(_L'Opinion publique_, 3 mars 1851.)
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Je ferme l'histoire de M. Dargaud, et je dis volontiers: Il y a encore
des parfums dans Galaad.
Je crois qu'à force de talent, M. Dargaud a fini par me faire aimer;
aimer, non, mais comprendre Marie Stuart.
Nous n'avions pas encore en France une véritable histoire de la reine
d'Écosse. Il semblait que toutes les générations de talent s'étaient
donné le mot d'âge en âge pour prolonger cet oubli.
M. Dargaud vient de réparer cette injustice de notre littérature. Il
s'est épris pour la mémoire de Marie Stuart de cette ardente sympathie
qui lie, à travers les siècles, les morts aux vivants. Il a soufflé sur
cette cendre, et il l'a ressuscitée pour nos regards du souffle de son
esprit.
M. Dargaud avait surtout les qualités d'une semblable histoire. Homme
biblique, habitué à tous les secrets de l'Écriture par ses savantes
traductions, il devait comprendre mieux que personne le sombre fanatisme
de la réforme; poëte initié par des œuvres d'imagination à tous les
mystères de la poésie, il pouvait dans une langue pathétique comme la
réalité, traduire l'immense émotion de son sujet; penseur, enfin,
façonné par l'étude à tous les problèmes de la pensée, il pouvait
dominer de haut les intrigues passionnées d'idées qui s'agitaient dans
la renaissance.
Aussi a-t-il fait de son récit l'abrégé rapide de l'humanité, dans son
plus dramatique moment.
M. Dargaud a parfaitement compris qu'autour de Marie Stuart, il y avait
le drame du monde entier...
Recueilli dans sa pensée, il a été chercher de donjon en donjon la trace
presque effacée des pas de Marie Stuart.
Le voyageur d'une idée n'allait pas porter là, sans doute, les
impatiences de notre génération. Il allait pieusement interroger
l'histoire. Respectueux pour le passé, qui nous a tous engendrés à la
vie, il n'a pas invoqué contre lui le présent comme un reproche.
Il l'a raconté tel qu'il a vécu, tel qu'il pouvait vivre seulement dans
ce temps de barbarie et d'ignorance.
On n'appelle sur son travail la muse de l'histoire qu'à la condition
d'avoir une religieuse tendresse pour le temps de son récit. L'historien
de Marie Stuart a cette précieuse qualité. Il revit dans ses héros comme
dans les souvenirs de sa mémoire. On dirait qu'il les a connus, qu'il
les a aimés, qu'il les connaît, qu'il les aime encore. Il a conversé
avec eux une dernière fois dans le vent des ruines qu'il a visitées en
Angleterre.
Car M. Dargaud ne s'est pas contenté de fouiller les archives de telle
ou telle bibliothèque, il a consulté encore cette grande bibliothèque du
soleil et de la nature. Il a voulu donner au drame son paysage, car il y
a toujours entre les sites et les événements de mystérieuses
correspondances.
C'est ainsi qu'il a écrit une histoire complète, par la richesse de
l'érudition et la peinture des sentiments. J'avais donc raison de dire,
en commençant, qu'il y avait encore des parfums dans Galaad.