois donc déclarer nettement que M. Marle, en faisant imprimer

sans ma participation la lettre que j’avais eu l’honneur de lui

écrire, a substitué à mon orthographe, qui est celle de tout le

monde, une manière d’écrire qui lui est particulière, en sorte qu’il

n’a point publié ma lettre telle que je la lui avais adressée, mais

qu’il l’a défigurée et rendue méconnaissable. Il me semble qu’il a eu

en cela le double tort d’induire le public en erreur et de mésuser de

ma signature.

«A présent, monsieur le rédacteur, accordez-moi un peu de place

pour quelques mots que j’adresserai à M. Marle lui-même, par votre

intermédiaire.

«A M. MARLE:

«Vous n’avez pas voulu, Monsieur, comprendre le sens de ma lettre.

Je vous y disais qu’une réforme de l’orthographe était _difficile_;

que vous vous proposiez de _marcher lentement et avec précaution

dans cette carrière assez dangereuse_; que c’était là le _moyen

d’arriver au but_; ces avis, à ce qu’il me semble, étaient clairs et

raisonnables. Non-seulement vous ne les avez pas suivis; à cet égard

vous étiez bien le maître; mais vous avez voulu faire croire que je

ne les suivais pas moi-même, et vous avez essayé de me mettre en

contradiction avec mon propre sentiment.

«Vous savez aussi bien que moi que toutes ces idées de réforme de

l’orthographe ne sont pas nouvelles, il s’en faut de beaucoup; on

s’en occupait dès avant Bacon, puisque ce grand homme, dans son

livre: _De augmentis scientiarum_, lib. VI, cap. I, dit expressément

qu’elles sont du genre des subtilités inutiles, _ex genere

subtilitatum inutilium_.

«Il est vrai aussi que de très-bons esprits, MM. de Port-Royal, Du

Marsais, Duclos, ont désiré que la manière d’écrire se rapprochât de

la manière de prononcer.

«Mais, ce qui est pour vous d’un fâcheux présage, des hommes

d’un grand mérite, d’habiles grammairiens, Gédoyn[200], Girard,

Adanson[201], Domergue, et autres, ont échoué complétement dans des

essais semblables aux vôtres.

Il en est des habits ainsi que du langage;

Toujours au plus grand nombre il faut s’accommoder,

Et jamais on ne doit se faire regarder.

«Reprenez donc, Monsieur, le déguisement dont il vous a plu de

m’affubler; il ne me va pas du tout; c’est un habit de fantaisie dont

vous êtes libre de vous revêtir. J’ai peine à croire que vous en

fassiez venir la mode.

«J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant

serviteur,

«ANDRIEUX.

«Ce 18 avril 1829.»

[200] [201] Il ne m’a pas été possible de découvrir d’autre

trace des réformes de Gédoyn et d’Adanson que l’affirmation du

docte secrétaire de l’Académie, répétée de confiance par les

adversaires de la réforme depuis cette époque.

Dix ans plus tard, en 1839, M. Marle, ne se bornant pas à ce système

inadmissible, voulut introduire une écriture purement phonétique, qu’il

nomme _diagraphie_[202]. Au moyen de 36 signes figurés par des lignes

droites ou courbes, faibles ou renforcées, il parvient à reproduire

les sons prononcés; en sorte qu’en moins d’une journée, on connaît

ce système et on peut l’appliquer à l’écriture et à la lecture. Ce

fait est constaté par un grand nombre de rapports d’inspecteurs de

l’Académie, d’inspecteurs de l’instruction primaire et de commissions

nommées à cet effet. Voici l’extrait de leurs décisions:

«Trois jours suffisent pour connaître et exercer la _diagraphie_.

Elle est un guide incessant de la bonne prononciation.--Elle met

l’élève dans la même situation que si un maître lui dictait un

bon livre.--Elle économise le temps consacré aux dictées.--Elle

réunit, sans en avoir les inconvénients, tous les avantages de la

_cacographie_ et des autres genres de devoirs d’orthographe.--Elle

fait réfléchir les enfants; elle exerce leur jugement et féconde leur

intelligence.»

[202] _Grammaire théorique, pratique et didactique, ou texte

primitif de la grammaire diagraphique._ Paris, Dupont, 1839,

in-8.--_Manuel de la diagraphie. Découverte qui simplifie l’étude

de la langue._ Paris, Dupont, 1839, in-8.

Lors de leur apparition, les doctrines néographiques de M. Marle

eurent beaucoup de retentissement. Il eut bientôt acquis de nombreux

prosélytes, même parmi les grammairiens. Il reçut, dit-on, trente-trois

mille lettres d’adhésion formelle; une quarantaine de brochures

_pour_ ou _contre_ furent publiées, et des sociétés de propagation

se formèrent dans plusieurs villes[203]. Enhardi par ce succès, il

_franchit les limites_ qu’il avait posées lui-même (voir p. 318). Son

audace le perdit et rendit même l’Académie plus méticuleuse dans les

concessions qu’elle fit dans la cinquième édition de son Dictionnaire

en 1835.

[203] A Paris, une société de la réforme, composée d’hommes

distingués, de littérateurs, de grammairiens, était en pleine

activité. Je citerai parmi ses membres M. M.-A. Peigné, qui,

dans plusieurs de ses publications ultérieures, est resté fidèle

à quelques-unes des idées qu’il avait puisées à l’école de M.

Marle. Cette société se sépara brusquement dans les circonstances

suivantes. Il s’agissait d’une grande publication faite à ses

frais pour propager l’entreprise commune. La moitié de la société

se prononça pour une réforme modérée ou néographique; l’autre

pour une réforme radicale ou phonographique; on ne put se mettre

d’accord et l’œuvre fut abandonnée.

