Voyez une mémorable victime du destin: Louis XVI. Jamais, semble-t-il, la
fatalité ne voulut plus implacablement le malheur d'un pauvre homme,
honnête, bon, doux, vertueux. Mais si on regarde l'histoire de plus près,
de quoi est fait tout le venin de cette fatalité sinon des faiblesses, des
hésitations, des petites duplicités, des inconséquences, de la vanité et de
l'aveuglement de la victime? S'il est vrai qu'une sorte de prédestination
domine toutes les circonstances d'une vie, cette prédestination ne saurait
se trouver que dans notre caractère; et le caractère, n'est-ce pas ce qui
devrait se modifier le plus facilement dans un homme de bonne volonté?
N'est-ce pas, en fait, ce qui se modifie toujours dans la plupart des
existences? Avez-vous, à trente ans, le caractère que vous aviez à vingt?
Il est meilleur ou pire selon que vous avez vu triompher le mensonge et la
haine, la déloyauté et la méchanceté, ou bien la vérité, l'amour et la
bonté. Et vous avez cru voir triompher la haine ou l'amour, la vérité ou le
mensonge d'après l'idée plus ou moins élevée que vous vous êtes faite peu à
peu du bonheur et du but de la vie. C'est ce qui préoccupe notre secret
désir qui semble naturellement l'emporter. Si vous tournez les yeux du côté
du mal, le mal est partout victorieux; mais si vous avez appris à vos
regards à s'attacher à la simplicité, à la sincérité et à la vérité, vous
ne verrez au fond de toute chose que la victoire puissante et silencieuse
de ce que vous aimez.