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Mais qu'est-ce enfin que cette sagesse dont nous parlons ainsi? N'essayons

pas de la définir trop strictement, car ce serait l'emprisonner. Tous ceux

qui le tentèrent font songer à un homme qui éteindrait d'abord une lumière

afin d'étudier la nature même de la lumière. Il ne trouvera jamais qu'une

mèche noircie et des cendres. «Le mot sage, observe Joubert, le mot sage

dit à un enfant est un mot qu'il comprend toujours et qu'on ne lui explique

jamais.» Acceptons-le comme l'accepte l'enfant, afin qu'il grandisse en

même temps que nous. Disons de la sagesse ce que soeur Hadewijck, l'ennemie

mystérieuse de Ruijsbroeck l'admirable, dit de l'Amour: «Son plus profond

abîme est sa plus belle forme.» Il ne faut pas que la sagesse ait une

forme; il faut que sa beauté soit aussi variable que la beauté des flammes.

Ce n'est pas une déesse immobile, éternellement assise sur son trône. C'est

Minerve qui nous accompagne, qui monte et qui descend, qui pleure et qui

joue avec nous. Vous n'êtes vraiment sage que si votre sagesse se

transforme sans cesse de votre enfance à votre mort. Plus le sens que vous

attachez au mot sage devient beau et profond, plus vous devenez sage; et

chaque degré que l'on gravit en s'élevant vers la sagesse augmente aux yeux

de l'âme l'étendue que la sagesse ne pourra jamais parcourir.

La sagesse et la destinée · 第 23 / 114 题