MARIE, R.

Ce beau manuscrit est ainsi désigné par l'inventaire des effets de Marie

Stuart, trouvé dans les papiers de M. de Châteauneuf:

«Heures en parchemin... couverts en velloux avec coings, platines au

mylieu et fermoirs d'or garnis de pierreries.»

Ce précieux livre demeura en Angleterre jusqu'en 1615. Il était en vente

à Paris au commencement de la Révolution française. Un gentilhomme russe

l'acheta, et en fit présent à la bibliothèque impériale de

Saint-Pétersbourg, où, bien que dépouillé de sa reliure primitive et de

ses riches ornements, il excite encore l'admiration de tous les

étrangers.

Marie Stuart le conserva depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à sa mort.

Elle a mis elle-même une date qui prouve cette longue possession:

_Ce livre est à moy._ MARIE, 1554.

La reine vivait ainsi, priant, ourdissant des intrigues politiques,

prodiguant des avances menteuses à son ennemie triomphante; usant le

temps à lire, à écrire des vers, à prononcer des sermons, à causer, à

médire, à regretter, à espérer. Mais le temps était long, et, quand

toutes ces choses étaient faites, Marie ne savait plus que faire. La

princesse éblouissante de Fontainebleau et de Saint-Germain, la reine

adorée du Louvre et d'Holyrood respirait à l'étroit. Elle se sentait

mourir à Sheffield, dans la cellule et dans les habitudes d'une

religieuse; réduite par moments à deux chambres, séparée de ses

principaux officiers, en communication seulement avec quelques-unes de

ses femmes et ses plus indispensables serviteurs; ne se promenant plus à

pied, ne montant plus à cheval, malade, brisée d'âme et de corps,

abandonnée à tous les pressentiments, à toutes les craintes, en proie à

l'ennui, ce vautour des prisons, qui étouffe lorsqu'il ne déchire pas.

Marie fut, à plusieurs reprises, bien près de succomber: son courage

toujours armé la sauva. L'affection de sa petite cour de trente

personnes à Bolton, de seize à Sheffield, les soins de ses dames,

l'industrie de ses domestiques lui venaient en aide. Bastien surtout,

qu'elle avait toujours protégé, le même qu'elle maria en son château

d'Édimbourg, et pour les noces duquel elle donna un bal la nuit où

Darnley fut assassiné; Bastien, dévoué à sa maîtresse, d'une imagination

inventive, accourait au moindre signe. Il lui persuadait de tenter un

mets nouveau dont il lui enseignait la recette; il lui composait des

ouvrages de soie et de tapisserie que la reine se décidait à remplir, et

la distraction qu'elle en éprouvait la soulageait un peu. Elle, la fière

Marie, elle composait lentement de délicieux travaux d'aiguille, pour

qui!... pour celle qui la retenait prisonnière, pour celle qu'elle

haïssait avec d'autant plus de rage qu'elle contraignait ses mains et

ses lèvres à la flatter.

Aussi quel besoin d'émotions douces, d'objets inoffensifs, de créatures

aimantes pour reposer ses yeux et ses pensées! Elle cédait à mille élans

de tendresse, à mille instincts de bienveillance. Elle s'entourait de

parfums et de chants. Elle multipliait la vie autour d'elle, et les

fleurs, et les oiseaux, et les chiens, images charmantes de tout ce qui

lui manquait, le luxe, la liberté, le mouvement et l'amour.

Il faut l'entendre elle-même.

Histoire de Marie Stuart · 第 32 / 86 题