À quoi bon s'affliger longtemps de ses erreurs ou de ses pertes? Quoi
qu'il arrive, aux dernières minutes de l'heure la plus triste, au bout de
la semaine, à la fin de l'année, il y aura toujours lieu de sourire pour
l'homme de bonne foi lorsqu'il rentrera en lui-même. Il apprend peu à peu à
regretter sans larmes. Il est le père de famille qui, vers le soir, et le
travail fini, revient à la maison. Il se peut que les enfants pleurent,
jouent à des jeux dévastateurs ou dangereux, aient dérangé les meubles,
brisé un verre, renversé une lampe; ira-t-il se désespérer? Certes, il eût
été préférable, au point de vue de la morale théorique, qu'ils se fussent
tenus bien tranquilles, qu'il eussent appris à lire ou à écrire, mais quel
père raisonnable, au milieu des reproches les plus vifs, pourra s'empêcher
de sourire en détournant la tête? Il ne déplore pas ces manifestations un
peu folles de la vie. Rien n'est perdu, tant qu'il peut revenir, tant qu'il
porte sur lui la clef du logis protecteur. Les bienfaits de notre descente
en nous-mêmes se trouvent moins dans l'examen de ce que notre âme, notre
esprit, notre coeur, ont entrepris ou achevé durant notre absence, que dans
cette descente même. Et si les heures sont passées sans dénouer sur notre
seuil leurs ceintures mystérieuses, si les salles sont vides comme au jour
du départ, si nul de ceux qui devaient travailler n'a remué les mains, la
sonorité des pas du retour nous apprend, en tout cas, quelque chose sur
l'étendue, sur l'attente, sur la fidélité de la demeure.