A ÉLISABETH.

«De Carlisle, 15 juin 1568.

«... Hélas! madame, où ouistes vous un prince blasmé pour escouter en

personne ceulx qui se plaignent d'estre faussement accusez? Ostez,

Madame, hors de vostre esprit que je suis venue icy pour la sauveté de

ma vie (le monde ni toute Escosse ne m'ont pas reniée), mais recouvrer

mon honneur et avoir support à chastier mes rebelles, non pour leur

respondre à eulx comme leur pareille.

«... Je ne puis ni ne veulx respondre à leurs faulses accusations,

mais ouy bien par amitié et bon plaisir me veulx-je justifier vers

vous de bonne _voglia_, non en forme de procès avec mes subjectz.

Madame, eulx et moi ne sommes en rien compaignons, et quand je devrois

estre tenue icy, encores aimeroys-je mieulx mourir que me faire telle.

«MARIE, R.»

Les négociations commencèrent de Murray à Élisabeth. Juge entre les

seigneurs écossais et leur reine, elle s'étudiait à tous les dehors de

l'impartialité, mais au fond elle écoutait, excitait et récompensait les

premiers. Peu à peu Marie, traitée d'abord avec beaucoup de déférence,

cessa d'être une reine. Elle ne fut plus qu'une captive.

Don Gusman de Silva, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, écrivait vers

cette époque à Philippe II:

«La pièce que la reine habite est obscure; elle n'a qu'une seule croisée

garnie de barreaux de fer. Elle est précédée de trois autres pièces

gardées et occupées par des arquebusiers. Dans celle qui fait

antichambre au salon de la reine, se tient lord Scrope, gouverneur des

districts de la frontière de Carlisle; la reine n'a auprès d'elle que

trois de ses femmes. Ses serviteurs et domestiques dorment hors du

château. On n'ouvre les portes que le matin à dix heures. La reine peut

sortir jusqu'à l'église de la ville, mais toujours accompagnée de cent

arquebusiers. Elle a demandé à lord Scrope un prêtre pour dire la messe.

Celui-ci a répondu qu'il n'y en avait pas en Angleterre.»

Épouvantée des intentions d'Élisabeth, Marie Stuart implora la France.

Elle écrivit à Catherine de Médicis; elle écrivit au roi Charles IX et

au duc d'Anjou pour leur demander de la secourir.

Elle écrivit au cardinal de Lorraine dans le même but.

«De Carlisle, 21 juin 1568.

«Je n'ay de quoy achetter du pain, ny chemise, ny robe.

«La royne d'icy m'a envoyé un peu de linge et me fournit un plat. Le

reste je l'ay empruntay, mais je n'en trouve plus. Vous aurez part en

cette honte. Sandi Clerke, qui a resté en France de la part de ce

faulx bastard (Murray), s'est vanté que vous ne me fourniriez pas

d'argent et ne vous mesleriez de mes affaires. Dieu m'esprouve bien.

Pour le moins assurez-vous que je mourray catholique. Dieu m'enlèvera

de ces misères bientost. Car j'ai soufert injures, calomnies, prison,

faim, froid, chaud, fuite sans sçavoir où, quatre XX et douze mille à

travers champs sans m'arrester ou descendre, et puis couscher sur la

dure, et boire du laict aigre, et manger de la farine d'aveine, et

suis venue trois nuits comme les chahuans, sans femme, en ce pays, où

je ne suis gueres mieulx que prisonnière. Et ce pendant on abast

toutes les maisons de mes serviteurs et je ne puis les ayder, et

pend-on les maistres, et je ne puis les recompenser; et toutes foys

tous demeurent constantz vers moy, abhorrent ces cruels traistres, qui

n'ont trois mil hommes à leur commandement, et si j'avais secours,

encores la moytié les laisseroit pour seur. Je prie Dieu qu'il me

mette remède, ce sera quand il luy plaira, et qu'il vous donne santé

et longue vie.

«Votre humble et obéissante niepce,

»MARIE, R.»

Inquiète des retards apportés à ses affaires, effrayée de la résolution

qu'elle supposait à ses ennemis de la conduire loin des frontières

d'Écosse dans l'intérieur de l'Angleterre, Marie, malgré sa colère

intérieure, se plaignit doucement à Élisabeth et sollicita une entrevue.

Histoire de Marie Stuart · 第 28 / 86 题