Quant à cette espèce d’écriture que M. Marle nomme _diagraphie_, on

peut affirmer que, nécessitant des pesées de la plume et autant de

levées de la main qu’il y a de lettres, elle ne saurait s’appliquer à

l’écriture courante, ni même à la sténographie.

V.-A. VANIER. _La réforme orthographique aux prises avec le peuple,

ou le pour et le contre._ Paris, Garnier, 1829, in-12 de 96 pp.

L’auteur, habile grammairien, est partisan d’une réforme néographique

modérée. Après quarante ans écoulés depuis l’apparition de cet

opuscule, il semble, en certains points, une œuvre de circonstance,

puisqu’il fait valoir avec beaucoup de raison les motifs qui s’opposent

à l’admission d’une réforme phonographique, telle que l’avait conçue M.

Marle, telle que MM. Féline, Henricy, l’ont préconisée de nos jours, et

que M. Raoux l’enseigne à Lausanne.

M. Vanier a fait un compte rendu moitié sérieux, moitié plaisant des

conférences sur la réforme orthographique qui eurent lieu en avril

1829. Après avoir reproché à M. Marle l’abandon du plan primitif auquel

tant de personnes éminentes et même d’académiciens avaient donné leur

approbation, il rapporte les propositions contenues dans les cahiers

des divers bureaux. La plupart de ces réformes de détail se rapprochent

de celles déjà mises en avant par de Wailly et Beauzée. (Voir plus haut

p. 276.)

«Un membre, dit le rapporteur du premier bureau, a fait la remarque

que les verbes en _eler_ et _eter_, en déviant de la règle générale,

présentent de grandes difficultés pour notre orthographe, tant aux

nationaux qu’aux étrangers. La règle prescrit, pour tous les verbes

qui ont un _e_ muet ou un _é_ fermé dans le radical, de le convertir

en _è_ grave quand après lui vient un _e_ muet, comme _semer_, je

_sème_; _promener_, je _promène_; _peser_, je _pèse_; _lever_, je

_lève_; _pénétrer_, je _pénètre_; _répéter_, je _répète_; _céder_,

je _cède_; _révérer_, je _révère_; _révéler_, je _révèle_. Pourquoi

donc n’écririons-nous pas, conformément à la même règle, _appeler_,

j’_appèle_, _jeter_, je _jète_? Plusieurs membres trouvent que depuis

la suppression de la double consonne de l’infinitif, admise par

l’usage et sanctionnée par l’Académie, il est contre tout principe de

voir, dans un système régulier de conjugaison, cette même consonne

reparaître alternativement double et simple, comme dans j’_appelle_,

nous _appelons_, je _jette_, nous _jetons_. Cet alternat de la

consonne double et simple dénature le radical et expose bien des

personnes à écrire: nous _appellons_, nous _jettons_.

«Par suite du principe reconnu qu’il faut respecter l’orthographe des

radicaux, les mêmes membres vous proposent d’écrire les verbes en

_enir_ par _è_ grave chaque fois que l’inflexion _iène_ se rencontre,

comme dans ils _viènent_, que je _viène_, etc., attendu que la

consonne est simple dans les radicaux _venir, venant, venu, tenir,

tenant, tenu_, etc.

«Pourquoi les mots en _on_, qui doublent la consonne en formant

les dérivés, comme _pardon, pardonner, action, actionner_, ne la

doublent-ils pas dans _national_, etc.? Il serait à désirer qu’aucun

composé ne la doublât. On objecte que la voyelle serait longue avec

une consonne simple; nous ne croyons pas cette objection fondée. A

quoi donc servirait l’accent circonflexe? _Trône_, et autres mots

ainsi accentués ne se confondraient pas avec l’_o_ devenu bref,

n’étant pas affecté de l’accent, _Latone_.

«Il en est de même de _hotte_ et de _hôte_. Est-ce que la suppression

du double _t_ dans les noms en _otte_, comme _cotte, marcotte,

botte_, etc., apporterait du changement à la prononciation? Pas plus

que dans _redingote, dévote, compote_, etc., qu’on n’a jamais

prononcés _redingôte_, etc., quoiqu’ils n’aient qu’un _t_.

«Même désir de voir supprimer le double _t_ dans les mots en _atte_,

dont plusieurs n’en ont qu’un et se prononcent aussi bref que s’ils

en avaient deux, témoin _batte, natte; cravate, écarlate_, etc. On

mettrait l’accent sur l’_â_ long, comme dans _hâte_, il _bâte_,

_pâte_, etc., et jamais sur l’_a_ bref. La distinction semble

suffisamment établie.

«Par le même motif de prosodie, on propose d’écrire _flâme,

j’enflâme, âme_, et de continuer d’écrire _inflammable, inflammation_

avec la consonne double, tant qu’on la fera sentir dans la

prononciation.

«Le premier bureau est d’avis unanime que les présentes observations

méritent d’être prises en considération.»

Voici maintenant le passage de ce travail qui a trait à la critique

de la réforme phonographique. La Réforme est aux prises en assemblée

générale avec les orateurs de la gauche qui représentent l’opposition.

«UN GRAMMAIRIEN. L’un des inconvénients de votre méthode est cette

homonymie qu’elle introduit dans la langue. Quoi! vous osez écrire

comme le nom du fleuve (le Pô), une _pô_ de mouton, un _pô_ de bière,

et la ville de _Pô_? Cela n’est pas soutenable. Voyez un peu l’effet

de ces quatre _Pô, Pô, Pô, Pô_. Comment voulez-vous qu’à chaque signe

graphique, identiquement le même, on attache une idée différente?

