Grenoble, 9 mars 1815.
_Aux habitans du département de l'Isère._
Citoyens,
Lorsque, dans mon exil, j'appris tous les malheurs qui pesaient sur la
nation, que tous les droits du peuple étaient méconnus, et qu'il me
reprochait le repos dans lequel je vivais, je ne perdis pas un moment.
Je m'embarquai sur un frêle navire; je traversai les mers au milieu des
vaisseaux de guerre de différentes nations; je débarquai sur le sol de
la patrie, et je n'eus en vue que d'arriver avec la rapidité de l'aigle
dans cette bonne ville de Grenoble, dont le patriotisme et l'attachement
à ma personne m'étaient particulièrement connus.
Dauphinois, vous avez rempli mon attente.
J'ai supporté, non sans déchirement de coeur, mais sans abattement, les
malheurs auxquels j'ai été en proie il y a un an; le spectacle que m'a
offert le peuple sur mon passage, m'a vivement ému. Si quelques nuages
avaient pu arrêter la grande opinion que j'avais du peuple français, ce
que j'ai vu m'a convaincu qu'il était toujours digne de ce nom de grand
peuple, dont je le saluai il y a plus de vingt ans.
Dauphinois! sur le point de quitter vos contrées pour me rendre dans
ma bonne ville de Lyon, j'ai senti le besoin de vous exprimer toute
l'estime que m'ont inspirée vos sentimens élevés. Mon coeur est tout
plein des émotions que vous y avez fait naître; j'en conserverai
toujours le souvenir.