Et puis, on peut toujours aimer. Aimez admirablement de votre côté et vous
aurez presque toutes les joies d'un amour admirable. Même dans l'amour le
plus parfait, le bonheur des deux amants les plus unis n'est pas exactement
le même, et c'est bien certainement le meilleur qui aime le mieux, et celui
qui aime le mieux qui est le plus heureux. C'est moins pour le bonheur de
l'autre, que pour votre propre bonheur que vous devez vous rendre digne de
l'amour. Ne vous imaginez point que dans les heures malheureuses d'un amour
inégal, ce soit le plus juste, le plus sage, le plus généreux, le plus
noblement passionné qui souffre le plus. Le meilleur n'est presque jamais
la victime qu'il faut plaindre. On n'est complètement victime que lorsqu'on
est victime de ses propres fautes, de ses propres torts, de ses propres
injustices. Quelque imparfait que vous soyez, vous pouvez suffire à l'amour
d'un être merveilleux, mais l'être merveilleux ne suffira pas à votre amour
si vous n'êtes point parfait. Il est à souhaiter que la fortune introduise
un jour dans votre demeure, la femme parée de tous les dons de
l'intelligence et du coeur, que vous avez eu l'occasion d'admirer, en
passant, dans l'histoire des grandes héroïnes de la gloire, du bonheur et
de l'amour; mais vous n'en saurez rien si vous n'avez pas appris à
reconnaître et à aimer ces dons dans la vie réelle; et la vie réelle, pour
tout homme, qu'est-ce donc, après tout, sinon sa propre vie? C'est votre
loyauté qui s'épanouira dans la loyauté de l'amante; c'est votre vérité qui
s'apaisera dans sa vérité, et c'est la force de votre caractère qui jouira
seul de la force qui se trouve dans le sien. Mais une vertu de l'être aimé,
qui ne rencontre pas, au seuil de notre coeur, une vertu qui lui ressemble
un peu, ne sait à quelles mains confier l'allégresse qu'elle apporte.