«LA RÉFORME. Vous vous faites illusion. Ne savez-vous pas que c’est

un inconvénient attaché aux homonymes? Mais chaque mot employé dans

la phrase ne laisse plus le moindre doute sur son sens. Que je vous

dise: Pô est la capitale du Béarn; ou, l’armée a passé le Pô; ou,

voilà vingt pô de mouton, ou enfin, donnez-moi un pô de bière, vous y

trompez-vous? Les mots parlés ne se composent que de sons et non de

lettres. En avez-vous vu sortir une seule de ma bouche? Non. Comment

voulez-vous que votre œil s’y trompe quand vos oreilles ne s’y sont

pas trompées? (Elle a ma foi raison, dit le côté droit. Attendez,

attendez, dit le côté gauche.)

«L’ORATEUR DE GAUCHE. Vous ne répondez pas à la question. L’homonymie

est un inconvénient, point de doute, mais nous avons bien peu

d’homonymes qui soient en même temps oculaires et auriculaires, et

il est avantageux, selon moi, quand on est entre deux écueils, d’en

éviter au moins un. Lisez, et comparez,

«Un beau _temps_.--Un beau _tan_.

«Il m’entend.--Il m’en tend (des piéges).

«Serre-m’en.--Serment.

«Mais à quoi bon chercher à multiplier les exemples? Qui ne sait que

cette homonymie n’a lieu qu’à l’oreille, et s’efface sur-le-champ

aux yeux? Tel est le propre d’une langue écrite régulière, que la

clarté n’y laisse rien à désirer. Mais quand on voit votre homonyme

_sin_ changer malgré vous de finale, comme dans _sin_ Françoâ, _sint_

Ustache, les _sins_ anaqorète, _sinq_ ome, _sin_ mouton, _sin_ dou,

selon l’euphonie qui exige la prononciation de telle consonne que

vous mettez ou changez au besoin, vous conviendrez que vous vous

retirez d’un embarras pour jeter le peuple dans mille autres. Qui

l’avertira de mettre un _t_ final à celui-ci, un _q_ à tel autre, une

_s_ à tel autre, et rien à celui-là?

«L’ORATEUR DE DROITE. La langue parlée n’est, et ne peut être que la

peinture des sons, et c’est à la rendre à son primitif emploi que

doivent tendre tous nos efforts.

«L’ORATEUR DE GAUCHE. Voilà ce que je nie formellement. Toutes les

langues ont des signes graphiques employés comme peintures d’idées.

«Dans les langues à désinences, et où les consonnes s’articulent,

vous ne pouvez les retrancher; mais dans la nôtre, où il n’en est pas

de même, regarder comme parasites les lettres qui ne se prononcent

pas, ou qui ne se prononcent qu’accidentellement, étant suivies

d’une voyelle, est détruire l’harmonie qui existe entre les langues

soumises à des règles grammaticales qui leur sont communes. Écoutez,

je m’explique.

«Vous écrivez «_lê_ chevaux, _lê_ bestiaux» en retranchant l’_s_,

signe caractéristique de pluralité, et cela parce qu’elle est

nulle dans ce cas pour la prononciation. Le peuple, qui ignore la

grammaire, est par là exposé à écrire et à prononcer _lê_ habitans,

_lê_ humanités, comme nous prononçons _les_ hameaux, _les_ haricots,

et, par une conséquence toute juste, il écrira _lê zannetons_,

pour _les hannetons_, car c’est ainsi qu’il prononce. Vous allez

trop loin, vous dis-je, et c’est avoir une confiance trop aveugle

en vos propres moyens que de vous en fier à l’oreille du peuple;

elle est trop faussée pour qu’il en fasse son juge. Encore une fois

il faudrait supposer qu’il parle bien. Je ne vois sortir de votre

système que chaos, que confusion.

«Je vais plus loin, comment osez-vous faire disparaître de votre

conjugaison ces finales idéologiques qui réveillent en nous les idées

de nombre et de personnes? Sont-ce là des lettres parasites? _Nous

viendron, nous parleron_ seront homonymes de _ils viendron, ils

parleron_! Qui indiquera au peuple qu’il devra mettre ici un _t_ et

là une _s_ euphoniques quand chaque verbe sera suivi d’un mot dont

l’initiale est une voyelle, lorsque vous retranchez la consonne hors

ce cas? Qui lui indiquera les lettres que vous supprimez dans _gran,

ègzan, peti, permi_, pour former le féminin gran_de_, exemp_te_,

peti_te_, permi_se_? Réfléchissez-y, Messieurs, fouler aux pieds la

conjugaison et la déclinaison d’un peuple, c’est étouffer en lui

toute idée de grammaire, sans laquelle il n’y a point de langue;

c’est le ravaler à l’état de barbarie.»

L’auteur suppose un billet phonographique ainsi conçu: _O savan qe

répondré-vou?_ S’agira-t-il d’entendre: _Au savant que répondrez-vous?

Aux savants que répondrez-vous? ô savants, que répondrez-vous? ô

savant, que répondrez-vous?_ L’esprit du lecteur est dans le doute, car

les signes déterminatifs du sens sont perdus.

Je crois cette partie de la critique de M. Vanier à l’abri de toute

réfutation.

S. FAURE. _Essai sur la composition d’un nouvel alphabet pour

servir à représenter les sons de la voix humaine avec plus de

fidélité que par tous les alphabets connus._ Paris, Firmin Didot,

1831, in-8, de 226 pp. et 3 pl.

Frappé des inconvénients de notre écriture orthographique, M. Faure

témoigne ainsi ses vœux pour sa réforme:

«Perfectionner l’alphabet serait une entreprise digne du dix-neuvième

siècle et du règne d’un roi populaire et national. La réforme des

poids et mesures s’est opérée dans les temps les plus affreux de la

révolution. Le système métrique, après avoir lutté contre les plus

grands obstacles, est reconnu aujourd’hui comme très-avantageux.

