JOURNAUX.

On ne s'étonnera pas qu'un recueil comme le nôtre aime à saluer dans

l'histoire les noms qui appartiennent par leur double origine à la

France autant qu'à l'Angleterre. Tel est le nom de Marie Stuart, dont la

beauté, les faiblesses et les malheurs, passionnent encore, après deux

siècles, les lecteurs des deux pays. C'est avec une véritable émotion

que nous avons ouvert ces deux volumes consacrés à Marie Stuart par un

écrivain qui réunit la patience des érudits à l'imagination des poëtes.

L'ouvrage de M. Dargaud sera certainement un événement dans le monde

littéraire de Londres comme dans le monde littéraire de Paris, et il va

renouveler cette espèce de tournoi posthume, où l'infortunée reine

d'Écosse voit encore autour de son échafaud, les mêmes champions et les

mêmes ennemis transformés, par la polémique et l'imagination, en

historiens, en critiques, en poëtes, en romanciers.

C'est déjà un curieux sommaire bibliographique, que la liste des

écrivains qui ont écrit sur Marie Stuart, depuis Buchanan jusqu'à

Chalmers, depuis Brantôme jusqu'à M. Dargaud. Ce sommaire termine le

second volume de celui-ci, qui cite aussi, avec raison, parmi les

éléments de son beau livre, les traditions qu'il a recueillies sur les

lieux, les tableaux et les gravures du temps, les châteaux et les sites

où il a retrouvé les moindres traces de son héroïne, et les reliques de

ses adorateurs. Il énumère jusqu'aux articles des Revues anglaises et

françaises, avec une conscience minutieuse.

De toutes ces autorités, M. Dargaud a fait l'usage qu'il en devait

faire; il s'en est inspiré, sans hérisser son récit de citations

pédantesques, n'éludant aucune discussion, mais faisant revivre Marie

Stuart pour la suivre dans toutes les scènes de sa vie agitée, au lieu

de l'immobiliser sur une sellette, sous prétexte de la juger. C'est

surtout à cette résurrection de Marie qu'il a su employer tous les

documents récemment découverts qui lui ont permis de donner une couleur

nouvelle à cette histoire d'un intérêt inépuisable qu'on relit dans son

livre avec une curiosité qu'exciterait seule, au même degré, la révision

d'un de ces procès contemporains pleins de mystérieuses péripéties, et

dont la sentence finale provoque soudain les tardives révélations d'un

témoin inattendu.

Nous croyons notre comparaison exacte, parce que Marie Stuart n'est pas

seulement une grande figure historique, mais encore un problème. Ce

problème, M. Dargaud aura puissamment contribué à le résoudre. Il a posé

hardiment toutes les questions controversées sur l'innocence ou la

criminalité de la rivale d'Élisabeth. Il les a toutes éclairées du jour

vrai, disant le bien et le mal sans haine et sans amour, mais non sans

attendrissement et sans pitié. Bien loin de lui en faire un reproche,

nous l'en louons, car nous l'aurions peut-être poussée plus loin que lui

encore. La pitié est souvent la justice de l'histoire.

Histoire de Marie Stuart · 第 68 / 86 题