Être sage, c'est avoir conscience de soi-même; mais quand on a acquis une
conscience assez vaste de son être, on s'aperçoit que la véritable sagesse
est une chose bien plus profonde encore que la conscience. L'agrandissement
de la conscience ne doit être désiré que pour l'inconscience de plus en
plus haute qu'elle dévoile; et c'est sur les hauteurs de cette inconscience
nouvelle que se trouvent les sources de la sagesse la plus pure. Tous les
hommes ont le même héritage d'inconscience; mais une partie de ce domaine
est située en deçà, et une autre au delà de la conscience normale. La
plupart ne sortent pas de la première zone; mais ceux qui aiment la sagesse
n'ont de repos qu'ils n'aient ouvert des voies nouvelles vers la seconde.
Si j'aime, et que j'aie acquis de mon amour la conscience la plus complète
que l'homme puisse acquérir, cet amour sera éclairé par une inconscience
d'une tout autre nature que l'inconscience qui assombrit les amours
ordinaires. La dernière n'entoure que l'animal; la première environne le
Dieu. Mais elle ne l'environne sensiblement que lorsqu'il a perdu le
sentiment de la première. Nous ne sortons jamais de l'inconscience, mais
nous pouvons améliorer sans cesse la qualité de l'inconscience qui nous
baigne.