«..... Une écriture exacte présenterait encore plus d’avantages dans

ses résultats que le système métrique; mais, comme nous n’avons

pas la présomption de croire qu’elle puisse un jour renverser

l’écriture en usage, qu’il nous soit permis du moins d’espérer qu’une

nouvelle écriture perfectionnée pourra, comme la sténographie, mais

dans un but différent, marcher à côté de l’écriture d’usage et

servir efficacement: 1º à rendre les principes de lecture avec les

caractères et l’orthographe usités bien plus accessibles à l’enfance;

2º à noter dans un dictionnaire la vraie prononciation des mots

beaucoup plus exactement qu’on ne l’a fait jusqu’ici; 3º à nous être

d’un merveilleux secours pour la composition d’un alphabet universel,

etc.»

Je ne puis donner ici une idée de la méthode de M. Faure. Il faudrait

étudier, apprendre et comparer les divers systèmes phonographiques

représentés au moyen de signes figurés par des lignes plus ou moins

contournées, pour apprécier le mérite de chacun d’eux.

«Quoique nos caractères, dit M. Faure, soient bizarres et

très-différents de ceux de l’écriture ordinaire, ils sont si simples,

si distincts, et dérivent si naturellement les uns des autres,

que nous sommes persuadé qu’une personne qui ne saurait pas lire

parviendrait à apprendre, au moyen de ces nouveaux caractères, en dix

fois moins de temps que par l’écriture et l’orthographe en usage,

qui font, ainsi que l’a dit d’Olivet, de la lecture l’art le plus

difficile.»

Chaque amélioration apportée par l’Académie à notre orthographe rend de

moins en moins opportune la création de ces systèmes absolus.

JOSEPH DE MALVIN CAZAL. _Prononciation de la langue française

au dix-neuvième siècle, tant dans le langage soutenu que dans

la conversation, d’après les règles de la prosodie, celles du

Dictionnaire de l’Académie, les lois grammaticales et celles de

l’usage et du goût._ Paris, Imprimerie royale, 1847 in-8.

L’étude de la bonne prononciation paraît devoir jouer un grand

rôle dans les réformes futures de notre orthographe. L’Académie

des inscriptions se préoccupe légitimement de la fixation de la

prononciation et de ses rapports avec l’histoire de notre langue. C’est

à ce titre que l’auteur de ce gros volume a obtenu le prix Volney.

Il reconnaît et étudie deux sortes de prononciations distinctes:

la prononciation oratoire, raffinée, délicate et savante, et la

prononciation courante, celle de la conversation. Une semblable

doctrine ne me semble pas de nature à diminuer la complication de nos

grammaires et de notre orthographe. En tout cas, elle ne simplifiera

pas la tâche de la néographie phonétique, qui aura à se prononcer entre

les deux prononciations qu’elle devra figurer.

Ces savantes études sur la prononciation, si minutieuses, si

controversables, si arides même, pourrai-je ajouter, ne seront jamais à

la portée de tous ceux qui ont besoin d’apprendre à lire et à parler.

Maintenant que nous sommes en possession des travaux de M. Féline,

de M. Casal, de M. Quicherat, de M. Colin, de M. Géhant, etc., notre

prononciation devrait être suffisamment fixée pour être consignée dans

un Dictionnaire spécial dont l’utilité est évidente.

ADRIEN FÉLINE. _Mémoire sur la réforme de l’alphabet, à l’exemple

de celle des poids et mesures._ Paris, Guillaumin, 1848, in-8 de

32 pp.--_Dictionnaire de la prononciation de la langue française,

indiquée au moyen de caractères phonétiques, précédé d’un Mémoire

sur la réforme de l’alphabet._ Paris, Firmin Didot, 1851, in-8, de

383 pp.--_Méthode pour apprendre à lire par le système phonétique._

Paris, Firmin Didot, 1854, 2 parties in-8.

L’œuvre projetée avant 1830 par M. Marle a été reprise depuis 1848 avec

de nouvelles forces. M. Féline, dont nous déplorons la perte récente, a

été l’un des plus persévérants et des plus courageux apôtres du système

phonétique ou autrement de la phonographie. Il a consacré une part

considérable de son temps et de sa fortune à la vulgarisation de sa

doctrine, et n’a pas vécu assez pour la voir fructifier sur le sol de

notre colonie algérienne.

M. Féline, dont les idées procèdent en partie de celles de Volney,

est un réformateur plus intrépide que ne l’était M. Marle, dans le

système de l’_Appel aux Français_ de 1829. Son alphabet, qu’il a cru

à tort complet, suffit dans sa simplicité à l’enseignement rapide de

la lecture aux habitants pauvres et complétement illettrés de nos

campagnes, ainsi qu’aux Arabes. D’ailleurs M. Féline lui-même a dû

être convaincu, après l’insuccès de sa méthode comme écriture usuelle,

qu’elle ne pourrait être considérée que comme un système pédagogique,

destiné, à l’exemple de la mnémonique, à rendre moins aride et moins

longue l’étude de la langue française. C’est pourquoi, dans la seconde

partie de sa _Méthode pour apprendre à lire_, il passe, dans une série

d’exercices habilement gradués, de l’écriture purement phonétique à une

orthographe de plus en plus compliquée, pour arriver enfin à celle qui

a été adoptée par l’Académie.

A cet égard M. Féline a droit à la reconnaissance de tous les gens de

bien qui s’intéressent au sort de nos populations rurales au point de

vue intellectuel, car la pratique a parfaitement démontré l’utilité de

sa méthode.

Voici cet alphabet, avec lequel il espérait représenter tous les sons

du français:

VOYELLES. | CONSONNES.

