[Note 1: Dans cette campagne et dans la suivante, Napoléon, comme
s'il eût prévu que la victoire allait l'abandonner pour toujours, cessa
d'envoyer dans sa capitale ces bulletins guerriers, fidèles témoignages
de ses succès sur les champs de bataille. Les nouvelles des armées
étaient adressées à l'impératrice, et Publiées par extrait dans le
Moniteur. Mais la rédaction n'en appartenait pas moins à l'empereur, et
c'est à ce titre que nous les publions. Il sera curieux de comparer la
peinture de nos revers tracée de la même main qui avait improvisé les
brillans bulletins d'Austerlitz, de Iéna et de Friedland.]
La garnison de Dantzick avait éloigné l'ennemi de toutes les hauteurs
d'Oliva, dans les premiers jours de mars.
Les garnisons de Thorn et de Modlin étaient dans le meilleur état. Le
corps qui bloquait Zamosc s'en était éloigné.
Sur l'Oder, les places de Stettin, Custrin et Glogau n'étaient pas
assiégées. L'ennemi se tenait hors de la portée du canon de ces
forteresses. La garnison de Stettin avait brûlé tous les faubourgs et
préparé tout le terrain autour de la place.
La garnison de Spandau avait également brûlé tout ce qui pouvait gêner
la défense de la place.
Sur l'Elbe, le 17, on avait fait sauter une arche du pont de Dresde, et
le général Durutte avait pris position sur la rive gauche. Les Saxons
s'étaient portés autour de Torgau.
Le vice-roi était parti de Leipsick, et avait porté, le 21, son
quartier-général à Magdebourg.
Le général Lapoype commandait à Wittenberg le pont et la place, qui
étaient armés et approvisionnés pour plusieurs mois. On l'avait remise
en bon état.
Arrivé à Magdebourg, le vice-roi avait envoyé le 22 le général Lauriston
sur la rive droite de l'Elbe. Le général Maison s'était porté à Mockern
et avait poussé des postes sur Burg et Ziczar; il n'a trouvé que
quelques pulks de troupes légères, qu'il a culbutés et sur lesquels il a
pris ou tué une soixantaine d'hommes.
Le 12, le général Carra-Saint-Cyr, commandant la trente-deuxième
division militaire, avait jugé convenable de repasser sur la rive gauche
de l'Elbe, et de laisser Hambourg à la garde des autorités et des gardes
nationales. Du 15 au 20, différentes insurrections se manifestèrent dans
les départemens des Bouches-de-l'Elbe et de l'Ems.
Le général Morand, qui occupait la Poméranie suédoise, ayant appris
l'évacuation de Berlin, faisait sa retraite sur Hambourg. Il passa
l'Elbe à Zollenpischer, et le 17, il fit sa jonction avec le général
Carra-Saint-Cyr. Deux cents hommes de troupes légères ennemies ayant
atteint son arrière-garde, il les fit charger et leur tua quelques
hommes. Le général Morand se porta sur la rive gauche, et le général
Saint-Cyr se dirigea sur Brème.
Le 24, le général Saint-Cyr fit partir deux colonnes mobiles, pour
se porter sur les batteries de Calsbourg et de Blexen, que des
contrebandiers aidés des paysans et de quelques débarquemens anglais
avaient enlevées. Ces colonnes ont mis les insurgés en déroute et repris
les batteries. Les chefs ont été pris et fusillés. Les Anglais
débarqués n'étaient qu'une centaine; on n'a pu leur faire que quarante
prisonniers.
Le vice-roi avait réuni toute son armée, forte de cent mille hommes et
de trois cents pièces de canon, autour de Magdebourg, manoeuvrant sur
les deux rives.
Le général de brigade Montbrun, qui, avec une brigade de cavalerie,
occupait Steindal, ayant appris que l'ennemi avait passé le bas Elbe
dans des bateaux près de Werden, s'y porta le 28, chassa les troupes
légères de l'ennemi, et entra dans Werden au galop. Le quatrième
de lanciers exécuta une charge à fond, dans laquelle il tua une
cinquantaine de cosaques et en prit douze. L'ennemi se hâta de regagner
la rive droite de l'Elbe. Trois gros bateaux furent coulés bas, et
quelques barques chavirèrent; elles pouvaient être chargées de soixante
chevaux et d'un pareil nombre d'hommes. On a pu sauver dix-sept
cavaliers, parmi lesquels se sont trouvés deux officiers, dont un
aide-de-camp du général Dornberg, qui commandait cette colonne.
Il paraît qu'un corps de troupes légères, d'un millier de chevaux, de
deux mille hommes d'infanterie et de six pièces de canon, est parvenu à
se diriger du côté de Brunswick, pour exciter à la révolte le Hanovre et
le royaume de Westphalie. Le roi de Westphalie s'est mis à la poursuite
de ce corps, et d'autres colonnes envoyées par le vice-roi arrivent sur
ses derrières.
Quinze cents hommes de troupes légères ennemies ont passé l'Elbe le 27,
près de Dresde, sur des batelets. Le général Durutte marche sur eux. Les
Saxons avaient laissé ce point dégarni, en se groupant autour de Torgau.
Le prince de la Moskwa était arrivé le 26 avec son quartier-général et
son corps d'armée à Wurtzbourg; son avant-garde débouchait des montagnes
de la Thuringe.
Le duc de Raguse a porté le 22 mars son quartier-général à Hanau; ses
divisions s'y réunissaient.
Au 30 mars, l'avant-garde du corps d'observation d'Italie était arrivée
à Augsbourg. Tout le corps traversait le Tyrol.
Le 27, le général Vandamme arrivait de sa personne à Brème. Les
divisions Dumonceau et Dufour avaient déjà dépassé Wesel.
Indépendamment de l'armée du vice-roi, des armées du Mein et du corps du
roi de Westphalie, il y aura dans la première quinzaine d'avril, près de
cinquante mille hommes dans la trente-deuxième division militaire, afin
de faire un exemple sévère des insurrections qui ont troublé cette
division. Le comte de Bentink, maire de Varel, a eu l'infamie de se
mettre à la tête des révoltés. Ses propriétés seront confisquées, et il
aura, par sa trahison, consommé à jamais la ruine de sa famille.
Pendant tout le mois de mars, il n'y a eu aucune affaire. Dans toutes
les escarmouches, dont celle du 28 (à Werden) est, de beaucoup, la plus
considérable, l'armée française a toujours eu le dessus.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._