On ne saurait être trop raisonnable; mais seule la sagesse a droit de
faire appel à la raison. Il n'est pas sage celui dont la raison n'a pas
appris à obéir au premier signe de l'amour. Qu'aurait fait Jésus-Christ,
qu'auraient fait les héros si leur raison ne se fût pas soumise? Est-ce
qu'un acte héroïque ne dépasse pas toujours les bornes de la raison? et
cependant qui donc oserait dire que le héros n'est pas plus sage que ceux
qui ne bougent pas parce qu'ils n'écoutent que leur raison? Il faut le
répéter encore; ce n'est pas la raison, c'est l'amour qui doit être le vase
dans lequel on cultive la sagesse véritable. Il est vrai que la raison se
trouve à la racine de la sagesse; mais la sagesse n'est pas la fleur de la
raison. Car il ne s'agit pas ici, pour employer une autre métaphore, de la
sagesse logique, qui est sa petite-fille, mais d'une autre sagesse, qui est
la soeur préférée de l'amour.
La raison et l'amour luttent d'abord violemment dans une âme qui s'élève,
mais la sagesse naît de la paix qui finit par se faire entre l'amour et la
raison. Et cette paix est d'autant plus profonde que la raison a cédé plus
de droits à l'amour.