╭-------------------------╮ | ╭-----------------╮

Signes. Valeurs. | Signes. Valeurs.

a a | p p

â â | b b

̱a an, en | m m

e é | t t

ê è, ê, ai, et | d d

ε e | n n

̂ε eu | k k, q, c

i i, y | g g, gu

̱i in | ̄g gn

o o | l l

ô ô, au | ̱l ill, il

̱o on | y y

u u | f f, ph

û ou | v v

̱u un | w w

| s s, c, t

| z z, s

| h ch

| j j, g

| r r

On voit au premier coup d’œil la grande supériorité de cet alphabet sur

celui de Domergue. Son auteur supprime le _c_, dont le son est ambigu,

le _q_, qu’on est habitué à voir escorté de son _u_ servile, l’_x_, et

l’_y_ devant les consonnes. Par contre, il y a huit lettres nouvelles,

ε (_e_ muet), ̂ε (_eu_), _̱a_ (_an_), _̱i_ (_in_), _̱o_ (_on_), _̱u_

(_un_), _̄g_ (_gn_), _̱l_ (_l_ mouillé). S’il eût mieux approfondi

l’ouvrage de Volney et qu’il eût étudié l’alphabet polonais, il eût

reconnu que, pour les voyelles nasales, la cédille est un signe plus

commode que le trait inférieur, puisque dans l’écriture elle n’exige

pas une levée de la main. Ce n’est point non plus le _g_ qu’il fallait

_tilder_, mais le _n_, comme le font les Espagnols. L’adoption de la

lettre _k_ à la place de _c_ donne à son _ekritur ̱u kû d’εl sôvaj_

(un coup d’œil sauvage) qu’il eût pu facilement éviter, et qui a prêté

le flanc aux plaisanteries du journalisme, plus enclin à rechercher le

côté plaisant que le côté utile de toute chose nouvelle.

Quoi qu’il en soit de ces imperfections de détail du système, faciles

d’ailleurs à corriger, beaucoup d’instituteurs primaires sont

convaincus que son adoption dans les salles d’asile et les écoles de

village serait un grand bienfait. Un adolescent apprendrait à lire et

à écrire en trois mois au lieu de trois ans. Il serait toujours à même

de passer plus tard à l’écriture savante et difficile des lettrés, pour

laquelle l’auteur a d’ailleurs préparé des exercices gradués très-bien

conçus.

Le Dictionnaire de la prononciation de M. Féline était destiné à

répondre à une objection souvent faite aux réformateurs phonographes:

«Vous prétendez écrire suivant la prononciation; mais quelle

prononciation? Il y a la prononciation gasconne, la prononciation

marseillaise, la prononciation normande, la prononciation parisienne.

Dans votre système, n’y aura-t-il pas autant d’orthographes diverses

qu’il y a d’accents étrangers dans l’idiome national?»

Il est manifeste, répondent les réformateurs, qu’il doit y avoir une

prononciation modèle, un dictionnaire de la vraie prononciation, qui

rappelle à l’ordre les prononciations vicieuses, lesquelles engendrent

des orthographes également vicieuses. Cette prononciation modèle

ramènerait peu à peu les _accents_ et les _patois_ à un type normal et

unique.

Le Dictionnaire de M. Féline, précieux déjà pour les étrangers,

pourrait, à l’aide de quelques corrections, rendre de très-grands

services. On devrait s’inspirer, pour le perfectionner, du beau

travail de Volney sur les voyelles européennes; car M. Féline, dans

l’intérêt de la multitude, sans doute, a négligé certaines nuances de

prononciation qui constituent la délicatesse de notre langue. Il me

paraît avoir confondu des valeurs distinctes de l’_e_ dit muet (voir

plus haut, p. 313), et mal représenter la diphthongue _oi_ par les

signes _ûa_ (_oua_). Pour les consonnes, M. Féline aurait dû distinguer

le _w_ anglais, véritable voyelle, du _w_ allemand, qui doit être

représenté par notre _v_ simple.

Le Mémoire qui précède son Dictionnaire, et qui relate les travaux

d’une commission de savants formée pour déterminer la valeur et le

signe de tous nos sons, est un travail plein d’intérêt. Dans cet

écrit, M. Féline développe les avantages de la simplification de notre

orthographe et aussi de notre alphabet.

«Pourquoi, dit-il, ne pas perfectionner l’alphabet, l’instrument le

plus usité du travail, comme on perfectionne les autres? Pourquoi

ne le soumettrait-on pas à ce rationalisme auquel la civilisation

moderne doit ses succès? Il existe sans doute une différence: c’est

que chaque fabricant, chaque ouvrier, est libre de modifier comme

il l’entend une machine ou un outil, et qu’il n’en est pas de même

de l’alphabet; mais pourquoi le gouvernement, les académies, les

administrations, refuseraient-ils de perfectionner l’instrument

de travail de toute la nation, ainsi que le ferait le dernier des

ouvriers, ainsi que l’exigerait tout fabricant, ainsi que l’a fait la

Convention pour les poids et mesures?

«Le gouvernement, qui fait plus d’efforts que jamais pour étendre

l’instruction du peuple; les philanthropes de toutes les opinions

qui le secondent; ceux qui veulent son bien-être, son amélioration

matérielle et morale, tous doivent désirer une réforme qui peut seule

généraliser l’instruction primaire. Jamais on n’aura fait autant de

bien à si peu de frais.

«Les économistes qui savent que le temps est la richesse de l’homme,

les administrateurs qui veulent l’uniformité du langage, les hommes

politiques qui veulent rapprocher les nations, enfin, tous les amis

de l’humanité, tous les hommes de progrès, doivent appuyer cette

réforme.

