Marie s'enfuit jusqu'à Galloway.--Elle s'arrête à l'abbaye de
Dundrennan.--Elle aborde en Angleterre.--Hésitation d'Élisabeth.--Elle
refuse de recevoir Marie Stuart jusqu'à ce que la reine d'Écosse se soit
justifiée.--Lettres.--Marie Stuart prisonnière.--Élisabeth arbitre entre
les seigneurs écossais et leur reine.--Conférence d'York.--Conférence
d'Hampton-Court et de Londres.--Élisabeth refuse de se prononcer.--Elle
garde Marie captive et renvoie Murray comblé de sa faveur et de son
or.--Triomphe du protestantisme en Angleterre et en Écosse.--Régence de
Murray.--Sa mort.--Guerre civile en Écosse.--Kirkaldy de Grange et
Maitland de Lethington se rallient à la cause de la reine.--Prise de
Dumbarton par les partisans du roi.--L'archevêque de Saint-André
pendu.--Le comte de Lennox, le comte de Marr, le comte de Morton, tour à
tour régents.--Lethington et de Grange tiennent seuls pour la reine dans
le château d'Édimbourg.--Prise du château.--Mort de Lethington.--Mort de
Kirkaldy de Grange.--Le régent enrichi.--Le roi affermi.--Giordano
Bruno.--Knox.--Les luttes du réformateur.--Son courage indomptable.--Son
portrait.--Sa mort.--Sa maison au sommet de la Canongate.--Iniquités de
Morton.--Conspiration de Jacques et de ses favoris contre le
régent.--Procès de Morton.--Son exécution.--James Douglas venge le comte
de Morton.--Contre-coup de tant d'événements sur Marie Stuart.
Après sa déroute, Marie s'enfuit à toute bride (13 mai 1568). Ses amis
s'enfuirent comme elle.
La reine marcha, elle courut sans espérance par les vallées et par les
montagnes, le long des lacs et des torrents de l'Écosse. La solitude
sauvage, que nul travail n'anime, oppressait son cœur; le désert où
nulle fumée ne s'élève d'aucun toit, d'aucune cabane, lassait ses yeux
et son imagination. Mais toute jeune fille, toute femme, tout enfant,
tout vieillard, tout animal domestique pouvaient la trahir. La défaite
et la honte en arrière, les périls et les piéges en avant, tel était son
triste sort. Il n'y avait que les bêtes fauves des forêts et des landes
inhabitées qui ne fissent pas peur à son infortune. C'est ainsi qu'elle
parvint avec un cortége dévoué et peu nombreux à Galloway, et, de là, à
l'abbaye de Dundrennan, près de Kirkudbright, sur les frontières
d'Angleterre, à quelques heures de cette terre impie, barbare, qui
dévore ses suppliants et qui boit le sang de ses hôtes.
Le souvenir des bontés d'Élisabeth, dont l'âme avait paru s'attendrir
pendant la captivité de Lochleven, entraîna Marie. Ses propres États lui
étaient fermés par la haine; l'Espagne, l'Italie et la France, par la
mer. La générosité qu'elle supposait à Élisabeth et la nécessité la
poussaient. Elle loua un bateau de pêcheur, traversa le golfe de Solway,
et aborda, désolée, à Workington, dans le Cumberland, à trente milles de
Carlisle. Elle dépêcha un courrier à Élisabeth, dont elle implorait
l'hospitalité. Elle sollicitait la permission de la voir et de
l'embrasser en sœur qui invoque la providence d'une sœur.