MARIE STUART A ANTOINE BABINGTON.

De Chartley, 25 juin 1586.

«Mon grand amy, encores qu'il y a longtemps que contre mon gré vous

n'ayez eu de mes nouvelles, et moy des vostres, pourtant je seroys

bien marrie que vous pensassiez que je n'eusse souvenance de

l'affection essentielle que vous avez monstrée en tout ce qui

m'appartient. J'ay entendu que, depuis la surséance de l'intelligence

entre nous, l'on vous a addressé des pacquetz pour me les fayre tenir,

tant de France que d'Escoce. Je vous prye, si aulcuns sont tombez

entre vos mains, s'ilz y sont encores, de les délivrer à ce porteur,

lequel me les fera tenir asseurément. Et je prierai Dieu pour vostre

préservation.

«Vostre bien bonne amye,

«MARIE, R.»

Chose vraiment pathétique! le porteur que Marie, dans son aveuglement,

recommandait à Babington, n'était autre que Gifford, le traître des

traîtres, le plus audacieux, le plus actif et le plus profondément

pervers de tous les artisans de crime dans ce guet-apens d'iniquité.

Babington sentit sa confiance s'accroître par celle de Marie. Il lui

répondit le 6 juillet. Phelipps alla lui-même à Chartley le 8. Il ne

jugea pas à propos de se cacher à la reine. Un après-midi que trop

faible pour monter à cheval, elle avait demandé son coche, afin de se

promener plus commodément, Phelipps eut l'indignité de se mettre sur son

passage, lui souriant d'un faux sourire, comme il le mandait à

Walsingham. Marie l'apercevant en ressentit une secrète inquiétude, un

mystérieux effroi. Préoccupée malgré elle de ce personnage équivoque,

elle en traça ainsi le portrait dans sa correspondance avec Morgan: «Ce

Phelipps est de basse stature et de chétive apparence; il a les cheveux

d'un blond sombre, la barbe d'un blond clair, la figure marquée de

petite vérole, la vue courte, et il semble âgé d'environ trente ans.»

La reine, néanmoins, n'imaginait pas tout le mal que lui préparait ce

ténébreux représentant de la police, ce docile instrument de Walsingham.

Phelipps fit rendre, le 12 juillet, à Marie la lettre de Babington.

«Très-chère souveraine, disait le jeune chef de la conspiration, moy

mesmes avec dix gentilz hommes et cent aultres de nostre compaignie et

suitte, entreprendrons la délivrance de vostre personne royalle des

mains de voz ennemys. Quant à ce qui tend à nous deffaire de

l'usurpatrice, de la subjection de laquelle, par l'excommunication

faicte à l'encontre d'elle, nous sommes affranchiz, il y a six gentilz

hommes de qualité, tous mes amys familiers, qui, pour le zèle qu'ils

portent à la cause catholique et au service de Vostre Majesté,

entreprendront l'exécution tragique...»

La reine était au désespoir. Elle venait de lire le traité d'alliance

qui avait été conclu quelques jours auparavant entre son fils et

Élisabeth, et où rien n'était stipulé ni pour ses droits ni pour sa

liberté, où elle n'était pas même nommée. Dans le premier élan de son

indignation, de sa colère, elle écrivit à Babington cette autre lettre

qui devait lui être si fatale:

Histoire de Marie Stuart · 第 59 / 86 题