«Plusieurs exemples doivent nous servir de guide et nous encourager.

N’a-t-on pas, dans un siècle de barbarie, remplacé les chiffres

romains par la numération arabe, l’une des plus simples inventions

de l’esprit humain, puisqu’elle ne consiste qu’en deux points: avoir

un signe pour chaque nombre jusqu’à neuf et décupler la valeur du

chiffre en le reculant d’un rang? Cette idée n’en est pas moins

sublime; car, sur des milliards d’individus qui avaient passé sur la

terre, un seul l’a conçue; car elle a eu les conséquences les plus

heureuses pour la civilisation.

«De ce qu’une innovation a été mal présentée, de ce qu’elle l’a été

dans un but purement scientifique, s’ensuit-il que toute innovation

de ce genre soit impossible à réaliser?»

CHARLES LA LOY. _Balance orthographique et grammaticale de la

langue française: ou cours de philologie grammaticale, ouvrage au

moyen duquel disparaissent toutes les incertitudes, sources de

difficultés, relatives à nos règles grammaticales et à nos formes

orthographiques. Deuxième édition._ Paris, Maire-Nyon, 1853, 2 vol.

grand in-8, contenant:

«1º Des règles d’accentuation qui dispensent d’avoir recours au

Dictionnaire;--2º La liste complète des homonymes français;--3º La

liste, si utile dans l’enseignement, des dérivations inexactes;--

4º Des principes d’orthographe étymologique;--5º Des principes de

francisation des mots;--6º Des principes de néologie;--7º Des

règles sur la formation des noms et adverbes en _ment_;--8º Des

principes sur l’orthographe et la prononciation des noms propres

et des noms de baptême, avec la signification des plus connus;--

9º L’indication du pluriel des adjectifs en _al_;--10º L’indication

du pluriel de tous les noms composés et des noms pris des langues

étrangères ou des langues anciennes, partie orthographique restée

douteuse jusqu’à ce jour;--11º Des règles sur l’orthographe des

mots réduplicatifs;--12º Un moyen de reconnaître désormais l’_h_

aspiré de l’_h_ muet, et le _ch_ dur du _ch_ français;--13º De

nouveaux signes de ponctuation qui n’exigent aucune nouvelle

étude;--14º Des règles sur l’emploi des doubles consonnes, partie

si importante de notre orthographe, etc., etc.»

Ce long titre, que j’ai copié presque _in extenso_, donne une idée du

vaste ensemble de questions que l’auteur a embrassées dans le cadre de

ses deux volumes.

Il rapporte sur chaque mot embarrassant du Dictionnaire les diverses

leçons fournies par les lexicographes et recherche ce qu’il appelle

une _balance_, c’est-à-dire une solution tirée de l’essence même des

principes qu’il a posés en commençant. On conçoit qu’en face d’un

nombre aussi immense de questions délicates à résoudre, l’auteur ait

pu souvent s’arrêter à un parti qui ne satisfasse pas une critique

sévère. Néanmoins son ouvrage sera consulté avec fruit de ceux qui, par

position, sont aux prises avec les difficultés de notre orthographe.

Ce vaste travail, fruit de longs efforts et d’une patience vraiment

méritoire, est à lui seul une démonstration suffisante de l’absolue

nécessité de perfectionner notre orthographe et de soumettre la

grammaire, avec ses contradictions et ses exceptions innombrables, à

une analyse, à une discussion, à une révision sérieuse et approfondie.

ALEXANDRE ERDAN (Al.-André Jacob). _Congrès linguistique. Les

révolutionnaires de l’A-B-C._ Paris, Coulon-Pineau, 1854, in-8 de

282 pp.

Dans cet opuscule, M. Erdan a parlé de beaucoup de choses à propos de

la réforme orthographique. Il a introduit dans une semblable polémique

plus de passion que la question ne me semble en comporter. Je ne le

suivrai donc pas dans les parties de sa discussion qui s’écartent

du sujet, et je renverrai à l’analyse de l’ouvrage de M. Raoux

l’exposition des motifs proposés en faveur de l’écriture phonétique.

Voici ce que dit M. Erdan (p. 72) contre le respect de l’étymologie

dans l’écriture française. Après avoir rappelé les arguments de

Domergue et de Voltaire, il continue ainsi:

«Mais, d’ailleurs, à quoi bon ces raisonnements? La question

étymologique n’en est réellement pas une. Les étymologistes croient

défendre un principe et, en réalité, ce qu’ils défendent, ce n’est

qu’un accident dans la langue.

«Si à chaque mot de notre langue était attachée l’étiquette de

son origine, certainement celui qui proposerait d’enlever à la

fois toutes ces étiquettes, toutes ces marques caractéristiques,

proposerait une révolution difficile; mais cela n’est pas.

«Nous avons, cela est démontré et admis par les grammairiens[204]:

Mots dont l’étymologie est tout à fait inconnue 3,000

Mots dont l’étymologie est douteuse 1,500

Mots qui n’ont plus leurs lettres étymologiques, dont

ils se sont dépouillés successivement 10,000

Mots dont l’orthographe est contraire à l’étymologie 500

______

Total 15,000

«Ainsi, en proposant d’abandonner l’orthographe étymologique,

on ne propose point, à proprement parler, une révolution

de principe dans l’idiome national. On ne fait que régulariser une

langue en désordre qui écrit tantôt suivant l’étymologie, tantôt

selon le caprice.»

[204] Ce calcul est emprunté par M. Erdan à M. Marle dans

l’_Appel aux Français_.

Tout en adhérant au principe de la phonographie absolue, l’auteur

désire qu’on avance par degrés.

