L'histoire de la radiologie de guerre offre un exemple saisissant de
l'ampleur insoupçonnée que peut prendre, dans certaines conditions,
l'application des découvertes d'ordre purement scientifique.
Les rayons X dont les merveilleuses propriétés ont été, presque aussitôt
après leur découverte, appliquées à l'examen du corps humain et à la
thérapie, n'ont eu, néanmoins, dans cette voie, qu'une utilisation
limitée jusqu'à l'époque de la guerre. La grande catastrophe qui s'est
déchaînée sur l'humanité; accumulant des victimes en nombre effrayant, a
fait surgir par réaction le désir ardent de sauver tout ce qui pouvait
être sauvé, d'exploiter à fond tous les moyens pour épargner et protéger
les vies humaines. Et aussitôt nous voyons naître de tous les côtés
un effort multiple et varié dont une partie prend pour objet de faire
rendre à l'emploi de rayons X tous les services à prévoir. Dès lors,
ce qui avait paru difficile et problématique, devient aisé et reçoit
une solution immédiate; le matériel, le personnel se multiplient
comme par enchantement; tous ceux qui ne comprenaient pas, cèdent
et acceptent, ceux qui ne savaient pas apprennent, ceux qui étaient
indifférents, se dévouent. Et un peu d'années se trouve constitué un
système réglementaire, où les médecins et les chirurgiens conçoivent
aussi peu la possibilité de négliger l'emploi de rayons X, qu'ils en
concevaient peu auparavant l'utilisation générale. Dès lors, il devient
impossible de limiter au temps de guerre les conceptions qui ont prévalu
d'une manière aussi définitive. Le droit à l'examen radiologique, ou au
traitement par les rayons X, est, dorénavant, pour tout malade, un droit
général et incontesté,--et l'on voit prendre naissance une organisation
d'après guerre, destinée à rendre ce droit effectif et opérant. Ainsi la
découverte scientifique aura achevé la conquête de son champ d'action
naturel, et aura acquis les moyens d'utilisation à plein rendement.
Une évolution analogue aura été accomplie par la radiumthérapie ou
application médicale des radiations émises par les radio-éléments.
Traitement exceptionnel encore jusqu'à présent, elle est l'objet d'un
effort qui tend à la mettre à la portée de tous ceux qui peuvent mettre
en elle leur espoir. Les souffrances et les pertes cruelles ont fait
sentir plus profondément la valeur de la vie humaine. Les ravages
exercés par le cancer appellent une organisation de lutte méthodique
et efficace. Il n'est plus possible de reculer la réalisation qui
s'impose. Et ainsi nous voyons se liguer vers un but commun des concours
convergents: l'Université de Paris et l'Institut Pasteur encouragent
et appuient l'œuvre commencée par l'Institut du Radium; de généreux
donateurs apportent leur concours; la ville de Paris et le gouvernement
ne peuvent s'en désintéresser. Dans peu de temps, l'effort général aura
porté les premiers fruits, la radiumthérapie aura en France une première
organisation, et ainsi aura été atteint le grand résultat humanitaire
qui est un des aboutissements de la découverte scientifique du Radium.
Que pouvons-nous conclure de cette fortune inespérée échue en partage
aux nouvelles radiations que la science nous a révélées à la fin du
XIXe siècle? Il semble que nul spectacle n'est plus propre
à rendre plus vive notre confiance dans la recherche scientifique
désintéressée et à augmenter le culte et l'admiration qu'il convient
de lui vouer. Telle nouvelle source de lumière, fruit des patients
efforts du savant dans son laboratoire, répandra un jour son éclat
sur l'humanité, lui apportant la consolation et l'allégement des
souffrances,--telle autre contribuera à faciliter la vie et l'effort
pacifique vers plus de bien-être physique, moral et intellectuel. Les
répercussions de la pensée féconde sont illimitées. Son champ d'action
dépasse tout horizon connu. Toute collectivité civilisée a le devoir
impérieux de veiller sur le domaine de la science pure où s'élaborent
les idées et les découvertes, d'en protéger et encourager les ouvriers
et de leur apporter les concours nécessaires. C'est à ce prix seulement
qu'une nation peut grandir et poursuivre une évolution harmonieuse vers
un idéal lointain.