Paris, 19 décembre 18l3.
_Discours de l'empereur à l'ouverture extraordinaire du
corps-législatif._
«Sénateurs, conseillers-d'état, députés des départemens au
corps-législatif,
«D'éclatantes victoires ont illustré les armes françaises dans cette
campagne. Des défections sans exemple ont rendu ces victoires inutiles.
Tout a tourné contre nous. La France même serait en danger sans
l'énergie et l'union des Français. «Dans ces grandes circonstances, ma
première pensée a été de vous appeler près de moi. Mon coeur a besoin de
la présence et de l'affection de mes sujets.
«Je n'ai jamais été séduit par la prospérité: l'adversité me trouverait
au-dessus de ses atteintes.
«J'ai plusieurs fois donné la paix aux nations, lorsqu'elles avaient
tout perdu. D'une part de mes conquêtes, j'ai élevé des trônes pour des
rois qui m'ont abandonné.
«J'avais conçu et exécuté de grands desseins pour la prospérité et le
bonheur du monde! ... Monarque et père, je sens que la paix ajoute à la
sécurité des trônes et à celle des familles. Des négociations ont
été entamées avec les puissances coalisées. J'ai adhéré aux bases
préliminaires qu'elles ont présentées. J'avais donc l'espoir qu'avant
l'ouverture de cette session, le congrès de Manheim serait réuni; mais
de nouveaux retards, qui ne sont pas attribués à la France, ont différé
ce moment que presse le voeu du monde.
«J'ai ordonné qu'on vous communiquât toutes les pièces originales qui
se trouvent au portefeuille de mon département des affaires étrangères.
Vous en prendrez connaissance par l'intermédiaire d'une commission. Les
orateurs de mon conseil vous feront connaître ma volonté sur cet objet.
«Rien ne s'oppose de ma part au rétablissement de la paix. Je connais et
je partage tous les sentimens des Français: je dis des Français, parce
qu'il n'en est aucun qui désirât la paix au prix de l'honneur.
«C'est à regret que je demande à ce peuple généreux de nouveaux
sacrifices; mais ils sont commandés par ses plus nobles et ses plus
chers intérêts. J'ai dû renforcer mes armées par de nombreuses levées:
les nations ne traitent avec sécurité qu'en déployant toutes leurs
forces. Un accroissement dans les recettes devient indispensable. Ce que
mon ministre des finances vous proposera, est conforme au système de
finances que j'ai établi. Nous ferons face à tout sans emprunt qui
consomme l'avenir, et sans papier-monnaie qui est le plus grand ennemi
de l'ordre social.
«Je suis satisfait des sentimens que m'ont montrés dans cette
circonstance mes peuples d'Italie.
«Le Danemarck et Naples sont seuls restés fidèles à mon alliance.
«La république des États-Unis d'Amérique continue avec succès sa guerre
contre l'Angleterre.
«J'ai reconnu la neutralité des dix-neuf cantons suisses.
«Sénateurs, conseillers-d'état, députés des départemens au
corps-législatif,
«Vous êtes les organes naturels de ce trône: c'est à vous de donner
l'exemple d'une énergie qui recommande notre génération aux générations
futures. Qu'elles ne disent pas de nous: «Ils ont sacrifié les premiers
intérêts du pays! ils ont reconnu les lois que l'Angleterre a cherché en
vain, pendant quatre siècles, à imposer à la France!»
«Mes peuples ne peuvent pas craindre que la politique de leur empereur
trahisse jamais la gloire nationale. De mon côté, j'ai la confiance que
les Français seront constamment dignes d'eux et de moi!»
Paris, 23 décembre 1813.
_Lettre de l'empereur au président du corps-législatif._
«Monsieur le duc de Massa, président du corps-législatif, nous vous
adressons la présente lettre close pour vous faire connaître que notre
intention est que vous vous rendiez demain, 24 du courant, heure de
midi, chez notre cousin le prince archi-chancelier de l'empire, avec la
commission nommée hier par le corps-législatif, en exécution de notre
décret du 20 de ce mois, laquelle est composée des sieurs Raynouard,
Lainé, Gallois, Flaugergue et Biran; et ce, à l'effet de prendre
connaissance des pièces relatives à la négociation, ainsi que de la
déclaration des puissances coalisées, qui seront communiquées par le
comte Regnaud, ministre d'état, et le comte d'Hauterive, conseiller
d'état, attaché à l'office des relations extérieures, lequel sera
porteur desdites pièces et déclaration.
«Notre intention est aussi que notre dit cousin préside la commission.
«La présente n'étant à d'autres fins, je prie Dieu qu'il vous ait,
monsieur le duc de Massa, en sa sainte garde.»