«Il faut donc tout simplement, dit-il, pour commencer, pour

établir un premier jalon, revenir aux modifications prudentes,

faciles, commodément vulgarisables, qu’adoptèrent et pratiquèrent

les Du Marsais, les Duclos, les Beauzée, etc.

«Il faut accepter, suivant la théorie de Port-Royal, quelques

petits signes très-simples pour faire disparaître certaines anomalies

du genre des suivantes: _fusil_, où l’_l_ ne se prononce pas, et _fil_,

où il se prononce; _nid_, où _d_ ne se prononce pas, et _David_, où il

se prononce; _répugnance_, où _gn_ est doux, et _stagnation_, où _gn_ est

très-dur, etc.

«Il est très-facile pour ces différents cas, et pour d’autres analogues,

de convenir d’un petit signe, d’un tiret, d’un accent, tout

ce qu’on voudra, qui indique la prononciation.»

«Voici donc une série d’applications actuelles que je proposerais

volontiers, d’une manière formelle, à tous les amis de la réforme: 1º

Retranchement de l’_h_ muet (_Omère_).--2º Retranchement des lettres

doubles (_abé, tranquile, éfet_, etc.).--3º Emploi d’une seule

consonne où il y en a deux inutilement (_alfabet, ortografe, téâtre_,

etc.).--4º Expulsion de l’_m_ où l’on ne prononce que _n_ (_anfibie_,

etc.).--5º Expulsion de l’_x_ comme marquant le pluriel (_eus,

veus, ceus_, etc.).--6º Abandon de l’usage absurde et sans prétexte

étymologique, qui double la consonne dans les mots _homme_, venant

de _homo, donner_, de _donare, honneur_, de _honor_ (_ome, doner,

oneur_).--7º Expulsion du _t_ ayant le son de l’_s_ (_atension_,

etc.).»

Dans un ouvrage en 2 vol. in-8, intitulé _la France mistique_, publié

un an plus tard, M. Erdan a mis en pratique sa réforme. Ces deux

volumes sont imprimés en entier d’après son système. Voici comme il en

explique le fonctionnement:

«_Règles suivies dans la grafie de ce livre._ Nous n’avons point

visé à la fonografie absolue, c’est-à-dire à l’écriture exactement

conforme à la parole. Il est trop évident à nos yeuz que, si nous

devons obtenir des réformes ortografiques (et nous en obtiendrons),

nous ne les obtiendrons que par une série de modifications

et de simplifications lentes et successives. D’ailleurs, des expériences

célèbres sont là pour montrer jusqu’à quel point est impraticable

et impossible une transformation subite.

«Nous avons donc fait uniquement de la néografie; nous avons

simplifié les choses facilement simplifiables; nous avons modifié

ce qui pouvait l’être sans choquer et éfaroucher les lecteurs; nous

avons même, autant que possible, tenu à ne pas sortir des limites

que s’étaient tracées les néografes modérés du dis-huitième

siècle. Nous en somes sortis néanmoins par la substitution de l’_s_

au _t_ dans les mots où ce _t_ sonait _s_, et était précédé d’une consone;

dans les cas où le _t_ est entre deuz voyèles, nous avons cru

devoir le laisser, au moins quant à présent. Mais cela même a été

pratiqué, avec des choses bien plus hardies, par l’abé de Saint-Pierre

et par quelques autres.

«Nous avons aussi préféré le _z_ à l’_s_ dans les pluriels académiques

terminés par _x_. La prononciation réèle, en éfet, est _z_, non _s_,

quand èle a lieu: le vrai signe du pluriel est donc _z_, non _s_.

«Nous n’avons pas toujours été rigoureuz et logique. Ainsi nous avons

écrit _mettre_ et _permètre_, pour éviter, par ecsès de précaution,

les homografies--qui n’auraient pas nui sans doute à la clarté--mais

qui auraient prêté à une ataque contre notre réforme, sous le

prétexte que _mètre_ (verbe) aurait pu se confondre avec _mètre_

(substantif). Nous avons donc momentanément sacrifié la logique.»

P. POITEVIN. _Grammaire générale et historique de la langue

française._ Paris, 1856, 2 vol. in-8.

Au chapitre de l’_Orthographe_, M. Poitevin, après avoir cité l’opinion

sur la simplification de l’orthographe que j’avais émise en 1855, dans

mon Rapport sur l’Exposition universelle de Londres, s’exprime ainsi:

«Ces observations sont fort justes, et il est fâcheux que M. Ambroise

Firmin Didot se soit borné à exprimer un vœu; il lui appartenait

de donner l’exemple des réformes raisonnables et d’ouvrir

la voie dans laquelle l’Académie ne peut entrer la première; rien

ne lui eût été plus facile assurément que de faire sortir de ses

nombreuses publications tout un système nouveau d’orthographe;

c’était une œuvre digne de lui, et nous regrettons qu’il ne l’ait pas

accomplie.»

Mais le respect que l’on doit aux décisions de l’Académie, et qui

m’est plus particulièrement imposé, comme ayant l’honneur d’être son

imprimeur, m’interdisait plus qu’à tout autre de songer à rien innover.

C’est à l’Académie, en raison même de l’autorité suprême qu’on lui

reconnaît, de répondre, dans la limite qu’elle jugera convenable, au

vœu général.

M. Poitevin fait ensuite une rapide énumération des tentatives de

réforme depuis le seizième siècle, puis il ajoute:

«Disons en terminant qu’il est impossible qu’on ne voie point,

dans un temps très-prochain, se produire les réformes suivantes:

«1º Suppression de toute lettre inutile ou nulle dans la

prononciation;

«2º Adoption des mêmes signes pour les sons identiques[205].»

[205] Ce programme est celui de Port-Royal (voir p. 226), adopté

depuis deux siècles par presque tous ceux qui ont fait une étude

approfondie de notre langue.

