Il est certain que l'altruisme demeurera toujours le centre de gravité des
âmes nobles, mais les âmes faibles se perdent dans les autres, tandis que
les âmes fortes s'y retrouvent. Voilà la grande différence. Ce qui vaut
mieux qu'aimer son prochain comme soi-même, c'est de s'aimer soi-même en
lui. Il y a une bonté qui précède certains êtres, il y en a une qui suit
certains autres. Il y a une bonté qui épuise, et une autre bonté qui
nourrit. N'oublions pas que, dans le commerce des âmes, ce ne sont point
celles qui croient donner toujours qui sont les généreuses. Une âme forte
prend sans cesse, même aux plus pauvres, une âme faible donne toujours,
même aux plus riches; mais il y a une façon de donner qui n'est que de
l'avidité qui a perdu courage, et si un Dieu venait faire le compte,
peut-être verrions-nous que c'est en prenant que l'on donne et en donnant
que l'on enlève. Il arrive souvent qu'une âme médiocre ne commence à
grandir que du jour où elle a rencontré une âme qui l'épuise.