De Sheffield, 9 juillet 1574.
«Madame ma bonne sœur, puisque vous avés fait si bonne démonstration à
M. de La Mothe, ambassadeur du roy, monsieur mon bon frère, d'avoir
pour agréable la hardiesse que j'ay prise de vous faire présenter par
luy ce petit essay de mon ouvrage, je ne me suis peu tenir de vous
tesmoigner, par ce mot, combien je m'estimeray heureuse me mettre en
debvoir, par tous moyens, de recouvrer quelque part en vostre bonne
grace, à quoy j'eusse bien désiré qu'il vous eust pleu m'ayder par
quelque signification de ce que vous trouverés en quoy je vous puisse
obéir; ce sera quand il vous plaira que je vous fairay preuve de
l'honneur et amytié que je vous porte. Je suis bien ayse que vous ayez
accepté les confitures que ledit sieur de La Mothe vous a présantées,
desquelles j'écris presentement à mon chancelier Du Verger de
m'envoyer meilleure provision, et vous me fairés faveur de vous en
servir. Et pleust à Dieu qu'en meilleure chose vous me voulussiés
employer privément comme vostre; j'aurois telle promptitude pour vous
complaire, qu'en bref vous auriés meilleure oppinion de moy. Cependant
j'attandray en bonne dévotion quelques favorables nouvelles de vous,
puisque je les requiers de si longue main. Et, pour ne vous
importuner, je remettray le surplus à M. de La Mothe, m'asseurant que
vous ne luy donnerés moins de crédit qu'à moi mesme; et, vous ayant
baisé les mains, je prierai Dieu qu'il vous donne, Madame ma bonne
sœur, en santé, longue et heureuse vie.
«Vostre bien affectionnée sœur et cousine,
«MARIE, R.»