Dans cette Grammaire, plus complète et plus détaillée que toutes celles

qui avaient paru jusqu’alors, l’auteur fait connaître quelques-unes des

raisons historiques de nos formes orthographiques actuelles; il donne

à l’occasion le tableau des pronoms et de la conjugaison des verbes

dans le vieux français. Ses listes de substantifs dont le genre est

douteux, des homonymes, des pluriels des noms composés, etc., ajoutent

à son travail beaucoup d’intérêt et une utilité incontestable pour la

fixation future de l’orthographe française.

LÉGER NOEL. _Les anomalies de la langue française, ou la nécessité

démontrée d’une révolution grammaticale._ Paris, Ferdinand

Sartorius, 1857, in-8 de 240 pp.

Cet ouvrage est le résultat d’un travail très-pénible et vraiment

consciencieux. Mais la disposition typographique tout allemande,

l’absence de table et d’index, en rendent l’étude très-pénible, et la

méthode d’exposition adoptée par l’auteur ne contribue pas à la clarté.

M. Noel a consacré deux cent vingt pages d’une impression très-fine aux

détails de l’orthographe du substantif et du genre; c’est assez dire

que son œuvre se refuse à une analyse complète.

L’auteur a été amené à reconnaître et à classer les anomalies,

malheureusement très-nombreuses, dans la formation du genre de nos

substantifs.

La première loi, c’est que le féminin se distingue par la présence de

l’_e_ muet à la fin du nom; exemple: le _dieu_, la _déesse_; le _lion_,

la _lionne_; le _mulet_, la _mule_, etc.

Mais les cas d’exception sont presque aussi nombreux que ceux qui sont

conformes à la règle: tantôt le féminin s’applique aux deux sexes:

la _girafe_, la _gazelle_, la _chouette_, la _tortue_, etc.--Tantôt

des noms masculins conservent l’_e_ muet final, signe du féminin: ex.

_amulette, arbuste, chêne, hêtre, doute, incendie, angle, antimoine,

antipode, centime, inventaire_, etc.--D’autres fois un même mot est

tantôt masculin, tantôt féminin, selon le sens qu’on y applique; ex.:

_aide, barbe, barde, basque, carpe, crêpe, décime, enseigne, faune,

garde, orge_, etc.

Déjà La Bruyère, membre de l’Académie française, mort en 1696, dans son

chapitre intitulé _De quelques usages_, proteste à ce sujet contre ce

qu’on appelle l’usage:

«... Le même usage fait, selon l’occasion, d’_habile_, d’_utile_,

de _docile_, de _mobile_ et de _fertile_, sans y rien changer,

des genres différents: au contraire, de _vil, vile_, de _subtil,

subtile_, selon leur terminaison, masculins ou féminins[206]. Il a

altéré les terminaisons anciennes: de _scel_ il a fait _sceau_; de

_mantel_, _manteau_; de _capel_, _chapeau_, etc., et cela sans que

l’on voie guère ce que la langue françoise gagne à ces différences et

à ces changements. Est-ce donc vouloir le progrès d’une langue que de

déférer à l’usage?»

[206] Le _poison_ a remplacé la _poison_; et, par contre, on a

fait masculin la _navire_, tandis que _nef_ est resté féminin.

M. Léger Noel constate en passant quelques irrégularités qui ont

échappé à la dernière édition du Dictionnaire de l’Académie: ex.:

_hydrocèle, pneumatocèle, varicocèle_, féminins; _sarcocèle_, masculin;

_univalve, bivalve_ du féminin; _multivalve_, du masculin; _aggrave,

métopes, palestre_, du féminin, et _réaggrave, opes, orchestre_, du

masculin. Il aurait pu ajouter _ode_, ce mot introduit en français par

Ronsard, du féminin, et _épisode_ du masculin.

S’appuyant sur le principe de l’analogie, M. Léger Noel propose que:

_à cause de_: _on écrive_: _au lieu de_:

bac, bissac, bivouac, cornac, ╭ un abac un abaque

estomac, havresac, lac, | un tombac un tombaque

ressac, sac, sumac, tabac, ╰ un zodiac un zodiaque

trictrac

agaric, alambic, arsenic, aspic, ╭ un critic un critique

basilic, cric ╰ le tropic le tropique

trois cents adjectifs ou ╭ un hippogrif un hippogriffe

substantifs en _if_ | un calif un calife

╰ un pontif un pontife

╭ un reptil un reptile

avril, babil, béril, péril, | un volatil un volatile

grésil | un hil un hile

╰ un crocodil un crocodile

cerfeuil, accueil, bouvreuil, ╮ un chèvrefeuil un chèvrefeuille

cercueil, deuil, écureuil, | un portefeuil un portefeuille

treuil, fauteuil, œil, |

orgueil, recueil, écueil, |

seuil ╯

bazar, car, caviar, char, ╮ un phar un phare

coquemar, nénuphar, par, czar, | un tartar un tartare

escobar, nectar ╯

amer, cancer, cher, enfer, ╭ un belveder un belvédère

éther, fier, frater, gaster, | un calorifer un calorifère

hier, hiver, mâchefer, | un caracter un caractère

magister, mer, outremer, | un adversair un adversaire

stathouder, ver ╰ un exemplair un exemplaire

trois cents mots environ ╭ le chrysocal le chrysocale

terminés en _al_ | le final le finale

| un oval un ovale

soixante mots environ terminés | un polichinel un polichinelle

en _el_ | un violoncel un violoncelle

╰ le vermicel le vermicelle

Observations sur l'orthographe ou ortografie française, suivies d'une histoire de la réforme orthographique depuis le XVe siècle jusqu'a nos jours · 第 62 / 124 题