HISTORIQUE DES RÉFORMES ORTHOGRAPHIQUES PROPOSÉES OU ACCOMPLIES.

Après avoir fait connaître, dans un rapide exposé, l’opinion des

membres de L’_Académie française_ et de l’Académie des inscriptions et

belles-lettres, je vais essayer, dans l’historique qui va suivre, de

donner une juste idée des changements et des progrès tentés et parfois

réalisés, dans la voie du perfectionnement de notre orthographe, sous

l’influence des hommes les plus instruits depuis la renaissance des

lettres. En constatant l’étendue des services déjà rendus à la langue

par les novateurs, on ne saurait, sous prétexte que plusieurs auraient,

dans leur amour de la perfection, dépassé les bornes du possible et

encouru la qualification d’utopistes, dédaigner complétement les

opinions et les vœux émis pendant quatre cents ans par des hommes zélés

pour le bien public, et des esprits éminents.

Frappés, au premier abord, de l’aspect inusité d’une page écrite

dans le système des néographes absolus (système qui depuis longtemps

toutefois sert de base à la sténographie), nous repoussons avec

un répugnance instinctive un résultat qui nous semble donner aux

productions de l’intelligence moderne le vêtement d’un idiome enfantin

et barbare. Dans l’état actuel de notre civilisation, on ne saurait

concevoir la pensée de remplacer ou même de métamorphoser notre

antique alphabet, quels que soient d’ailleurs, dans bien des cas, son

insuffisance et ses vices. L’étude de la néographie, néanmoins, n’est

point à dédaigner de la part des esprits sérieux. Nous ne sommes point

parvenus, sous le rapport des méthodes d’enseignement, et spécialement

de la lecture et de la grammaire, à l’idéal de la perfection: il y

a peu de nations du continent qui ne soient en avance sur nous de

ce côté. Il est donc utile de se rendre compte des critiques dont

notre langage, et surtout notre orthographe, sont passibles, afin de

reconnaître la voie dans laquelle on doit s’avancer pour distinguer,

mieux qu’on ne l’a fait jusqu’ici, le bon du mauvais usage, et

découvrir quelquefois la raison même de l’usage.

A n’envisager maintenant que les critiques de détail, que les réformes

partielles, que les compromis entre l’étymologie et la prononciation,

que la mise en ordre de l’accentuation, qui composent en majorité les

travaux entrepris sur l’orthographe, il y a beaucoup à profiter dans

l’étude des contradictions et des irrégularités de notre écriture,

ainsi que dans celle des moyens proposés pour en diminuer le nombre.

Cet examen nous force à réfléchir sur la constitution de notre

idiome, sur son histoire, sur la validité de certains préceptes de la

grammaire et sur les solutions qui doivent prévaloir. La persistance

des réclamations depuis le seizième siècle, malgré le peu de succès

du plus grand nombre d’entre elles, semblerait montrer qu’en matière

d’écriture, comme en tout autre art ou toute autre science, l’ordre

et la logique sont un besoin fondamental de l’esprit. En tout état de

cause, notre langue ne saurait que gagner à s’individualiser davantage,

en se dégageant de plus en plus de ses langes originaires, d’additions

de lettres inutilement scientifiques et de date récente, enfin en

se préservant de la funeste influence du néologisme chimique ou

médical[126], non moins que de l’invasion des locutions étrangères.

[126] Il suffira d’un simple coup d’œil sur les dernières

éditions du nouveau _Dictionnaire de médecine_ de Nysten, si

savamment complété par MM. Littré et Ch. Robin, pour se rendre

compte de la destruction imminente dont notre langue est menacée

de ce côté. Le lexicographe enregistre, bien malgré lui, des mots

inutiles ou mal formés. Les savants, en effet, forgent sur le

type grec des mots français qu’ils croient appropriés à l’énoncé

de leurs systèmes, sans trop s’inquiéter si dans notre langue

n’existent pas déjà des expressions capables de rendre leur idée.

D’autres, pour faire parade d’une érudition qui leur manque, nous

apportent des barbarismes ou des solécismes, comme _œnophile,

bibliophile, lithontriptiques, orthopnée, apyre, hydroscope_,

etc. Voyez B. Jullien: _Les principales étymologies de la langue

française_, Paris, Hachette, 1862, in-12.

Je crois donc rendre un véritable service à l’étude de notre idiome

par l’esquisse de la réforme depuis son origine, esquisse qui pourra

plus tard être étendue et transformée en une véritable histoire.

J’ai marqué d’un astérisque, au commencement des titres, les ouvrages

que je n’ai pu voir et que j’ai seulement trouvés cités dans les

auteurs.

Observations sur l'orthographe ou ortografie française, suivies d'une histoire de la réforme orthographique depuis le XVe siècle jusqu'a nos jours · 第 45 / 124 题